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Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron
Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron
©Reuters

L'économie au service du politique

Emmanuel Macron, bien piètre avocat de l'Etat actionnaire

Alors qu’Emmanuel Macron essaie très péniblement de justifier la montée de l’Etat au capital de Renault, le bilan de l’Etat-actionnaire depuis trois ans est mauvais. Le gouvernement de gauche n’a fait qu'accumuler les mauvais résultats. Personne ne sait pourquoi l’Etat est actionnaire des entreprises. Pour faire plaisir à la gauche conservatrice ? Sans doute, mais ça coûte cher au contribuable.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Dans une tribune publiée par le Monde vendredi soir, le ministre de l'Economie plaide pour un capitalisme qui ne soit pas naïf et défend deux idées fortes : Un, il faut un capitalisme de long terme et deux, il faut que les salariés soient plus présents au capital des entreprises. Sur le principe, il a raison. Mais ce qui est extraordinaire, c’est que ces deux arguments lui permettent de justifier la montée récente de l’Etat au capital de Renault. L’Etat aurait donc pris une minorité de blocage chez Renault pour s’assurer que Renault développe une stratégie de long terme et pour garantir la participation des salariés.

Ces arguments n’ont évidemment pas de sens ; d’abord parce que la participation des personnels est réglée par la loi. Ensuite parce que le groupe Renault conduit par nécessité une stratégie de long terme et que l’industrie automobile n’a pas vocation à spéculer sur les marchés financiers, mais à investir dans la recherche et l’innovation, ce qu’elle fait depuis dix ans, avec beaucoup de succès.

L’intervention de l’Etat au capital de Renault reste inexplicable, si on exclut a priori l’intérêt purement politique. On n’ose pas imaginer que l’Etat français ait pu décider de monter au capital pour renationaliser en douceur cette entreprise qui se porte très bien pour faire plaisir à la gauche de la gauche à la veille du congrès du PS. Ce n’est pas imaginable !!! Encore que si on regarde le bilan de l’Etat actionnaire depuis 3 ans, on constate qu'il n’est guère brillant.

Les participations de l’Etat français dans les entreprises industrielles et commerciales sont gérées depuis 2004 par l’Agence des participations de l’Etat qui dépend directement du ministère de l’économie, de la direction du Trésor. Autant dire que cette agence est au cœur du réacteur du pouvoir central, branché directement sur l’Elysée et notamment sur le secrétariat général aujourd hui tenu par un très proche du président, Jean Pierre Jouyet. Cette agence fait chaque année l’objet d’un audit de la Cour des comptes qui chaque année critique ses choix et ses comptes, ce qui ne change rien. Cette agence n’est pas gérée, elle est utilisée par le pouvoir à des fins qui ne sont pas toujours très transparentes.

L’Etat actionnaires possède quelque 120 milliards d’euros dans 72 participations dont 80 milliards d’euros dans 12 entreprises cotées. Alors on s’interrogera sur la multitude d’interventions dans des entreprises moyennes ou petites, dans des entreprises de transports qui pourraient être en régie ou dans des aéroports ou dans des établissements qui n’ont pas ou peu d’intérêt. Pourquoi l’Etat a-t-il mis de l’argent dans les termes d’Aix-les-bains ou le marché de Rungis ? Il s’agit le plus souvent d’interventions politiques à des fins locales ou régionales. Passons. Tous les gouvernements ont pratiqué ce genre d’intervention.

Plus importantes sont les grosses participations : Air France, encore 500 millions d'euros ; Airbus, 4,248 milliards ; Thales, 2,5 milliards ; Safran, 4,5 milliards ; Aéroport de Paris, 4,9 milliards ; Renault, 4 milliards ; Orange, 4 milliards ; Areva, 1, 5 milliard ; EDF, 43,442 milliards ; GDF, 16 milliards… Sans compter La Poste, France télévision, la caisse des autoroutes, la CNP, Eramet…

Ce qui est surréaliste dans cette situation, c’est que l’Etat semble ne pas avoir de doctrine bien définie qui fixerait les critères d’intervention et les raisons économiques ou sociales.

Beaucoup de participations sont des héritages du passé quand l’Etat était le seul investisseur capable de financer des gros équipements, EDF, GDF, Areva… L’Etat a massivement investi dans la production et la distribution de l'énergie électrique et particulièrement le nucléaire.

Parfois, l’Etat est intervenu à des fins stratégiques pour protéger des entreprises ou des secteurs entiers de prédateurs étrangers. Pour permettre l’émergence d’industries nationales ou européennes ; le meilleur exemple étant Airbus. Sauf qu'aujourd'hui quel est le sens de la participation d’Etat dans Airbus ?

Certaines de ces participations ont été mal gérées. Soit parce que pendant très longtemps les entreprises ont été sous l’emprise des syndicats, soit parce qu'elles étaient sous la coupe de hauts fonctionnaires.

Le cas d’Areva est flagrant. Areva, fournisseur d’équipement nucléaire, entreprise stratégique, a toujours été confiée à des amis du pouvoir au plus haut niveau. Or on s’aperçoit que lorsque les entreprises sont présidées par des proches du pouvoir, elles jouissent d’une certaine impunité. Areva, dirigée jusqu’à l’année dernière par Anne Lauvergeon qui fut nommée par François Mitterrand et protégée par toute la famille socialiste a pu faire des choix stratégiques qui se révèlent aujourd'hui ruineux ; elle a pu les faire en toute impunité et sans véritable contrôle de son actionnaire public.

La plupart de ces participations n’ont plus de sens aujourd'hui, parce que les entreprises sont en situation de concurrence et elles iraient beaucoup mieux si elles étaient libres de leurs mouvements. Y compris chez EDF.

En 2014, le gouvernement avait engagé un processus important de cession (GDF Suez) avec pour objectif de financer le désendettement de l’Etat. Avec un budget exsangue, et sans croissance, la réaction première de l’Etat a été de vendre certains bijoux de famille. Le mouvement s’est rapidement arrêté devant la fronde des militants de gauche.

Ce coup de frein est intervenu pour des raisons idéologiques. La situation difficile de François Hollande aujourd'hui, qui essaie de rassembler toute la famille socialiste ne le poussera pas à accentuer le processus de privatisation ; la saison est passée.

Le rapprochement entre Areva et EDF qui devrait être annoncé la semaine prochaine le sera pour justifier le rôle de l’Etat dans le contrôle des industriesproductrices d’énergie. Ségolène Royal aura le talent pour expliquer que l’heure est venue que l’Etat reprenne en main ces secteurs. Elle ajoutera un couplet sur la transition énergétique, histoire de faire plaisir aux écolos. En réalité, le rapprochement entre EDF et Areva aura pour fonction de permettre le sauvetage financier d’Areva qui est aujourd'hui en grande difficulté. On ne le dira pas explicitement. Sauf qu'il faudra trouver l'argent dans une augmentation des tarifs d’electricité pour financer les bêtises stratégiques du passé.

L'affaire Renault sera beaucoup plus difficile à expliquer. Difficile de dire que Renault est en difficulté, que Renault est stratégique, que le secteur est en panne ou que Nissan est dangereux. Nissan sera dangereux pour Renault quand ses actionnaires japonais auront décidé de rentrer chez eux, parce que ce que ne dit pas Emmanuel Macron c'est que Nissan apporte à Renault une part très importante de son chiffre d’affaires mondial et une part encore plus importante de ses profits...

Officiellement, l’Etat français monte au capital de Renault pour vérifier que la loi Florange sera bien respectée. Cette loi votée l’année dernière a pour objectif de restreindre la liberté de manœuvre de l’entreprise et de l’empêcher notamment de fermer une usine de fabrication qui serait rentable. En d'autres termes l’Etat français soupçonne les actionnaires japonais et la direction de Carlos Ghosn de préparer un mauvais coup. Bonjour l’ambiance.

En réalité, l’Elysée est obsédé par le congrès du Parti socialiste et fait tout ce qu'il est possible de faire pour ramener les frondeurs au bercail. 

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