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Donald Tusk, roi du marketing politique...
Donald Tusk, roi du marketing politique...
©Reuters

Politicus emoticus

Législatives polonaises : victoire de Donald Tusk, roi du marketing politique

Peu évoquées en France, les élections législatives polonaises ont couronné ce dimanche le succès du Parti libéral conservateur de Donald Tusk. Elles ont aussi consacré ses méthodes de communication...

Eryk  Mistewicz

Eryk Mistewicz

Eryk Mistewicz est polonais francophone, consultant politique et conseiller en communication institutionnelle et politique en Europe de l’Est.

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Donald Tusk illustre ce qui peut être réalisé à l’aide d’une bonne stratégie électorale et d’un bon marketing. Avec près de 40 % des voix, la Plate-forme Civique (PO, appartenant  au Parti Populaire Européen auquel appartient aussi l’UMP), a montré qu'après quatre années de pouvoir, il ne faut pas, sans discussion, s’écarter des autres chemins. Le score élevé de PO signifie que pour la première fois depuis l’année 1989 (chute du communisme), la même équipe va gouverner une seconde fois. En politique polonaise, c’est un événement sans précédent.

Pourquoi PO a gagné ? Tout d'abord, la campagne a montré ce que PO a réussi à faire, et ce qu’il est capable de faire à l'avenir. La campagne a été construite autour d’éléments rationnels qui touchent un électorat rationnel. Ensuite, les routes, les autoroutes, les stades, la modernisation de la Pologne, l'anticipation de l’arrivée des lignes du TGV... tout cela a eu lieu pendant le mandat de Tusk. Mais, un facteur très important également a été le rôle qu’ont joué les émotions. Les émotions sont la clé du succès en politique. La Plateforme a suscité des émotions autour des hooligans du stade qui ont commencé à apporter leur soutien à PiS. Le transfert émotionnel a montré que la paix et la stabilisation étaient nécessaires pour l'avenir de la Pologne. Une indication claire que la Plateforme Civique était la garante de la paix sociale.

Deuxièmement, la faiblesse de la concurrence politique a joué un rôle considérable. Droit et Justice (le parti concurrent avec à sa tête Jaroslaw Kaczynski, le frère du président défunt à Smolensk) a pour la première fois fait une bonne campagne. Pour la première fois il a maîtrisé son message. Ainsi, par exemple, il n'a pas accepté les invitations des journalistes réticents à PiS. Il n’a également pas accepté des invitations à débattre avec PO. Si de cette manière PiS avait réussi jusqu'à la fin de la campagne à contrôler son message, le résultat aurait pu être différent. Mais le marketing n'est pas suffisant, pour gagner. Jaroslaw Kaczynski a attaqué Angela Merkel. Cela a permis de mobiliser les électeurs indifférents à la politique. PO a raconté une meilleure histoire.

Troisièmement, les partis satellites ont joué également leur rôle. De nouveaux partis, qui ont ramassé des voix de PiS (le parti PJN) et le SLD (le parti de Janusz Palikot) ont contribué à retirer des voix aux concurrents de la Plateforme. Ainsi dans le premier cas, le PJN, a pris 2% au parti de Jaroslaw Kaczynski. Mais dans le cas du parti de Janusz Palikot, qui a obtenu 10%, il  a nettement distancé le parti socialiste (SLD, 8%). Le chef du SLD Grzegorz Napieralski vient de démissionner et une convention devra choisir un nouveau chef. La gauche n'avait aucune idée pour faire campagne. La gauche n’avait pas d'histoire pour impliquer les gens. Récemment, j'ai écrit un livre intitulé Marketing narratifdans lequel je tente de montrer que celui qui dira les meilleures histoires avec les plus grandes émotions, gagnera aujourd'hui dans la politique et des affaires. Le chef du SLD n’avait pas son histoire à raconter et il a donc perdu.

En lieu et place du Parti socialiste pourra pousser une gauche solide et forte en Pologne. Janusz Palikot est un ancien associé de Donald Tusk, l'un de ses plus proches amis politiques. L'un des plus riches hommes politiques polonais. Jadis, il éditait l’hebdomadaire catholique conservateur "L’Ozone". Mais ça ne le dérange pas aujourd'hui d'attaquer l'église, d’attaquer la finance, d’attaquer le gouvernement auquel, il y a peu de temps encore, il participait. Je compare Janusz Palikot à Coluche, bien qu'il puisse être aussi comparé à Berlusconi. La politique est son jouet.

En Pologne, c’est le marketing politique qui a gagné. Les politiques du XIXe siècle ont perdu, peu importe qu'il s'agisse de la droite (Kaczynski, même avec les scores assez élevés d’environ 30%) ou la gauche (Napieralski avec SLD). Le gouvernement de Donald Tusk avec PO s’est renforcé, et va pouvoir créer une coalition forte avec Waldemar Pawlak du PSL, pour l'année prochaine. Tusk, déjà à Grande Vitesse, va encore accélérer…

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