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Après les crédits Gift Cards qui n'ont jamais vraiment pris, Facebook se lance dans le service bancaire en ligne
Après les crédits Gift Cards qui n'ont jamais vraiment pris, Facebook se lance dans le service bancaire en ligne
©REUTERS/Valentin Flauraud

Facebank

Des services financiers sur Facebook : gadget ou révolution ?

Après les crédits Gift Cards qui n'ont jamais vraiment pris, Facebook se lance dans le service bancaire en ligne avec, comme pays test, l'Irlande. L'idée est simple : offrir à ses utilisateurs la possibilité de stocker de l'argent, payer leurs achats et effectuer des transferts. D'ici quelques semaines, le réseau social devrait recevoir l'accord de régulateurs irlandais. Plus qu'un réseau social, Facebook se veut sur tous les terrains.

Marie-Elisabeth Mathieu

Marie-Elisabeth Mathieu

Avocat à la Cour, Maître de Conférences à l’Université d’Evry Val d’Essonne et professeur de droit immobilier au Centre de formation professionnelle des notaires, Marie-Elisabeth Mathieu travaille pour l’étude Didier Lasaygues ainsi que pour le cabinet Jeantet Associés en qualité de consultante.

Elle est l'auteur de nombreux articles et d’un ouvrage sur "Les services bancaires et financiers en ligne", primé par l’Institut de France en 2006 et paru en mars 2005 aux éditions de la Revue Banque. Elle a également publié en novembre 2007 un ouvrage sur "Les nouvelles garanties de financement – aspects pratiques des sûretés réelles conventionnelles mobilières et immobilières", aux éditions EFE.

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Atlantico : Facebook se lance dans le service bancaire en ligne avec comme pays test, l'Irlande. Le réseau social a-t-il les moyens d'être crédible ?

Marie-Elisabeth Mathieu : Bien entendu, ce réseau social est des plus crédible - il n'est d'ailleurs pas le premier à se lancer dans cette aventure, il a été précédé par Baidu, le google Chinois - puisque par essence il s'adresse aux internautes consommateurs qui, dans cet espace dédié, échangent des informations et des données. Il y a là un espace marchand potentiel et dont la clientèle existe déjà. Reste à trouver les produits adaptés à commercialiser par ce biais.
 
L'Irlande est un choix stratégique car ce sont effectivement les pays du Nord de l'Europe qui sont les plus avancés en ce domaine alors même qu'aux Etats Unis, pays jugés des plus avancés, les utilisateurs abandonnent pas à pas les transactions en ligne en raison des fraudes excessives et d'une méthode d'utilisation trop complexe. Il reste toutefois necessaire d'avoir l'autorisation des autorités compétentes irlandaises.
 
En réalité ce réseau social que constitue Facebook cherche, à mon avis, par cette idée, à se pérenniser. En effet, malgré son 1 milliard d'utilisateurs, il semblerait perdre de sa vitesse auprès des jeunes. Facebook se prépare donc à être un nouveau Western Union et à permettre des transferts de fond et des paiements via le net.

Quel intérêt Facebook a-t-il à se lancer dans la banque en ligne ?

Facebook est un vecteur essentiel de transmission des données entre particuliers. Comment ne pourrait-il pas être alors l'un des vecteurs de la banque de détail ? L'idée est de développer un marché financier via le net utilisant le réseau social comme nouveau canal de distribution. Cette idée, certes excellente, va cependant se heurter à certains obstacles juridiques de protection accrue du consommateur. En effet, un véritable compte bancaire en ligne permettant des opérations de compte à l'actif et au passif suppose le respect de certaines règles impératives du lieu de résidence du consommateur, internaute ou membre du réseau social de Facebook.

Les utilisateurs seraient-ils prêts à ouvrir un compte sur Facebook ? Comment Facebook peut-il gagner leur confiance ?

C'est là la pierre d'achoppement du système. Développer la banque de détail en ligne en gagnant la confiance de la clientèle suppose une parfaite maîtrise des risques pesant tant sur l'opérateur que sur le client. Comment s'assurer de son identité, de la sécurité de son paiement, de l'authenticité des transactions etc.? C'est là, la face cachée de l'iceberg. Certes la banque en ligne entraîne de facto une réduction des coûts, une baisse des contraintes et un accès rapide aux marchés mais les systèmes d'information pêchent parfois par certaines insuffisances dans l'intégrité du système... La recherche d'un juste équilibre entre les risques sécuritaires et ce défi économique est donc de premier ordre.

Le marché bancaire est saturé en Europe. Il y a trois ans, Google a obtenu une licence de monnaie électronique au Royaume-Uni mais semble aujourd'hui en tirer peu de revenu. Dans quels pays du monde le nouveau service de Facebook serait le plus effectif ?

Aujourd'hui Facebook devient incontournable dans les pays émergents en Asie, en Amérique latine ou en Afrique. Pour certaines de ces populations qui n’ont accès à l’internet que via leur téléphone mobile, Facebook se confond même avec le web. Je suis persuadée que ce sont ces pays qui accueilleront avec succès ces nouveaux services et sont à même de prendre le relais des marchés occidentaux d'apparence plus matures.
 
En témoigne certains chiffres de 2013 : l'Inde est devenue le pays comptant le plus grand nombre d'utilisateurs Facebook avec 152,4 millions de comptes contre 151,1 millions prévus aux Etats-Unis. Le Nokia Asha 501 est vendu avec l'application Facebook et l'opérateur indien Bharti Airtel a annoncé en janvier 2014 qu'il offrirait désormais l'accès à Facebook dans neuf langues locales à ses clients de cartes prépayées... Ces chiffres se passent de plus amples commentaires.

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