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Dominique Strauss-Kahn
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Tartufferie

DSK : stop au bal des hypocrites

Alors que la tempête médiatique continue, les jugements sur les protagonistes de l'affaire varient d'un jour à l'autre et fluctuent au gré des rebondissements de l'actualité.

Jean-Marc Fedida

Jean-Marc Fedida

Jean-Marc Fedida est avocat au barreau de Paris. Egalement essayiste, il est l'auteur de Impasses de Grenelle : De la perversité écologiste (Editions Ramsay, 2008).

 

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Voila donc plusieurs semaines que le voyeurisme malsain domine une actualité que le bel été nouveau ne parvient pas à éclipser. Plusieurs semaines que le seul sujet d’information que le fait divers new-yorkais aie réellement porté, savoir d’une part la démission du directeur du FMI et d’autre part sa disqualification possible de la compétition présidentielle se trouve épuisé.

De rebondissement en rebondissement, le sujet de l’information est passé du fait à l’outrance, de l’analyse à l’obscène. Voila donc des semaines que les mœurs et les manières supposés de Dominique Strauss-Kahn alimentent les fantasmes de dépravation. Complaisamment répandus, ils ne sont définitivement pas une information, ceux qui en doutent sont indiciblement méprisables. Les vertueux donneurs de leçons de désapprobations, les circonspects silencieux entendus, les "je le savais bien", les "ils sont tous comme cela", sont d’insupportables tartuffes que le plus apprenti des Freud pourrait démasquer d’un cursif regard.

Un démon dévoué à un effet d’aubaine

Qui sont-ils pour se permettre de donner des leçons ? L’indécence de ce qu’ils présentent comme une information échappe donc au plus élémentaire sens de la pudeur. Il est indécent et inacceptable de relayer en boucle l’image du visage fermé de l’homme menotté sortant du commissariat encadré par la police tout en discourant sur le principe de la présomption d’innocence. Il était terrifiant de visionner cette magistrate inattentive, revenue de sa pause déjeuner n’écouter que distraitement un avocat qui manifestement connaissait par avance le résultat de la sentence, tout en se montrant admiratif de l’indépendance et de la grandeur de la justice américaine ( que l’on se rassure on a les mêmes chez nous !).

Il est écœurant, de dire d’un air pincé, que le sens de l’éthique interdit de montrer des images de cet homme en costume de papier, dans une sombre cellule d’une sombre prison, tout en montrant du doigt le lien internet permettant d’y accéder. Il est inhumain de faire de la victime des faits le parangon de la vertu, pour ensuite en faire un démon dévoué à un effet d’aubaine destiné à lui permettre d’acquérir une importante fortune.

Il est impardonnable, sans céder à l’inflation sémantique, de lancer un appel public à la délation par voie d’avocat (dont l’hypostase du métier est de défendre) pour aimanter à lui d’éventuelles victimes, tout en refusant de l’assumer par de prudes déclarations pétitionnant de son scrupule absolu à l’égard de la déontologie.

Outrage à l'intelligence

Et voila qu’au-delà de la nausée, le feu s’apaisant une nouvelle plainte est déposée, soigneusement relayée - que dis-je feuilletonnée -  est déposée comme l’annonce d’une nouvelle preuve présentée au public sur le même ton badin, venant donner dans un tempo parfait le rebondissement de ce qui n’est plus une information. Tous s’interrogent sur son opportunisme, sur la supposée légèreté de la plaignante après tant d’années de silence. Sur le sens même de l’exhibition recherchée précis contre sens de la réparation revendiquée !

Et voila que ceux qui, hier, vomissaient - à raison - l’exhibition de la bête enchaînée, s’époumonent à y voir une sombre machination politique, empruntent le même chemin dévoyé que la magistrate new-yorkaise d’hier, qui déduisait de la fortune de Dominique Strauss-Kahn et de sa présence dans un avion l’aveu de son crime. Aujourd’hui, avec la même indifférence,  le même air de "pause après déjeuner", ils jugent la plaignante sur ses supposées sympathies politiques.

Plus grave, en commettant à leur tour l’outrage à l’intelligence, ils disqualifient celui qu’ils pensent servir et défendre et reconnaissent qu’ils sont fait de la même eau croupie que ceux qui accusaient hier sans savoir ! Comment peuvent-ils ainsi rejoindre aujourd’hui le bal des hypocrites, entrer avec autant d’aisance dans la valse au parti pris, au n’importe quoi. Se replonger avec délice dans les poisons d’hypocrisies dont leurs ambitions ont hier tant souffert ?

La vérité dans tout cela, n’intéressera finalement personne

Ils n’auront décidément rien compris de la leçon pourtant si cuisante qu’une bonne justice ne doit se fonder que sur les faits et non être rendue dans la compétition des ambitions. Le placement en détention d’hier était abject, la prise à partie de la victime aujourd’hui l’est également et pour les mêmes raisons, et ceux qui s’y livrent aujourd’hui ne valent finalement pas mieux que cette magistrate plus soucieuse d’avaler son cream bagel que de juger.

Miroir d’une société qui se dit vertueuse, notre information se complait dans la contemplation de ce que le fantasme croit être le vice.  Les hypocrisies soudainement saillantes nous jettent au visage une question qui va bien au-delà de ce qui s’est passé dans la suite du Sofitel : et si l’amplitude même de l’écho n'avait été rendue possible que parce que la caisse était résonnante ? L’écran de télévision est le miroir de la salle de bain de la suite 2806. Son reflet est sordide, tel le visage que nous montrons, une face d’hypocrite pervers en transe de la contemplation de ses propres fantasmes. La vérité dans tout cela, n’intéressera finalement personne, seule la construction du mensonge en tiendra lieu !

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