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Rupert Murdoch est-il le magnat le plus pourri de l'histoire des médias ?
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Rupert Murdoch est-il le magnat le plus pourri de l'histoire des médias ?

Après ses activités dans la presse, ses chaînes de télévision ! De récentes révélations ont mis à jour de nouvelles activités illégales et des dérapages au sein de l'empire médiatique du milliardaire australien.

Gilles Klein

Gilles Klein

Gilles Klein,, amateur de phares et d'opéras, journaliste sur papier depuis 1977 et en ligne depuis 1995.

Débuts à Libération une demi-douzaine d’années, puis balade sur le globe, photojournaliste pour l’agence Sipa Press. Ensuite, responsable de la rubrique Multimedia de ELLE, avant d’écrire sur les médias à Arrêt sur Images et de collaborer avec Atlantico. Par ailleurs fut blogueur, avec Le Phare à partir de 2005 sur le site du Monde qui a fermé sa plateforme de blogs. Revue de presse quotidienne sur Twitter depuis 2007.

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Depuis bientôt un an, la filiale britannique de l'empire médiatique de Rupert Murdoch est secouée par des scandales à répétition. Après avoir nié l'évidence, Murdoch et son état-major ont fini par faire le ménage, pour tenter de sauver les meubles. Le groupe a même décidé de collaborer avec la police pour lui fournir des preuves contre ses propres collaborateurs. Mais cela n'a pas suffit, les mauvaises nouvelles s'accumulent, et l'un des fils Murdoch a dû quitter la direction britannique du groupe. Tandis que les accusations de piratage et de corruption s'étendent désormais à l'Italie, et l'Australie.

Aux États-Unis, Murdoch possède le prestigieux Wall Street Journal, grand quotidien économique qui publie aussi une édition Europe et une édition Asie, sans oublier la chaîne d'information conservatrice Fox News, et d'autres titres. En Grande Bretagne, Murdoch s'est offert un autre quotidien prestigieux, le Times, il a aussi une autre chaîne d'information permanente Sky News accompagnée d'un bouquet de programmes par satellite.

On trouve aussi Murdoch en Italie où il possède un bouquet de chaînes payantes, Sky Italia lancé en 2003, et bien sûr en Australie, où a été créé son groupe puisque Murdoch y est né. Le groupe Murdoch a commencé par un seul quotidien et son édition dominicale. Aujourd'hui il est présent dans la presse dans une centaine de localités australiennes sans oublier le quotidien national The Australian, plus Fox Studios Australia, la télé payante FoxTel etc..

Mais de nouvelles révélations mettent Murdoch sur la sellette comme l'évoque The Daily Beast. Cette fois, les accusations concernent la télévision. Il y a en a plusieurs.Les premières ont été lancées par la BBC, elles accusent une filiale de News Corp, le groupe de Murdoch, d'avoir piraté le système de paiement des abonnements d'un groupe britannique de télévision concurrent, ITV Digital qui avait finalement dû fermer en 2002, à cause de ses pertes et d'un piratage intensif. Les secondes viennent d'un journal australien, l'Australian Financial Review qui a publié des emails montrant que NDS, une société du groupe Murdoch spécialisée dans les cartes à puces pour décodeur de télévision payante, a encouragé le piratage contre ses concurrents australiens entre 1999 et 2002.

Murdoch a bien essayé de démentir ces accusations sur Twitter, mais les 1 400 emails évoqués par l'Australian Financial Review semblent prouver qu'une équipe d'anciens policiers a bien monté une cellule pour soutenir le piratage de ses concurrents. Les emails auraient été trouvés sur un ordinateur ayant appartenu au responsable Europe de la société NDS.

Puis c'est en Italie que les soucis surviennent. The Independent écrit qu'un pirate a aussi accédé aux systèmes de paiement de chaînes payantes concurrentes de la filiale de Murdoch dans ce pays.

Et enfin,le ministère de la Justice américain a demandé des informations à Scotland Yard pour enquêter aux USA sur d'éventuelles pratiques illégales car ces opérations de piratage ont eu des effets dans le monde entier sur les concurrents de Murdoch comme Direct TV aux USA ou Telepiu en Italie

Ce sont les derniers épisodes d'un triste feuilleton qui a commencé en Grande Bretagne, avec un journal du groupe, News of the World, (NoW) un journal populaire très puissant fondé en 1843, diffusé à plus de 2,6 millions d'exemplaires. Au menu de NoW : des infos croustillantes, des révélations, des enquêtes sur les personnalités ou sur la politique. Problème, beaucoup de ces infos ont été obtenues de manière illégale,via des écoutes téléphoniques, des pots de vin donnés à des policiers, des filatures etc. qu'il s'agisse de vedettes de cinéma, de membres de la famille royale, de ministres ou de victimes de faits divers. Le groupe a d'abord tout démenti en bloc malgré les preuves qui s'accumulaient. Une sérénité renforcée par les liens entre Murdoch et son état-major avec le gouvernement conservateur de David Cameron, Premier ministre qu'il rencontrait régulièrement.

Les révélations et les procès se succèdent. Plusieurs milliers de personnes ont été écoutées par NoW. Les plus connues d'entre elles sont grassement dédommagées. L'addition se monte à plus de 100 millions de livres pour le groupe dit-on. Le scandale grossit. Ce qu'on essaie de faire passer pour des pratiques isolées de quelques brebis galeuses apparaît comme un système institutionnalisé.

Symbole de cette situation qui ne cesse de se dégrader, un homme, Jonnie Marbles, (comédien et activiste, ennemi juré de Murdoch comme il l'a expliqué ensuite sur son blog) a tenté d'entarter Rupert Murdoch alors qu'il témoignait avec son fils James devant une commission d'enquête parlementaire britannique en juillet dernier. L'attentat, disons plutôt le sacrilège, a failli réussir. Mais Wendi Deng, l'épouse chinoise (née en 1968) de Murdoch père (né en 1931) a bondi sur l'agresseur, elle est tombée sur lui. Sans elle son mari n'aurait pas échappé à ce sort funeste. Étonnant car on pouvait penser que cette audition télévisée dans un espace très surveillé avait un accès filtré et protégé. La vidéo montre la surprise de Murdoch fils qui voit l'agresseur s'élancer, puis on découvre la mêlée générale.

Le Guardian révéle début juillet 2011 que News of the World avait réussi à accéder au répondeur d'une adolescente disparue en 2002 et recherchée par la police. Ceux qui ont écouté le répondeur ont même effacé des messages, laissant croire ainsi aux enquêteurs et aux parents que Milly Dowler était vivante. Mais elle a finalement été retrouvée morte. Le scandale est énorme et l'opinion publique très choquée, comme les parents de la victime.

Finalement, Murdoch tranche dans le vif : il ferme purement et simplement News of the World. De nouvelles enquêtes de police sont ouvertes, alors que les précédentes n'avaient pas abouti.

Fin 2011, un quotidien, The Independent, écrit que le fils Murdoch était au courant du fonctionnement de News of the World depuis 2008. 

Fin février 2012, James Murdoch qui avait toujours déclaré avoir tout ignoré des pratiques des journaux qu'il contrôlait fini par jeter l'éponge et démissionne de la direction de News International. A 39 ans il était pourtant considéré comme l'héritier de son père.

L'étoile de James ne cesse de pâlir. Le 19 mars, on apprend que le plus jeune fils de Rupert Murdoch ne se représentera pas au conseil d'administration de Sotheby's, la célèbre maison d'enchères. Le 24 mars, on découvre qu'il a aussi démissionné du conseil d'administration de Times Newspaper Holding, société née lors du rachat du Times et Sunday Times par son père en 1981.

L'empire Murdoch dirigé par un vieillard acariâtre et implacable a-t-il grandi sur la corruption, l'espionnage et des pratiques illégales ? Certains commencent à le penser. Le fait qu'il aît lâché ses journalistes en Grande Bretagne lorsque le scandale est devenu trop évident n'a pas amélioré son image au sein de ses employés. L'empire vacille.

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