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Le président russe Vladimir Poutine lors d'une réunion du conseil de surveillance de la plateforme Russie - Terre d'opportunités à Moscou, le 20 avril 2022.
Le président russe Vladimir Poutine lors d'une réunion du conseil de surveillance de la plateforme Russie - Terre d'opportunités à Moscou, le 20 avril 2022.
©Mikhail Tereshchenko / Sputnik / AFP

Stratégie du Kremlin

Destructions en Ukraine : Poutine est-il, malgré tout, dans la retenue ?

Bien que la guerre en Ukraine ait entraîné des destructions sans précédent dans le Sud et l'Est du pays, l'armée russe a été contrainte de revoir ses objectifs et de faire preuve de retenue dans ses attaques à longue portée vis-à-vis de certaines villes comme Kiev. La Russie tente de prendre suffisamment de territoires pour forcer le gouvernement ukrainien à négocier.

Jérôme Pellistrandi

Jérôme Pellistrandi

Le Général Jérôme Pellistrandi est Rédacteur en chef de la Revue Défense nationale.

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Atlantico : Des images impressionnantes des dégâts russes matériels et humains en Ukraine nous parviennent. Pourtant, interrogés par Newsweek, des analystes estiment que les dégâts pourraient être bien pires au vu de l’arsenal russe. Est-ce effectivement le cas ?

Jérôme Pellistrandi : J’ai un avis mitigé sur cette question. Initialement, les armées russes devaient s’emparer rapidement de Kiev, ce qui aurait mené à peu de destructions et à l’effondrement des armées ukrainiennes et un changement de régimes (un peu comme à Prague en 1968). La première phase de bombardement, des aérodromes notamment, devait suffire à casser l’outil militaire ukrainien et faire arriver les Russes rapidement sur les objectifs initiaux. Cela ne s’est pas passé comme prévu, d’où une montée en puissance. Ils se sont, dans un premier temps, acharnés à faire tomber Kharkiv. Ce qu’ils ne font pas c’est le tapis de bombes comme ont pu le faire, par exemple, les Américains au Vietnam. Mais face à la résistance, ils ont été amenés à frapper plus fort et de manière relativement indistincte, avec des frappes contre des installations civiles dont des écoles, des hôpitaux, des infrastructures.

Il ne faut pas oublier que l’Ukraine est plus grande que la France, dont détruire toutes les infrastructures de l’Ukraine est hors de portée de l’armée russe. Mais Marioupol est particulièrement dévastée.

Kiev a pourtant été assez peu ciblée ?

Oui, c’est un cas atypique. Mais ils ont bombardé à l’extérieur de Kiev, il faut garder en tête les  images de Butcha. Mais il faut aussi avoir en tête qu’ils pensaient renverser le régime, le dénazifier et faire main basse sur l’Ukraine et son appareil de production. C’est particulièrement vrai car le niveau de vie des Ukrainiens est supérieur à celui des Russes. Donc il n’y a aucun intérêt à détruire l’appareil productif ukrainien.

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Quelles sont les raisons de cette situation, est-ce une capacité ukrainienne à intercepter les menaces ?

Je pense que c’est surtout que les Russes n’y arrivent pas. Notamment parce qu’ils n’ont pas la maîtrise de l’espace aérien. Ils font environ 200 sorties aériennes par jour, ce qui est relativement limité. Certaines infrastructures sont donc peut être plus difficile à cibler, hormis via les missiles longue distance.

Les Russes ont sous-estimé leur adversaire et donc leurs besoins offensifs. Ils ont dispersé leurs efforts en attaquant sur plusieurs fronts. Ils ont aussi consommé beaucoup de missiles et doivent reconstituer leur stock, donc les missiles sont moins nombreux. C’est face à ces problèmes que la Russie a décidé, finalement, d’un commandement unique afin d’avoir une meilleure coordination.

Est-il possible qu’il y ait une volonté délibérée des Russes de ne pas faire trop de dégâts irréversibles ? Qu’elle se retienne ?

Ce n’est en tout cas pas vraiment en accord avec la doctrine russe traditionnelle. Elle est habituellement extrêmement violente et sans beaucoup de considération pour l’adversaire. Néanmoins on voit bien qu’ils n’ont pas bombardé les centrales nucléaires ou le siège des institutions à Kiev. Ils ont donc un système de targeting, plus rudimentaire que le nôtre, mais existant. Ils ont cependant été bien plus violents à l’est, au risque de toucher les populations civiles. Les destructions infligées dans certains villages sont impressionnantes. Même si on ne peut pas être sûr qu’ils visent intentionnellement les civils, les résultats sur le terrain font que c’est tout comme. 

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