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La présidente du Front national a annulé sa participation à Des paroles et des actes, jeudi.
La présidente du Front national a annulé sa participation à Des paroles et des actes, jeudi.
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Des paroles, paroles, paroles...

DPDA déprogrammé : Marine Le Pen vainqueur par forfait… le sien !

Annulation de la venue de Marine Le Pen sur le plateau de l'émission Des paroles et des actes : Marine Le Pen ne combat pas mais remporte la victoire.

Philippe Moreau-Chevrolet

Philippe Moreau-Chevrolet

Philippe Moreau-Chevrolet est communicant et co-fondateur de l'agence de conseils en communication MCBG Conseil.

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Atlantico : Les leaders du Parti socialiste et des Républicains ont dénoncés avec virulence ces derniers jours la surmédiatisation dont ferait l'objet Marine Le Pen. Jeudi 22 octobre au soir, elle a renoncé à se présenter à l'émission Des paroles et des actes, renonçant par là à une forte audience. Est-ce une victoire pour Jean-Christophe Cambadélis et Nicolas Sarkozy ?

Philippe Moreau-Chevrolet : Il y a plusieurs questions dans votre question. La première qu'il faut se poser c'est : est-ce que Marine Le Pen fait l'objet d'une surmédiatisation ? Les chiffres qui ont été fournis par France 2 et par toutes les chaînes d'information montrent en réalité que Marine Le Pen ne bénéficie pas d'une surmédiatisation. Elle bénéficie d'une médiatisation normale par rapport au poids politique du Front national. L'argument qui est donné par France 2 est de dire qu'effectivement elle est souvent invitée, mais elle est la seule figure du Front national à être souvent invitée sur Des paroles et des actes. Du côté des Républicains ou du Parti Socialiste, ce sont plusieurs figures qui se succèdent dans l'émission, ce qui ne donne pas cette impression de répétition et de voir toujours la même personne. Cependant, l'équilibre de temps de parole entre les formations politiques est respecté. C'est donc un mauvais procès qu'on fait à l'audiovisuel de dire que Marine Le Pen est surmédiatisé. Quand on regarde les chiffres on voit que c'est une erreur.

Pour ce qui est du but recherché en attaquant Marine Le Pen sur ce sujet, il n'est pas le même pour Nicolas Sarkozy et pour Jean-Christophe Cambadélis. Jean-Christophe Cambadélis quand il cherche à attaquer le Front national est en fait dans la logique qui est celle du Parti socialiste pour 2017 et qui est d'essayer de réduire le débat politique à un affrontement entre le Parti socialiste et Marine Le Pen, de manière à court-circuiter la droite, à la faire disparaître du paysage politique. C'est la stratégie mitterrandienne des années 80. Il est surprenant que Nicolas Sarkozy soit rentré dans ce jeu-là. On peut dire qu'il s'est fait quelque peu piéger par Jean-Christophe Cambadélis. Il n'a pas vraiment eu le choix car il a craint de se voir accusé de cautionner le Front national. Par ailleurs il est important pour lui de monter qu'il est différent de ce parti. Cela prouve, si c'était nécessaire, que Cambadélis est un excellent tacticien. C'était un piège car, autant le Parti socialiste a intérêt à cliver directement avec Marine Le Pen, autant les Républicains ont intérêt à rester dans le jeu et à continuer à exister. Or là, quel est le bilan de l'opération ? C'est que Marine Le Pen a réussi à faire parler d'elle, à avoir une audience, sans même avoir besoin d'aller sur Des paroles et des actes. Elle a remporté une victoire sans combat. La deuxième victoire pour elle c'est qu'elle n'a même plus besoin de défendre son slogan favori "UMPS", il se défend tout seul.

Depuis trente ans le Front national gagne sans combattre. Il n'a pas besoin de se battre, ce sont les autres partis qui font sa publicité en le diabolisant. Cette logique-là ne fonctionne pas, et pourtant on continue à l'appliquer. Le chef du Parti socialiste, le Premier ministre et même le chef de l'opposition, Nicolas Sarkozy, rentrent dans cette logique de diabolisation, qui a pour effet de médiatiser le Front national. Ils sont tous dans une logique de court terme. Ils pensent que leur seule chance de gagner en 2017 c'est de se retrouver face au Front national. La droite est coincée car le Front national est une vraie menace pour elle mais quelle n'a pas d'autre choix que de le condamner.

Pourquoi Marine Le Pen tire autant bénéfice de cette confrontation directe avec les médias ?

Taper sur les médias en France est une manière de montrer qu'on est indépendant et différent. C'était la stratégie de François Bayrou en 2007. Il s'est violemment disputé avec Claire Chazal sur le plateau de TF1. Il avait fait une véritable campagne anti-médias. Être contre les médias c'est être contre les élites. Or il y a un sentiment de défiance à l'égard des élites. Donc la position de Marine Le Pen est idéale : elle passe tout le temps dans les médias et en même temps elle ne cesse de les critiquer. Le fait qu'on essaye de lui empêcher l'accès aux médias lui donne une position de victime de l'élite. Alors qu'elle-même est une héritière, elle est richissime, elle fait partie de l'élite. Mais on lui donne la possibilité de dire qu'elle est du côté du peuple, des petites gens, contre les élites.

Quand elle s'est retrouvée face à ce changement de programme imposé par France 2, quelles étaient les options qu'elle avait pour réagir à cette situation ? Du point de vue du calcul politique, son choix de ne pas aller sur le plateau était-il le meilleur ?

Elle a choisi de faire un coup d'éclat. Cela lui a permis de se présenter en alternative à l'UMPS. Elle a préféré le coup d'éclat au fait d'aller à la télévision parler aux Français. L'audience est très importante dans cette émission : il y a entre 2 et 2,5 millions de téléspectateurs. Mais elle a préféré montrer que le Front national n'avait pas changé, qu'il restait le parti des petits contre les gros, qu'il ne s'était pas non plus banalisé. Son père faisait des dérapages, et elle, elle fait ce genre de coups d'éclats.

Néanmoins, du point de vue du Front national, cela ne me semble pas avoir été le meilleur choix. L'autre option était d'y aller, de dire "on m'a imposé ces conditions, ce n'est pas grave, j'y vais et je gagne". Là le choix qu'elle a fait c'est d'être complètement passive. Elle n'a pas besoin d'agir, ni même d'aller à la télévision, elle est le centre du débat. Même le Premier ministre s'est senti obligé d'intervenir dans le débat… Si on prend un peu de recul, on se rend compte qu'il ne s'agit que d'une émission de télévision ! Mais tout le monde intervient dans la discussion sur la place de Marine Le Pen dans cette émission, jusqu'au Premier ministre. Pour les électeurs, le message que cela envoie est terrible : l'élite a tellement peur d'elle, que même le Premier ministre intervient pour dire qu'il ne faut pas qu'elle passe à la télévision.

Cependant, si elle s'était rendue dans cette émission, elle aurait eu la publicité gratuite, ajouté à la possibilité de parler directement aux Français. Cela aurait sûrement été le meilleur choix en termes purement politique. 

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