Ebola : le match des maladies tueuses (et pourquoi un virus maîtrisable en Occident nous effraie beaucoup plus que la grippe et ses 3000 morts annuels) | Atlantico.fr
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Ebola vs grippe : le match des maladies tueuses.
Ebola vs grippe : le match des maladies tueuses.
©Reuters

Psychose !

Ebola : le match des maladies tueuses (et pourquoi un virus maîtrisable en Occident nous effraie beaucoup plus que la grippe et ses 3000 morts annuels)

Peur sur la France. Ebola a instauré un climat de psychose en Hexagone alors qu'aucun mort n'est à déplorer sur le territoire. Aucune contamination sur le territoire n'est même avérée. A l'instant T, des maladies anodines tuent plus qu'Ebola.

François Bricaire

François Bricaire

François Bricaire est un médecin. Il est chef du service Maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris. Il est professeur à l'Université Paris VI-Pierre et Marie Curie.

 

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Les présidents Obama et Hollande, la Chancelière Merkel et les Premier ministres Renzi et Cameron ont qualifié mercredi 15 octobre le virus Ebola de "plus grave urgence sanitaire de ces dernières années". La presse française n'a pas manqué de se saisir de cette déclaration et la peur autour d'ebola semble s'être confortablement installée en France, alors que l'Hexagone ne déplore toujours aucun mort d'Ebola et les contaminations potentielles n'ont pas encore été avérées. La peur autour d'Ebola éclipse-t-elle toutes ces maladies et agents contaminants de notre quotidien qui font aujourd'hui plus de ravages sur notre territoire ?

François Bricaire : La grippe à elle seule tue entre 2000 et 3000 personnes par an, en fonction des années.

Des patients décèdent tous les jours des suites de cancers. Moins de 200 000, ce qui reste impressionnant ! Du côté des dysfonctionnements circulatoires, nous sommes à peu près dans les mêmes proportions.

A cela, il faut ajouter les maladies respiratoires qui tuent près de 30 000 personnes.

Cliquez pour agrandir l'image(chiffres mis à jour en mars 2014)

Ensuite, par rapport à l'Afrique qui souffre du triple fléau infectieux (paludisme, sida et tuberculose), nous sommes hors proportions. Mais encore une fois, c'est le caractère foudroyant d'Ebola qui provoque l'inquiétude et l'anxiété.

En d'autres termes, il nous faut relativiser !

A quoi tient cette peur panique du virus Ebola ?

C'est une réaction humaine qui a toujours existé en maladies infectieuses. L'agent infectieux se déclenche, il est transmis et contagieux. En ce sens, il est une source d'inquiétudes, de fantasmes, de peurs, et au niveau d'une population d'une possible psychose. Les exemples passés pullulent, peste, choléra, etc. 

Pour Ebola en particulier, le phénomène de contagion se propage en Afrique, aux portes de l'Europe. Plus un pays en relation avec la France, la Guinée. La crainte d'une propagation de la contagion en France n'en est que plus grande. D'autre part, des Français sont présents sur les terrains infectieux. Cela aussi joue dans la peur de l'importation du virus, alors que ces dernières sont légitimement prises en charge, dans des conditions de sécurité absolues.

Enfin, la crainte tient au fait que nous sommes en Afrique, près du Mali, de la Côte-d'ivoire, etc. C'est lointain, exotique, mais d'obédience française.

Une peur plus tenace que pour des expositions passées comme par exemple pour le sras, grippe aviaire, porcine, etc.) ? Et pourquoi ?

Le virus Ebola est un virus potentiellement létal. Et le nombre de morts dans les foyers infectieux hors occident a fait des ravages. Qui plus est, nous ne disposons pas de traitements réellement efficaces, ni de vaccins disponibles.

Les gens ne font pas la distinction dans les modes de contamination, entre ce qui se transmet par voies respiratoires (grippe ou sras) et Ebola qui n'opère que par un contact direct, via les fluides corporels d'un malade avéré. Ce qui réduit considérablement le risque.

Médias et médecins en font-ils trop ?

D'une certain façon oui, ils relayent des informations avant les premiers concernés, les médecins. Des informations supposées émaner de militaires qui par définition dans ce genre de gestion de crise sont hermétiques. Cela augmente l'angoisse des Français, alors même que c'est injustifié, puisque la plupart du temps tout et n'importe quoi est dit. 

Dans cette logique, que dire à celles et ceux qui imaginent que la France pourrait être décimée par Ebola ?

C'est de la science fiction ! Il nous faut toutefois continuer d'informer sur les risques, de prévenir mais aussi et surtout de rassurer. Il est possible que quelque part survienne un sujet contaminé, et déclenche des symptômes en Europe après la période d'incubation de 3 semaines. Mais cela ne condamne pas la France pour autant. Il nous faut insister que les potentiels malades se déclarent et soient pris en charge.

Pour mémoire, Stéphane Gayet, rappelle la mortalité des principales maladies infectieuses.

A ce jour, on déplore environ 4500 décès par le virus Ebola souche Zaïre sévissant en Afrique de l’Ouest. A rapprocher, dans le domaine des maladies infectieuses :

  • de l’ordre de 120.000 décès par le virus de la rougeole dans le monde en 2012 ;
  • de l’ordre de 400.000 décès par le virus de la grippe dans le monde en 2012 ;
  • de l’ordre de 600.000 décès par le plasmodium du paludisme (parasite) dans le monde en 2012 ;
  • de l’ordre de 700.000 décès d’enfants de moins de cinq ans par diarrhée dans le monde en 2012 ;
  • de l’ordre de 800.000 décès par le virus de l’hépatite B en 2012 ;
  • de l’ordre de 1000.000 décès d’enfants de moins de cinq ans par pneumonie dans le monde en 2012.

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