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"Le roman vrai de Dominique Strauss-Kahn", une biographie autorisée rédigée par Michel Taubmann, journaliste d’Arte.
"Le roman vrai de Dominique Strauss-Kahn", une biographie autorisée rédigée par Michel Taubmann, journaliste d’Arte.
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DSK, son parcours, son oeuvre

Le roman vrai de DSK qui tombe à pic

Un roman sorti au bon moment. Michel Taubmann a publié la biographie de Dominique Strauss-Kahn juste avant l'inculpation du directeur général du FMI. L'auteur n'a pas oublié de conter les frasques de DSK. Son parcours au sein du PS non plus. En revanche, le journaliste n'explique pas les revirements idéologiques du socialiste au cours de sa carrière.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Les éditions du Moment ont eu bien du flair en publiant le 5 mai Le roman vrai de Dominique Strauss-Kahn, une biographie autorisée rédigée par Michel Taubmann, journaliste d’Arte[1]. L’éditeur nous précise que, pendant deux ans, l’auteur a rencontré des dizaines de témoins pour préparer ce livre bien écrit et documenté, dont on appréciera les anecdotes, et dont une certaine complaisance fera régulièrement sourire. La date de parution ne pouvait en tout cas pas mieux tomber, et ce n’est le fait ni de l’auteur, ni de l’éditeur.

DSK victime de harcèlement sexuel

Taubmann consacre la fin de sa biographie aux questions embarrassantes qui touchent la vie de DSK. Le dernier chapitre est tout entier consacré à l’affaire Tristane Banon, cette journaliste qui soutient avoir subi les assauts violents de l’intéressé, dans un appartement parisien, en 2003, c’est-à-dire deux ans avant sa nomination comme directeur général du FMI.

Alors que la partie proprement biographique de l’ouvrage est plutôt équilibrée, l’auteur sort ici de sa réserve pour prendre l’accusatrice à partie, rappelant que celle-ci s’est épanchée sur de sombres affaires de moeurs familiales en 2004, soit un an après la prétendue agression qu’elle aurait subi de la part de DSK. Avec une forme de bravoure un peu maladroite au regard des événements de ces derniers jours, l’auteur tente même un portrait de Dominique en candide: «totalement fidèle à sa première épouse», il découvre vers 40 ans son «pouvoir de séduction». Et cette phrase touchante: «Il lève la tête de ses livres et découvre un monde peuplé d’innombrables jolies femmes.[2]» Taubmann n’hésite pas à citer son attachée parlementaire, Véronique Bensaïd, qui considère que DSK n’était pas l’auteur, mais la victime d’un véritable harcèlement sexuel de la part des femmes qui l’entouraient[3].

En feuilletant ces pages involontairement cocasses, il est difficile de ne pas partager les critiques de la presse américaine sur une forme de complaisance médiatique française vis-à-vis du pouvoir.

Une intéressante plongée dans son parcours au PS

En dehors de ces écarts, et de deux ou trois autres sur la «cassette Méry» et l’affaire de la MNEF, qui respirent le même encens, l’ouvrage présente surtout l’intérêt de donner une vision assez fournie du parcours de l’intéressé au PS. Au-delà des aspects scandaleux de sa fin de parcours, DSK constitue en effet un intéressant animal politique, longtemps resté à l’écart de la joute électorale et du militantisme local, qui doit surtout sa réussite à son rôle d’économiste du parti.

L’une des forces de cette biographie consiste justement à retracer l’ascendant que DSK a pu prendre sur ses petits camarades en se collant assez peu au cursus honorum traditionnel: après un mandat de député en Haute-Savoie, son parachutage à Sarcelles en 1990 le met à mal avec les militants locaux. Candidat de l’appareil, il peine à se parer de la légitimité des mandats électifs, et grenouille dans les circonvolutions complexes des rocardo-jospinistes.

Le livre effleure régulièrement l’intéressante dimension cachée de DSK: son rapport avec le monde industriel et avec l’élite économique, pour qui il constitue une sorte de point d’entrée dans la galaxie socialiste. On aurait d’ailleurs apprécié que ce point-là soit encore mieux mis en lumière, tant il explique nombre de décisions publiques durant les années Jospin.

Quelques zones d’ombre

Reste que la biographie de Taubmann ne cache rien sur les évolutions, voire les revirements idéologiques de DSK, mais elle ne les explique pas. Communiste à la fin des années 60, au tout début de sa carrière, mais toujours agacé par les gauchistes, DSK commence une carrière d’économiste marxiste et se rallie au CERES, l’aile gauche du PS, en 1976. En 1981, il évite les cabinets ministériels et se consacre à la commission économie du PS. En 1983, il se rallie à la rigueur et se déclare keynésien. En 1989, il devient président de la commission des Finances à l’Assemblée Nationale, où il combat régulièrement la doctrine du franc fort et se donne une coloration «sociale». En 1998, il se fait l’apôtre d’un capitalisme régulé, en légitimant les privatisations et la réforme de la sécurité sociale. En 2005, il prend la tête du FMI, où il doit régler la question des dettes publiques.

Comment cet économiste marxiste a-t-il pu traverser quarante ans de vie politique en réalisant un tel revirement de pensée? Cette question reste un peu en suspens à la lecture du livre. C’est pourtant celle qui nous intéresse car, au-delà des péripéties morales et judiciaires, le parcours de DSK est emblématique de la gauche française. Ceux-là même dont les noms sont abondamment cités dès le début de l’ouvrage: Jack Lang, Laurent Fabius, Lionel Jospin, et autres ont tous commencé leur vie politique dans une dénonciation souvent forte et brutale du capitalisme, pour défendre aujourd’hui une vision somme toute très conservatrice du système économique.

Les raisons de ce revirement sont encore loin d’être claires et, au-delà des anecdotes utiles pour écrire une biographie, le moteur de cette évolution est resté un peu à l’écart du livre. Pourtant, DSK est l’un des acteurs centraux de cette conversion du PS à une économie régulée. Il reste aux historiens à explorer les arcanes de son parcours.

[1] Michel Taubmann, Le roman vrai de Dominique Strauss-Kahn, éditions du Moment, Paris, 303 pages, 19,95 €.

[2] ces citations sont tirées de la page 296.

[3] p. 298

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