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Au-delà de l’opportunisme politique, un chemin idéologique se dessine chez Emmanuel Macron.
Au-delà de l’opportunisme politique, un chemin idéologique se dessine chez Emmanuel Macron.
©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Nouveau quinquennat

Emmanuel Macron ou la refondation permanente

Emmanuel Macron souhaite instaurer un Conseil national de la refondation, inspiré du Conseil national de la Résistance à l’origine de notre Etat providence.

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient Le Blog de Nathalie MP avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.
 
https://leblogdenathaliemp.com/

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On accuse souvent Emmanuel Macron d’ultra-libéralisme frénétique. Cas de Jean-Luc Mélenchon et de ses alliés de la NUPES, par exemple. Et je dois dire qu’une analyse un peu superficielle de la geste politique macronienne pourrait facilement amener à cette conclusion. Dans un entretien accordé à la Presse quotidienne régionale avant-hier (le 3 juin 2022), le Président ne déclarait-il pas :

« Notre pays considère que tout problème a forcément une solution heureuse dans l’argent public. Ce n’est pas vrai. »

.
Un discours déjà entendu à plusieurs reprises du côté de l’Élysée comme dans les ministères adjacents :

· « L’État n’a pas à payer tout ! » disait Emmanuel Macron en 2017 au moment de la polémique sur la baisse de 5 € des aides au logement.
· Toujours en 2017, le duo Le Maire-Darmanin préposé à la préparation du Projet de loi de finances pour 2018 écrivait en introduction dudit PLF : « Si la dépense publique était la réponse à tout, nous devrions donc avoir le chômage le plus bas et le taux de croissance le plus élevé en Europe. Nous en sommes loin. »
· « La politique sociale ? Regardez : on met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens, ils sont quand même pauvres, on n’en sort pas », renchérissait le Président en 2018.
· Et pas plus tard que vendredi dernier, dans l’entretien déjà cité, il s’en prenait à Mélenchon en ces termes : « J’ai lu le programme de la NUPES. Ils y citent vingt fois le mot taxation et trente fois le mot interdiction, ce qui donne une idée assez claire de l’esprit du programme. C’est un projet de liberté, sans doute ? »

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Ces propos, j’aurais pu les tenir, j’aurais pu les écrire. En fait, je les ai écrits mille fois, sous cette forme ou sous une autre, et je ne fais pas mystère de mon penchant libéral. Il serait cependant beaucoup trop hâtif d’en conclure qu’Emmanuel Macron est lui aussi habité d’une irrépressible préférence libérale.

D’une part, parce qu’il est arrivé sur le devant de la scène politique via le concept fourre-tout du « en même temps, ni de droite ni de gauche » bien pratique pour faire ami-ami avec un peu tout le monde en fonction des nécessités de l’heure – indéniable symptôme de sa souplesse électorale. Et parce que d’autre part, ayant été élu à la tête de l’exécutif il y a cinq ans, il est par construction affligé d’un bilan très concret sur lequel on peut, on doit lui demander des comptes. Pourrait-il jurer que les mots « taxation » et « interdiction » – ajoutons « obligation » – effectivement révérés jusqu’à l’obsession par les Insoumis, sont complètement étrangers à sa conception de la politique ? Est-il si attaché aux libertés qu’il le prétend ?

M. Macron aurait-il oublié que c’est une stupide interdiction de rouler au-delà de 80 km/h sur route puis un projet de taxation supplémentaire des carburants (déjà hautement fiscalisés) qui ont précipité la révolte des Gilets jaunes ? Aurait-il oublié que les entreprises doivent dorénavant calculer leur index d’égalité salariale entre les hommes et les femmes, véritable usine à gaz bureaucratique sans queue ni tête qui n’en servira pas moins à leur imposer des sanctions si le résultat n’est pas assez égalitaire ? Aurait-il oublié également le pass sanitaire puis vaccinal qu’il a imposé à la France entière alors même que le président de son propre Conseil scientifique anti-Covid a fini par admettre la parfaite inutilité de cette obligation dans le contrôle de la pandémie ?

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Et puis finalement, son ministre de l’économie Bruno Le Maire lui a-t-il fait savoir que les dépenses publiques de la France, record or ou argent des pays de l’OCDE selon les années, sont passées de 55/56 % du PIB sur la période 2012 à 2019 (nulle baisse de ce côté-là avant le Covid) à quelque 60 % en 2020 et 2021 ? Et que les prélèvements obligatoires sont restés fermement accrochés à 44/45 % du PIB (pas de baisse non plus malgré un record mondial similaire) tandis que la dette publique caracolait de 98 % du PIB en début de mandat à 113 % fin 2021 ?

Non, décidément, pas l’ombre d’un petit surmoi libéral dans le bilan du premier quinquennat Macron. L’écart entre les paroles et les actes est absolument abyssal. En revanche, pas le moindre petit écart entre les actes et les actes de Macron 1 et Macron 2 malgré tous les efforts du Président reconduit pour essayer d’insuffler une tonalité de renouveau printanier à son second mandat. 

Il est donc question d’adopter une nouvelle méthode pour rompre avec la politique centralisée des « circulaires qui viennent d’en haut ». Du jamais vu, jamais fait : en l’occurrence, la mise en place d’un Conseil national de la refondation regroupant les forces politiques, économiques, sociales et associatives du pays, ainsi que des élus des territoires et des citoyens tirés au sort.

Nouvelle méthode, vraiment ? On se rappelle pourtant que chaque moment délicat du mandat précédent a été momentanément surmonté/contourné/étouffé par la création de diverses instances populaires censées nous convaincre que les Français décideront en dernier ressort.

On avait déjà le Conseil économique, social et environnemental (CESE), « machin » typiquement décoratif, mais ce fut en plus le Grand débat national, ce fut la Convention citoyenne pour le climat et ce fut le Collectif citoyen sur la vaccination – ce dernier, lancé dans un assaut de vertu démocratique, a fonctionné tant bien que mal pendant quelques semaines pour finir complètement oublié une fois que la vaccination est devenue quasi-obligatoire. Bref, à chaque nouvel obstacle politique, son amusement « citoyen », sa dose théâtrale de « renaissance ».

Nous voilà donc face à un tout nouveau tout beau Conseil national de la refondation dont M. Macron n’a pas caché qu’il s’inspirait directement du Conseil national de la Résistance à l’origine de notre État providence. Les temps ont changé mais les enjeux sociaux auxquels se sont ajoutés les enjeux environnementaux ne sont pas moins élevés qu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, a-t-il expliqué.

Mais l’on comprend surtout qu’il y a péril en la demeure législative, où les futurs députés de la NUPES pourraient priver le parti du Président, si ce n’est de la majorité simple, du moins de la majorité absolue. D’où adaptation du discours afin d’attirer à lui de potentiels électeurs de gauche éventuellement hésitants mais très attachés à notre modèle économique et social, exactement comme il l’avait fait entre les deux tours de l’élection présidentielle en reprenant à son compte la planification écologique chère à Jean-Luc Mélenchon. 

Joli pilotage à vue. Pourquoi serait-il nécessaire de refonder quoi que ce soit si le bilan du quinquennat précédent était aussi excellent qu’Emmanuel Macron et ses ministres le prétendent en permanence ? Toujours cette ivresse des mots qui semble caractériser la pensée politique macronienne.

Et pourtant, au-delà de l’opportunisme politique, on discerne bel et bien un chemin idéologique chez Emmanuel Macron. Certainement pas un chemin libéral, bien au contraire. Depuis 2017, et plus encore depuis la crise des Gilets jaunes, la place de l’État a toujours été ardemment défendue. L’URSSAF est notre amie, vous vous rappelez ? Et puis Emmanuel Macron a amplement montré qu’il avait une conception très étroite des libertés individuelles.

Avec la pandémie de Covid-19, un nouveau pas a été franchi : c’est carrément au programme parfaitement collectiviste du Conseil national de la Résistance qu’Emmanuel Macron a souhaité dorénavant « ramener » la France, comme en témoignait assez clairement son allusion aux « Jours Heureux », titre initial de ce programme, dans son Adresse aux Français du 13 avril 2020. 

Tous les actes de M. Macron sont là pour témoigner de cette orientation fondamentale. Les paroles, c’est autre chose. Il y a 48 millions d’électeurs différents à convaincre. Normal de moduler le discours. Un peu de refondation, peu importe ce que cela veut dire, saupoudrée sur beaucoup de pareil au même fera l’affaire. Ça promet.

Cet article a été publié initialement sur le blog de Nathalie MP : cliquez ICI

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