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Démanteler les GAFA pour déséquilibrer le monde ? Fausse bonne idée
©DAMIEN MEYER / AFP

Les entrepreneurs parlent aux Français

Démanteler les GAFA pour déséquilibrer le monde ? Fausse bonne idée

Il pourrait être tentant de penser à passer les GAFAM à la machine à débiter les troncs, tant leurs racines tentaculaires semblent faire de l’ombre au monde pour capter la lumière à leur seul avantage.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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« La victime est si belle et le crime est si gai » disait la chanson des années 80. Il pourrait être tentant de penser à passer les GAFAM à la machine à débiter les troncs, tant leurs racines tentaculaires semblent faire de l’ombre au monde pour capter la lumière à leur seul avantage. Mais si l’on accepte, pour une fois, de réfléchir au bouleversement des forces en présence, il apparait des solutions plus intelligentes et des zones d’ombre dans le raisonnement.

Comment fonctionne le monde à ce jour ? Nous sommes, nous le reste du monde, la petite couche de dinde entre les 2 grosses tranches de pain. La Chine et les USA. Nous ressentons plus la présence des USA car les FB, Google et Amazon ont envahi notre vie au point de capter 90% en moyenne de nos recherches sur internet, d’exposer 80% de nos nombrils sur FB et de faire un achat sur 5, depuis notre canapé, en pleine lutte contre le réflexe malsain de parcourir une librairie qui nous ferait marcher et pourrait nous réserver des surprises (quelle horreur, de l’imprévu !!) sur Amazon. Mais en réalité nos enfants sont la préfiguration de ce qui arrive vraiment. Musica.ly, tiktok en partie et tant d’autres comme Wish, sont Chinois ou liés à la Chine. C’est elle qui progresse le plus vite, et si Wechat était en Europe, les GAFA n’auraient qu’à trembler. Et nous à consommer l’Empire du Milieu. En attendant, nous devenons nous, Européens, le désert du milieu et côté vide, nous sommes en plein « dedans ».

Démantelons les GAFAM ? Nous donnerons de facto le pouvoir au Chinois. Un péril contre un autre. Il est vrai que les USA l’ont déjà fait, en espérant finalement que des applications intégrées soient revendues à d’autres, certes, mais sans la puissance de leur mère nourricière, elles n’auront pas le même impact. Et ne donnerons peut-être pas aussi vite aux USA, la suprématie qu’elle souhaite partager ou elle devra la partager avec la Chine. Ou passer un deal avec elle. En tous, cas la Chine sera gagnante à tous les coups. Elle profitera de tout cela pour gagner du terrain. Et pour nous Européens, Africains, Américains du Sud qui sommes le Sahel du digital et de l’IA, nous aurons troqué un maître pour un autre.

Si j’étais les USA, je donnerais un peu de puissance à l’Europe pour se préserver de la Chine. Mieux vaut un ennemi un peu faible que l’on connaît, qu’un ennemi fort que l’on cerne mal. Je permettrais, par l’investissement et l’incitation à l’utilisation, à de gros acteurs concurrents de se développer et investirait massivement dans les acteurs traditionnels pour qu’ils fassent leur mue et concurrence Amazon (Wallmart en tête). Je ferai aussi en sorte d’accélérer la mesure de l’impact de cette économie, pour récompenser ceux pour qui l’homme et l’objectif et brider ceux qui mettent la valorisation comme seul rêve au pinacle de leur réussite. Dans une Amérique toujours aussi passionnante par son envie d’avancer, il est marquant de voir l’avancée d’idée « socialistes », portées par l’aile Sanders, ce qui montre une volonté du peuple Américain de faire que le rêve Américain soit réécrit pour se réinventer et mettre le talent des USA au service de l’homme.


Si j’étais l’Europe, je me dirais que c’est le moment de retrouver l’embrayage et d’enclencher enfin la marche avant, de passer des expéditions punitives (amendes en tous genre qui ne changent rien et ne servent même pas aux acteurs Européens) à une ascension positive, une ambition démesurée, et de construire pendant que les autres démantèlent. La nature, digitale, comme toute nature, ayant horreur du vide, si nous avons du lourd à proposer aux « Ricains », ils pourraient être tentés de le prendre. Mais il faut pour cela, sortir de notre adoration du bébé start-up, pour en faire des Rambos et des Terminators. On ne peut conquérir le monde avec des Powerpoint !! Si j’étais l’Europe, je mettrais le turbo sur la coopération avec l’Afrique, non pas à coup de subventions souvent détournées pour des organismes publics, mais directement sur des projets fous, ambitieux, qui mettraient le modèle digital au service de l’inclusion et du partage de la richesse. Un modèle qui peut être rentable malgré le modèle économique du digital, si la masse critique est là.


Donc démanteler n’est pas jouer. Pas bien jouer en tous cas. Mais je ne suis, nous ne sommes, nous, entrepreneurs, ni l’Europe, ni les USA, et en toute modestie c’est bien dommage, car de bonnes idées pour des institutions fortes, cela marquerait un cocktail gagnant, qui éviterait aux mouvements nationalistes, dont une large partie nauséabonde, de prospérer et nous pourrir la vie en bâtissant leur succès sur le rejet de l’autre, quand l’autre est notre seul salut, même si il faut mieux le choisir.

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