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Les établissements français reculent dans le classement des banques les plus sûres du monde.
Les établissements français reculent dans le classement des banques les plus sûres du monde.
©Reuters

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Dégringolade des établissements français dans le classement mondial des banques les plus sûres : notre argent est-il encore en sécurité ?

Le magazine américain Global Finance a publié son nouveau classement des banques les plus sûres au monde pour l'année 2012, un classement marqué par une rétrogradation des banques françaises. L'argent des Français est-il en sécurité ?

David Grinsztajn

David Grinsztajn

David Grinsztajn est analyste secteur banque chez ALPHAVALUE , un bureau de recherche indépendant.

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Atlantico : Le magazine américain Global Finance a publié son nouveau classement des banques les plus sûres au monde pour l'année 2012, un classement marqué par une rétrogradation des banques françaises. La première d'entre elles - le Crédit Mutuel - obtient seulement la 36e place et la Banque postale le 47e rang. Les banques françaises sont-elles si peu sûres ? L'argent des Français est-il en sécurité ?

David Grinsztajn : Ce classement reflète la qualité intrinsèque des banques qui y sont présentes, mais également celle des soutiens dont elles peuvent bénéficier, c'est à dire des Etats. En effet, l'activité bancaire ne peut se faire que s'il y a une garantie de prêteur en dernier ressort qui s'exerce à travers l'Etat.

Evidemment, les qualités de signature des Etats varient selon les différentes zones géographiques. Dans ce contexte, la France représente une valeur sûre, mais pas nécessairement la meilleure qui soit  au plan international même si elle demeure une valeur sûre au plan européen..

Ainsi, ce classement fait ressortir des banques allemandes, suisses ou encore celles des pays du nord de l'Europe : des zones considérées comme sûres par les investisseurs. A l'inverse, aucune banque italienne ou espagnole n'est présente. La qualité de la signature souveraine constitue donc un facteur clairement déterminant dans ce classement. Preuve en est, nous retrouvons des banques chinoises au niveau international.

Cette chute des banques françaises peut-elle être annonciateur d'un "bank run" - un retrait massif et spontané des capitaux ?

La qualité intrinsèque des banques françaises reste solide et il en va de même pour la signature de l'Etat français.. Il n'y a donc pas de risque particulier aujourd'hui à détenir de l'argent dans les banques françaises.

Les conditions d'un bank run, tel que nous en avons connus dans les pays du sud de la zone euro avec des fuites des capitaux vers les pays jugés sûrs et dont la monnaie pourrait s'apprécier en cas d'éclatement de la zone euro, ne sont pas présentes en France pour le moment.

A la vue des taux auxquels s'endette l'Hexagone, le report des liquidités qui s'exerce au sein de la zone euro en faveur de l'Allemagne et s'opère bien que dans une moindre mesure également en faveur de la France.

Récemment, le pétrolier Shell a décidé de retirer 15 milliards de dollars des banques européennes et le fonds souverain norvégien de retirer ses pétrodollars en zone euro. Enfin, certains grands industriels - comme EADS par exemple - étudient la possibilité de créer leurs propres banques pour sécuriser leurs actifs. A défaut d'un bank run, un bank jog - un retrait étalé dans le temps des capitaux - est-il envisageable ?

Si les actifs sont libellés en devise étrangère, les acteurs qui les détiennent font face à un risque de liquidité en cas de problème d'accès à cette devise. Ainsi, les banques françaises, en raison de l'importance de leurs activités en banque de financement et d'investissement ont rencontré d'importantes difficultés au niveau de leur refinancement en dollars américains au cours de la crise.

La Fed (la banque centrale américaine, ndlr) et la Banque centrale européenne avait même mené des opérations pour y remédier. Une banque qui opère dans une devise qui n'est pas la sienne est en position de risque de liquidité forte.

En ce qui concerne les avoirs en Euros, les déposants n'ont d'autre choix que de les détenir auprès de banques européennes. Leur seule latitude consiste à choisir les banques au sein desquelles ils souhaitent les détenir.

En dépit d'une monnaie commune, l'euro, les marchés considèrent aujourd'hui que les risques à placer ces actifs en euro varient d'une banque à une autre suivant sa localisation géographique au sein de la zone euro. Ils préfèrent aujourd'hui placer leurs avoirs auprès des banques allemandes que des banques d'Europe du sud.

Quelle est la situation des banques françaises par rapport aux banques européennes et étrangères ?

Les banques françaises ont deux spécificités.

Tout d'abord, elles appartiennent à la zone euro, ce qui les place en position de faiblesse par rapport à des banques localisées dans des zones qui ne traversent pas le même type de crise. Cependant, au sein de la zone euro, elles opèrent dans un pays encore considéré comme sûr aux yeux des investisseurs, ce qui leur permet d'éviter les mêmes difficultés d'accès aux refinancement que celles rencontrées par les banques portugaises ou espagnoles.

Enfin, leur modèle d'activité, dit de banque universelle, est caractérisé par une forte exposition aux activités de financement et d'investissement générant certaines fragilités, notamment en termes de risque de liquidité et une incertitude sur l'évolution de la réglementation liée à ces activités.

Quels mécanismes permettent de protéger l'épargne des Français ?

Bien qu'il tienne compte des notes émises par les trois agences de notation, le classement du Global Finance ne constitue pas en soit une rétrogradation des banques françaises au même titre que le serait une dégradation de leur rating par une agence de notation. Il n'y a donc pas eu de réaction des marchés à attendre.

Le mécanisme de protection de l'épargne repose essentiellement sur l'assurance des dépôts et la présence de la puissance publique qui peut agir en prêteur en dernier ressort si besoin. Mais face à une crise de très grande ampleur, qui affecterait la totalité du secteur bancaire français, comme ce fut le cas en Espagne, la capacité de l'Etat à venir en soutien importe. Sur ce point, les marchés considèrent que les Etats européens, qui ont abandonné la possibilité d'imprimer leur propre monnaie, n'ont pas la possibilité de soutenir leur secteur bancaire dans sa globalité.

La solidarité au niveau européen et le rôle de la BCE sont donc des éléments cruciaux.

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