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En bourse, le charme Donald Trump est rompu
©JIM WATSON / AFP

Accident de parcours

En bourse, le charme Donald Trump est rompu

Les marchés se demandent désormais si ce Président pro-business n'a pas perdu la main.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Le charme de Donald Trump avec les marchés est-il rompu ? Celui qui voulait mener la croissance vers 3% au moins, en simplifiant la vie des entreprises, facilitant le crédit, baissant les impôts sur les ménages vers 30% contre 35% et surtout ceux des entreprises vers 25% sinon 15%, en attendant un programme massif d’investissement (1000 milliards de dollars) pourrait bien avoir perdu la main. C’est un charme, construit en quatre étapes, qui rencontre aujourd’hui trois risques.

Etape 1 : Donald Trump commence par séduire les marchés, pour aller plus vite.Donald Trump sait bien que les marchés financiers, la bourse surtout, fonctionnent aux anticipations, autrement dit aux promesses. Il veut les mobiliser pour qu’ils « achètent » sa politique, que la bourse monte et suscite ainsi un « effet richesse », soutenant la demande avant même que les effets de ses mesures soient visibles. Ce seront un an ou deux de gagnés. Cette promesse boursière permet aussi de conjurer l’inquiétude de la « stagnation durable » (Secular stagnation de Larry Summers) ou de la « génération perdue ». Il s’agit de battre ces idées qui minent le moral des ménages, des entrepreneurs et des investisseurs américains - poussant surtout ces derniers à aller voir ailleurs. Et oui, quand la crise est loin, huit ans, mais quand la reprise est plus faible que toutes celles qui ont précédé, une sombre inquiétude se répand : celle d’une croissance américaine qui ne connaîtrait plus 3 ou 4%, avec à la clef la promesse d’une vie meilleure pour tous. Soutenir la croissance par la bourse, en pré-vendant une baisse fiscale massive, c’est l’antidote Trump.

Etape 2 : Il lui faut convaincre les marchés que cette promesse fiscale est crédible. Ceci implique un forcing politique. Il ne s’agit pas du tout de défendre ici une solidité économique (très faible), mais d’une stratégie médiatique. Donald Trump entend galvaniser ses troupes, pour que le Congrès aille vite en besogne. C’est alors le temps du protectionnisme agité contre les voisins mexicains et canadiens, ce sont aussi les menaces contre la Chine qui manipulerait sa monnaie – comme l’Allemagne d’ailleurs, avec l’euro trop faible. Il s’agit de créer un rapport de force qui facilitera l’acceptation des baisses d’impôts par le Congrès. Ce n’est pas facile en effet, puisque les Etats-Unis sont au plafond de leur dette et qu’il faut convaincre que la baisse des entrées fiscales creusera certes le déficit, mais un temps. Le surcroît de croissance comblera largement la perte, promis. Impressionné, le Congrès devrait acquiescer.

Etape 3 : ceci suffit-il ? Pas forcément. Le joker, c’est alors le rapatriement « attendu » des 2 200 milliards de dollars des trésoreries des multinationales américaines. Mais ce rapatriement ne pourrait/devrait avoir lieu que si la baisse des taux d’impôts est suffisante. 15% avance même Donald Trump. Mais on comprend qu’il faut alors encore plus de forcing politique et encore plus de messages !

Etape 4 : l’engouement s’étend et devient auto-réalisateur. Les bourses mondiales adorent ce qu’elles entendent aux Etats-Unis, car elles se disent que les autres pays vont devoir enclencher, chez eux, leurspropres baisses des taux d’impôts, au moment même où les taux d’intérêt sont encore bas. La recette de la remontée des profits est donc là, donc la montée de toutes bourses mondiales, derrière le Dow Jones !

Risque 1 : le freinage américain. Il faut que l’épicentre de la promesse américaine tienne, donc le vote du Congrès, donc la position de force de Donald Trump. Or elle s’érode depuis le licenciement du patron du FBI, James Comey, et des rumeurs d’impeachment qui montent. En toute hypothèse, la nomination d’un procureur spécial, Robert Mueller, ancien patron du FBI, pour poursuivre l’enquête ne va que freiner le mouvement – sachant que circule une pétition demandant la destitution du Président Trump.

Risque 2 : la contagion mondiale. Au Brésil, le président Michel Temer est actuellement mis en cause dans les ramifications d’une affaire de corruption, celle-là même qui avait suscité la destitution de la Présidente DilmaRousseff. L'indice de la Bourse Brésilienne, le Bovespa, chute de plus de 10% en fin d'après-midi le 18 mai et le real abandonne plus de 6%.

Risque 3 : les nouvelles questions des marchés financiers. Ils peuvent se mettre à vouloir défaire ce qu’ils ont fait. Dans quels pays les responsables sont-ils menacés d’une « opération mains propres » mondiale ? Wikileaks va-t-il reprendre du service ? Si le dollar baisse, qui continue de gagner et de perdre, sachant par exemple que l’euro monte ? Les sociétés présentes aux Etats-Unis, au Brésil… vont-elles souffrir ?

Les marchés financiers descendent toujours plus vite qu’ils ne montent. Ils vont aujourd’hui refaire leurs calculs de croissance, de baisses attendues de la fiscalité, et donc de profits. Sans aller vers les scénarios du pire, qu’ils adorent, il est sûr au moins qu’ils vont cesser de rêver. En bourse, le charme Trump est rompu. C’est donc maintenant qu’il faut consolider la reprise en zone euro et en France, moins people et populiste, plus solidaire et solide.

 

 

 

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