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Le sud de la Californie, en proie à une sécheresse historique depuis plusieurs années, pourrait en effet connaître le retour de très fortes pluies.
Le sud de la Californie, en proie à une sécheresse historique depuis plusieurs années, pourrait en effet connaître le retour de très fortes pluies.
©Reuters

Sortez vos parapluies !

El Niño 2015 annoncé comme deux fois plus important que celui de 1998 : les conséquences auxquelles il faut s’attendre

Les experts de L'Organisation météorologique mondiale ont mis en garde contre le phénomène El Niño qui pourrait être cette année deux fois plus important que celui de 1998.

Frédéric Decker

Frédéric Decker

Météorologue - Climatologue à MeteoNews et Lameteo.org

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Atlantico : Comment se traduit concrètement le phénomène au niveau météorologique ?

Frédéric Decker : El Niño est une anomalie positive des températures d'eaux de surface du Pacifique depuis l'Amérique Equatoriale jusqu'au centre de l'océan, plus ou moins cyclique puisque le phénomène se produit une à deux fois par décennie. Le plus remarquable jusqu'à aujourd'hui est en effet l'épisode El Niño qui s'est produit entre la fin 1997 et le printemps 1998. Et l'épisode actuel pourrait bien le dépasser, peut-être assez largement !

Ce phénomène, "l'enfant Jésus" littéralement parce qu'il apparait normalement souvent autour de Noël, est lié à l'oscillation australe, un cycle de variation de pression atmosphérique entre l'est et l'ouest du Pacifique. La combinaison des deux s'appelle "ENSO" (El Niño Southern Oscillation). Cette anomalie est notamment due à l'affaiblissement de l'anticyclone de l'île de Pâques, diminuant la vitesse des alizés. Mais il y a encore, il faut bien l'avouer, certaines inconnues quant à la mise en place du phénomène !

El Niño provoque des bouleversements sur une grande partie de la planète, avec des répercussions locales : l'installation d'une sécheresse en Australie et en Indonésie - Papouasie Nouvelle-Guinée ; des précipitations abondantes sur le sud des Etats-Unis et l'Amérique Centrale sous des températures plus basses qu'habituellement ; de la douceur sur le nord des Etats-Unis, le sud et l'ouest du Canada jusqu'en Alaska ; de fortes précipitations en Afrique équatoriale et un temps chaud en Asie. En Europe et en France, les effets restent discutables même si certaines anomalies récurrentes semblent se répéter lors des épisodes intenses : douceur et sécheresse automnales suivies d'un hiver plutôt doux et anticyclonique dans un premier temps, plus froid vers la fin. Il ne s'agit que de probabilités toutefois, surtout pas de prévisions !

Lors du précédent épisode, la Californie a vu ses précipitations augmenter de 150 à 200%. Quelles pourraient être les conséquences d'un Niño très violent ? Qui serait touché ?

Le sud de la Californie, en proie à une sécheresse historique depuis plusieurs années, pourrait en effet connaître le retour de très fortes pluies. Et cela pourrait avoir des conséquences dramatiques : en tombant sur des sols desséchés et souvent sans végétation du fait des feux de forêt récurrents, ces pluies diluviennes envisagées pourraient provoquer des coulées de boue terribles et des inondations très importantes. Le reste du sud des Etats-Unis et le Mexique devraient par ailleurs connaître des précipitations très abondantes. Rappelons que le Texas et l'Oklahoma ont connu un printemps dramatique, extrêmement pluvieux avec des inondations records. Il se pourrait que cela se répète dans les mois à venir !

A l'inverse, une importante sécheresse risque de frapper l'Australie, l'Indonésie et la Papouasie Nouvelle-Guinée... C'est déjà le cas d'ailleurs et cela risque fort de s'aggraver. El Niño perturbe également les cyclones, plus nombreux dans le Pacifique notamment. Un record vient d'ailleurs de tomber avec trois cyclones simultanés de catégorie 4 dans cet océan ces jours-ci, cela n'était encore jamais arrivé. On peut craindre une recrudescence des cyclones dans le Pacifique dans les prochains mois.

D'autre part, El Niño est une sorte de "radiateur mondial". L'année 2015 sera très probablement l'année la plus chaude sur Terre depuis les premiers relevés météo, battant ainsi... 2014 ! Et le réchauffement climatique a probablement un effet catalyseur sur El Niño... qui, à son tour, accélère temporairement le réchauffement mondial. La boucle est bouclée, c'est l'effet "boule de neige", un comble quand on parle de réchauffement ! La planète aura donc encore chaud jusqu'au printemps prochain au moins, lorsque le phénomène prendra ou devrait prendre fin.

Sachant que les conséquences peuvent-être anticipées, comment s'y prépare-t-on ?

En anticipant justement et en mettant en place des plans d'évacuations "au cas où", par exemple aux Etats-Unis où les inondations risquent de frapper. En scrutant scrupuleusement le ciel au-dessus du Pacifique, notamment côté cyclones, puisqu'ils risquent fort de faire parler d'eux dans les semaines et mois à venir. Ils sont susceptibles de frapper des zones assez peu habituées, notamment les atolls de Micronésie. Il faudrait alors prendre des mesures draconiennes sur ces îles à fleur d'eau où vents et vagues pourraient avoir des conséquences catastrophiques.

Quant aux pays touchés par la sécheresse, la gestion de l'eau est essentielle en amont du renforcement d'El Niño prévu pour ces prochains mois. En prenant des mesures de restriction dès maintenant, on peut espérer supporter plus facilement les mois les plus difficiles prévus pour l'hiver prochain (l'été prochain dans l'hémisphère sud)...

Propos recueillis par Cécile Picco

 

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