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En cinq ans, la population japonaise à diminué d'un million… et l'Occident ferait bien d'en tirer des leçons sur ce qui l'attend
©REUTERS/Toru Hanai

Laboratoire

En cinq ans, la population japonaise à diminué d'un million… et l'Occident ferait bien d'en tirer des leçons sur ce qui l'attend

Tout le monde anticipe le déclin démographique du Japon, mais ce qui arrive au pays de Shinzo Abe menace l'Europe : stagnation économique, austérité, et surtout calcification sociale et économique.

Sur les cinq dernières années, la population japonaise a reculé d’un million. Le chiffre de 2010 s’élevait à 128 057 352 habitants ; celui de 2015, révélé le 19 février, est de 127 110 000. Les avertissements sur la décroissance démographique du Japon sont avérés : l’accumulation du vieillissement, de la hausse de l’espérance de vie et de la faible natalité ont finalement entamé la population.

Le déclin démographique semble d’ailleurs relativement inexorable, du fait de la faiblesse de l’immigration au Japon, lequel accueillait seulement 2 millions d’étrangers fin 2013 ; mais aussi par l’inertie du taux de natalité, estimé aujourd’hui à 1,4 enfants par femme, bien loin des 2,1 nécessaires au renouvellement démographique.

Le premier ministre Shinzo Abe a annoncé qu’il faisait sa priorité du maintien de la population au-dessus de la barre symbolique des 100 millions d’habitants. Pourtant, le vieillissement va probablement empirer dans les décennies prochaines : en 2015, d’après l’Institut national de la démographie au Japon, près d’un tiers de la population aura plus de 65 ans ; la proportion atteindra, semble-t-il, 40% en 2050. Dans le cas où le statu quo serait maintenu, l’Institut annonce même la prévision catastrophique d’une population de 42 millions d’habitants en 2110 – ce qui est à prendre avec des pincettes vu la difficulté des estimations à très long terme. 

Le Japon, avant-coureur du reste du monde industrialisé

Le Japon n’est que le premier pays à connaître un tel sort. Le département Démographie des Nations Unies a récemment publié un rapport dans lequel il affirme que 48 pays connaîtront le déclin de leur population d’ici 2050, parmi lesquels une bonne partie des pays européens. A ce titre, aucun des pays du vieux Continent n’a un taux de fécondité suffisant pour permettre le remplacement de la population.

Entre 2004 et 2014, l’âge médian a augmenté en moyenne de 0,3 an par année dans l’Union européenne, passant de 39,2 à 42,2 ans ; il a d’ailleurs augmenté dans chacun des Etats membres, et a fortiori en Allemagne dont la situation est critique - ce qui pourrait expliquer sa politique migratoire des derniers mois.

La manière dont le Japon contiendra son déclin pourra donc servir d’exemple aux pays développés. En effet, le vieillissement démographique met au jour de nouveaux enjeux économiques : comment financer les retraites au niveau national ? Le montant de celles-ci est déterminé par les cotisations des actifs : plus la population active décroît, plus le poids financier s’alourdit sur les épaules des cotisants. A l’échelle locale, la prise en charge des personnes âgées en perte d’autonomie n’est pas résolue. Le rythme du vieillissement diffère toutefois selon les régions, en raison des mobilités géographiques qui contribuent tantôt à l’atténuer, tantôt à l’amplifier.

En France, la dynamique est plutôt favorable aux grandes villes qui sont très attractives pour les étudiants et les jeunes actifs. L’Île-de-France est ainsi la région la plus jeune (37,4 ans en moyenne). En revanche, les littoraux et les zones fortement rurales vieillissent plus rapidement. Les côtes bretonnes, mais aussi le Var et le Limousin (région la plus vieille, 44,4 ans en moyenne) illustrent chacun ces disparités.

Ce qui pose problème, c’est que la part des personnes en perte d’autonomie (80 ans ou plus) augmente précisément dans les régions où les infrastructures sont difficilement financées : en Bretagne, par exemple, elle atteint 6,4% de la population, contre 5,7% à l’échelle nationale. Le budget de l’Etat est déficitaire de 74 milliards d’euros sur l’année 2014, il l’était de 70 milliards en 2013, 81 milliards en 2012. Celui des collectivités territoriales, dans un contexte d’austérité qui dure, décroît de manière générale : la Dotation globale de financement (DGF) s’élevait à 40 milliards en 2014 : elle est prévue à 29 milliards seulement pour 2017. Ces sacrifices surviennent d’ailleurs après trois ans (2011-2013) de gel en valeur des aides de l’Etat.

Attendue depuis la canicule de 2003, la loi sur le vieillissement a été promulguée le 29 décembre dernier. Elle revalorise l’Allocation personnalisée pour l’autonomie (APA), qui permet de financer partiellement le maintien à domicile des usagers ; mais la part des personnes de plus de 85 ans, quoiqu’elle s’établisse à 1,4 million aujourd’hui, sera selon toute probabilité de 5 millions en 2060 : c’est un véritable changement de fond qu’il faudrait opérer. Il pourrait permettre d’enrayer le taux de suicide qui s’accroît avec l’âge, et qui est, en France, au-dessus de la moyenne mondiale.

Les pays vieillissants : austérité et aversion au risque

A l’échelle macro-économique, le vieillissement engendre également des difficultés sérieuses. En effet, l’austérité réduit moins efficacement les dettes souveraines que la reprise solide de la croissance, mais à mesure que la population vieillit, la main-d’œuvre fera défaut. La combinaison du vieillissement avec l’accroissement des dettes publiques est donc problématique.

Megan Mcardle, de The Atlantic, propose une métaphore parlante : elle compare deux villes imaginaires, Morningsburg ("la ville de l’aube") et Twilight City ("la ville du crépuscule"), dont les infrastructures et les opportunités économiques sont identiques mais dont les âges médians respectifs sont 28 et 58 ans. Selon l’auteur, Morningsburg serait une ville dynamique, dans laquelle les habitants prennent des risques ; Twilight City serait plutôt favorable au statu quo, et plus sujette à l’aversion au risque. C'est cela, la clé : l'aversion au risque. Les sociétés qui vieillissent ont plus peur du risque, et donc du changement, et deviennent calcifiées.

Tous ces facteurs risquent de peser sur les choix politiques de TwilightCity, c’est-à-dire de l’Europe occidentale : c’est bien la thèse de Megan McArdle. Afin d’enrayer la machine, tout à fait inédite dans l’histoire de l’humanité, elle préconise une adaptation des institutions de l’Etat-providence aux changements démographiques. Mais les compromis nécessaires seront combattus par les habitants de Twilight City, plus protecteurs de leurs acquis précisément parce qu’ils vieillissent. Ce dilemme semble se retrouver au coeur des débats politiques non seulement du Japon, mais de la France et de l'Europe.

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