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Dissidences : pourquoi Nathalie Kosciusko-Morizet n'a que très peu d'amis en politique
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Bonnes feuilles

Dissidences : pourquoi Nathalie Kosciusko-Morizet n'a que très peu d'amis en politique

NKM construit sa trajectoire vers l'Élysée, se rêvant en nouvelle "Iron lady". Cette année, le chemin de l'ancienne ministre et porte-parole de Nicolas Sarkozy traverse la campagne de Paris. Vainqueur de la primaire à droite, au centre du jeu pour les municipales, elle vit cette candidature comme une petite présidentielle. Extrait de "NKM, la présidente" (2/2).

Soazig Quéméner

Soazig Quéméner

Soazig Quéméner a 36 ans. Entrée au Journal du dimanche en 1999, elle y a suivi les dossiers « Environnement » et « Religion » avant d’entrer au service politique en 2010.

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Souvent abrupte dans ses relations humaines, NKM ne prend pas vraiment le temps de ménager ses amis politiques. Ainsi laisse- t-elle un large sillage de rancoeurs partout où elle passe. Jean- Louis Borloo, alors son ministre de tutelle, et Jean- François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée, ne lui ont jamais pardonné d’avoir été traités tous deux de « lâches et d’inélégants » dans un entretien accordé au Monde en avril 2008. La raison de cette sortie ? NKM jugeait ne pas avoir été suffisamment soutenue au moment du débat parlementaire sur les OGM. François Fillon avait dû la sermonner. « C’est un mauvais souvenir, reconnaît l’ancien Premier ministre. Quand vous êtes chef du gouvernement, vous faites en sorte qu’il n’y ait pas de clash de ce genre. Vous êtes obligé de faire part de votre mécontentement. » Après un temps d’hésitation, il ajoute sourire en coin : « En même temps, il faut reconnaître que sur le fond, elle n’avait pas tort. » Sur ce coup, ils se sont trouvé des ennemis communs.

Après cet épisode OGM, Jean- Louis Borloo demande à Nicolas Sarkozy la tête de la jeune femme. Il met presque un an à l’obtenir. Mais il continue à surveiller les agissements de « l’Emmerdeuse » du coin de l’oeil. Parfois, elle se rappelle à son bon souvenir dans les endroits les plus inattendus. À l’automne 2009, dans un avion entre le Laos et la France, Borloo découvre, ébahi, le portrait de NKM dans Libération, alors qu’il revient d’une tournée asiatique préparatoire au sommet climatique de Copenhague. En dernière page, son ancienne secrétaire d’État explique qu’elle se voit « présidente de la République ». « C’est incroyable ce qu’elles sont dures dans la nouvelle génération », commente- t-il, planté au milieu de l’avion en bras de chemise, la mine déconfite, mâchouillant nerveusement ses lunettes. Comme dépassé.

En cinq ans, NKM n’est jamais parvenue à tisser de solides liens d’amitié au sein du gouvernement. « Elle a essayé de faire des bandes avec Rachida Dati, Bruno Le Maire, Xavier Bertrand ou Laurent Wauquiez, mais cela n’a jamais fonctionné bien longtemps, raconte un ancien membre de cabinet. Il faut dire qu’elle jouait très perso. Dès que l’on préparait un déplacement interministériel avec ses équipes, elle envoyait, avant même que nous ayons eu le temps de nous retourner, un communiqué s’attribuant la paternité de l’idée. » Les bandes se constituent souvent sans elle, mais la polytechnicienne se moque de ces unions de circonstance. Ainsi at- elle lancé à l’un des mousquetaires, l’ancien club des Copé, Jacob, Le Maire… : « Alors, comment ça va, dans votre bande de pédés ? » Au moment de la tempête pour la présidence de l’UMP, un rapprochement entre Bruno Le Maire, Xavier Bertrand et NKM avait pourtant bien été envisagé. Il s’agissait de proposer alors un ticket « générationnel ». Mais les trois anciens ministres n’ont jamais pu se mettre d’accord sur celui qui serait le numéro un et représenterait le trio pour l’élection du président de l’UMP. Xavier Bertrand se voyait à cette place, puisqu’il était ancien secrétaire général de l’UMP, NKM s’espérait première car des trois, elle avait occupé le plus haut rang gouvernemental. Quant à Bruno Le Maire, il n’était d’accord avec aucune de ces deux solutions.

« Elle ne peut pas travailler en équipe, observe l’un de ses anciens collègues au gouvernement. Elle ne peut pas car elle veut tous nous dépasser. » Un autre prévient : « Ah, non, je ne dirai pas ce que je pense vraiment d’elle, sans langue de bois sinon, elle ne pourra pas être élue à Paris. Non vraiment, il ne vaut mieux pas que je vous en dise plus. » Une grosse rancune. « Dans le récent livre de Rama Yade Carnets du pouvoir, 2006-20131, on apprend que Fadela Amara, ancienne présidente de l’association Ni putes ni soumises devenue secrétaire d’État chargée de la Politique de la ville, qui s’était déjà illustrée en surnommant François Fillon « le bourgeois de la Sarthe », appelait NKM « l’Aristo ».

La plus dure avec « l’Aristo » reste, sans conteste, Nadine Morano. Au moment de la présidentielle 2012, la ministre de l’Apprentissage espérait pouvoir être nommée porte- parole d’un Nicolas Sarkozy qu’elle avait inconditionnellement défendu pendant cinq années sur les plateaux de télé, quitte à pulvériser son image. Las, la blonde et pâle Nathalie et ses allures de marquise ont été préférées à Nadine, « la Madame Sans- Gêne » du gouvernement. Dans cette bataille pour porter la parole du candidat, tous les coups ont été permis entre ces deux femmes que tout oppose. « Il y avait un papier dans Le Monde où elle balançait des trucs vaches sur moi, raconte Nadine Morano. Elle m’a appelée en m’assurant qu’elle n’avait jamais dit cela. » Dans M le magazine, on pouvait en effet lire cette amabilité de NKM à propos de Morano la Touloise : « Moi, je ne me suis pas bananée comme elle au premier tour d’une élection municipale. » Le genre d’arguments auxquels Nicolas Sarkozy est très sensible. Pour enterrer la hache de guerre, NKM avait proposé à son éphémère rivale un déjeuner. « Oh, quelle horreur ce repas ! Un moment terrible. On n’avait rien à se dire », se souvient Nadine Morano.

Mais au fond, Nadine Morano n’a jamais apprécié les manières de sa collègue. « Je la voyais passer des petits mots en conseil des ministres, ou chuchoter avec ses voisins. Je n’ai jamais fonctionné comme cela », assure- t-elle. Un ressentiment si tenace que lors de la très courue fête de la charcuterie, au Bois de Vincennes, en juin 2013, la Mosellane, connue pour sa loyauté, s’est pourtant laissée aller à tirer contre son camp. Devant témoins, elle a lancé cet encouragement à Anne Hidalgo, la candidate socialiste à la mairie de Paris : « J’espère bien que tu vas gagner contre elle ! » Morano se défend d’avoir prononcé cette phrase. Mais elle reconnaît n’avoir pu s’empêcher de confier à la socialiste qu’elle trouvait « NKM gonflée de la présenter comme une héritière ».Et d’ajouter « qu’elle a beaucoup plus de choses en commun avec Anne Hidalgo qu’avec Nathalie ». Mais si Morano était aussi remontée cette fois- là, contre NKM, c’est à cause de « l’histoire de la conférence Berryer ». En octobre 2012, NKM avait été l’invitée de cette joute oratoire souvent cruelle qui, quasiment tous les mois, met aux prises les douze lauréats du concours de la conférence des avocats de Paris avec une personnalité publique. Cet exercice peut tourner à l’épreuve face à des avocats aussi brillants que potaches. Il n’est pas facile en effet de rester assis et impuissant à écouter de jeunes baveux débiter les pires horreurs sur vous, mais c’est le jeu. La vidéo de la conférence montre NKM au bord de l’explosion. Un futur ténor du barreau « coiffé comme Fillon » dessine son portrait à la serpe, la campant en « tigresse ». « Je comprends pourquoi je suis là ce soir, c’est que je dois être un peu masochiste », sourit- elle. Elle poursuit : « Je dois vous avouer quelque chose : je n’ai aucun humour. Mais je crois que comme la testostérone, l’humour ne se fixe pas sur le chromosome X. J’en ai d’ailleurs la preuve, c’est qu’en général, les femmes ne retiennent pas les blagues, à part Roselyne Bachelot, mais elle ne retient que les blagues de cul. » Elle s’en sortira bien, même si un jeune avocat verra en cette Berryer « la plus vulgaire des conférences jamais tenues ». Lors de cette soirée, les locuteurs ont souvent évoqué Nadine Morano, pour opposer leurs deux profils. « Il faudra vraiment l’inviter », remarque NKM qui, perfide, en parle à son ancienne collègue. Nadine Morano accepte l’invitation sans vraiment comprendre où elle met les pieds. « J’y suis allée, ils ont été abjects avec moi, raconte cette dernière. Là j’ai compris que Nathalie était vraiment méchante... »

Extrait de "NKM, la présidente", Soazig Quéméner (JC Lattès Editions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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