Des extraits du journal de Heinrich Himmler, le chef de la SS, viennent d'être retrouvés : plongée glaçante dans l'univers de l'un des principaux architectes de la Shoah | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Histoire
Des extraits du journal de Heinrich Himmler, le chef de la SS, viennent d'être retrouvés : plongée glaçante dans l'univers de l'un des principaux architectes de la Shoah
©German Federal Archive/Friedrich Franz Bauer

Holocauste

Des extraits du journal de Heinrich Himmler, le chef de la SS, viennent d'être retrouvés : plongée glaçante dans l'univers de l'un des principaux architectes de la Shoah

Le quotidien allemand Bild a décidé à partir du 2 août 2016 de publier par épisodes des extraits du journal personnel du nazi Heinrich Himmler. Voici quelques-unes de ces citations, témoignages de l'horreur de la Shoah.

Heinrich Himmler était, avec Joseph Goebbels, Reinhard Heydrich et Hermann Goering, l'un des plus hauts dirigeants du Troisième Reich, mené par Adolf Hitler. Chef de la SS et de la Gestapo, il a été le principal instigateur des exterminations de masse perpétrées durant la Seconde Guerre mondiale. Des abominations qu'il faisait décrire et commenter par ses adjudants dans un journal personnel de plus de mille pages, exhumé en début d'année des archives militaires russes de Podolsk, ville située au sud de Moscou. Le tabloïd britannique The Daily Mail a relayé quelques unes de ces confessions les plus surprenantes. Les voici.

Heinrich Himmler tenait son journal à jour très régulièrement. Le 9 mars 1938, il rapporte ainsi avoir mangé un déjeuner entre amis au sein-même du camp de concentration de Dachau, non loin de Munich, en Bavière. Quelque 36 000 personnes y ont perdu la vie. Il raconte ses allers-retours comme le ferait un simple bureaucrate, entre les différents camps qu'il visite et les réunions qu'il tient avec Joseph Goebbels, chef de la propagande nazie.

Froideur protocolaire

Le 9 janvier 1943, il énumère les principaux faits de sa venue à Varsovie, là où se tenait le plus gros ghetto juif d'Europe : "Une discussion, une balade en voiture à travers le ghetto, une visite à la zone d'attente et à 18h, départ de Varsovie". Et avec la même froideur protocolaire, il détaille comment trois jours plus tard, après son déjeuner à Lublin avec Odilo Globocnik, le gestionnaire de quatre camps d'extermination (Belzec, Sobibor, Treblinka et Chelmno), il a félicité l'efficacité du gazage de quelques 400 prisonniers par les rejets des moteurs diesel lors d'une "démonstration" au camp de Sobibor. Une méthode ensuite remplacée par le tristement célèbre Zyklon B, puissant pesticide contre les poux. Environ 2 millions de personnes ont été tuées dans lesdits camps. L'une des rares survivantes de Sobibor, Ada Lichtman, se rappelle : "Il y a eu un gigantesque banquet donné en son honneur. Je devais décorer les tables. Himmler était tellement enthousiasmé par cette visite. Quand il est reparti, nos meurtriers portaient de nouvelles décorations qu'il leur avait remises".

Un jour en l'année 1944, Himmler, qui souffre régulièrement de maux de ventre, se fait masser par son médecin personnel, Félix Kersten. Pas plus détendu, il demande immédiatement après sa séance l'exécution de dix Polonais au camp de concentration d'Auschwitz, avant de commander de nouveaux chiens de garde capables de "déchiqueter n'importe qui sauf leurs maîtres".

Vie personnelle

En marge de ces rapports terrifiants, Himmler fait écrire quelques détails de sa vie personnelle, tels que ses relations avec sa fille Gudrun, qui voue encore aujourd'hui à l'âge de 86 ans un culte envers son père depuis la banlieue de Munich où elle vit. Il détaille également ses balades de nuit, le temps passé avec sa maîtresse et secrétaire Hedwig Pottgast, ses parties de curling, de cartes, ou encore ses séances de sauna.

Le 18 octobre 1944, alors que le vent est en train de tourner en faveur des Alliés, Himmler entonne un discours, noté dans son journal : "Tous les hommes âgés entre 16 et 60 ans doivent défendre le sol de leur mère-patrie. […] Nos ennemis doivent comprendre que chaque kilomètre de notre pays leur coûtera des flots de sang. Chaque quartier, chaque village, chaque ferme, chaque fossé, chaque buisson, chaque forêt sera défendu par des hommes, des vieillards, et s'il le faut, des femmes et des petites filles".

Architecte de l'holocauste juif

On s'arrêtera tout de même un instant sur l'un des passages les plus surprenants de son journal : alors que Himmler est sensible à la vue du sang, il manque de faire un malaise en 1941 lorsque pendant une exécution de juifs sur un site proche de Minsk en Biélorussie, il reçoit un bout de cervelle sur son manteau.

Le point d'orgue de ce "journal de l'horreur" reste sans doute le discours qu'il tient lors d'une réunion se déroulant le 4 octobre 1943 à Potsdam. Il fait alors part des desseins nazis : "Je parle de l'évacuation des juifs, de l'extermination du peuple juif. […] Cela fait partie de nos plans, nous éliminons les juifs, nous les exterminons… Une petite affaire". Le cynisme de cet euphémisme n'a d'égale que sa cruauté. Six millions de juifs ont été exterminés dans les "camps de la mort", symboles de l'industrialisation des meurtres de masse nazis.

Heinrich Himmler se donne la mort le 23 mai 1945 pour échapper à tout jugement, et a été enterré discrètement dans une tombe anonyme quelque part dans la Lande de Lunebourg, au sud de Hambourg.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !