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Déformation du partage des revenus au détriment des salariés dans l’OCDE : un problème social ET un problème d’efficacité économique
©LOIC VENANCE / AFP

Double problème

Déformation du partage des revenus au détriment des salariés dans l’OCDE : un problème social ET un problème d’efficacité économique

Selon une note publiée ce 12 novembre, "La déformation du partage des revenus dans les pays de l’OCDE est à la fois un problème social et d’équité et un problème d’efficacité économique".

Patrick Artus

Patrick Artus

Patrick Artus est économiste.

Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.

Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis

Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les causes - En sortir par de nouvelles institutions (Armand Colin, 2012)

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Atlantico : Vous pointez du doigt l'écart existant entre croissance des salaires et productivité. Quelles sont les causes du décrochage des salaires au sein des pays de l'OCDE ?

Patrick Artus : Il y a deux causes essentielles, documentées par toute sorte d'études. La première c'est la perte de pouvoir de négociation des salariés. Ils ont nettement moins la capacité qu'avant d'obtenir des hausses de salaires plus fortes. C'est lié à la flexibilisation du marché du travail, à la désyndicalisation et ceci est très global. Cela touche les Etats-Unis, l'Espagne, le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Japon. C'est un phénomène très général dans l'OCDE. L'autre cause, c'est la nature des emplois. Les nouveaux emplois sont de plus en plus dans des petites entreprises de service alors que traditionnellement il y a quinze, vingt ans, le cœur de la formation des salaires c'était les grandes entreprises industrielles et le reste de l'économie suivait les négociations salariales des grandes entreprises de l'industrie. Aujourd'hui, ces grandes entreprises ont maigri. Dans les petites entreprises de services il y a très peu de capacités pour les salariés d'obtenir des hausses de salaire, très peu de pouvoir de négociation. Il n'y a pas de syndicats, des contrats de travail flexibles, courts.

Vous indiquez cependant que la croissance qu'il existe deux exceptions, France et Italie. Faut-il y voir la conséquence d'une trop faible croissance de la productivité pour ces deux pays, ou un excès des salaires ?

Les deux pays n'ont pas la même situation. L'Italie, c'est dû essentiellement au fait que depuis vingt ans il n'y a aucun gain de productivité. Donc une toute petite hausse des salaires mais sans augmentation des revenus puisque la productivité n'augmente pas. Deuxièmement l'Italie est restée syndicalisée. C'est le pays de l'OCDE où le taux de syndicalisation est le plus élevé. La cause en France c'est le SMIC. Il est à un niveau très élevé par rapport au salaire médian. Le SMIC est à 63 % du salaire médian en France. Alors qu'il est entre 35 et 45 % dans les autres pays. Avec un SMIC élevé, cela empêche des très bas salaires dans les emplois peu qualifiés. Contrairement à ce qui s'est passé en Allemagne aux USA ou au Japon. Le SMIC empêche la chute vers le bas des plus bas salaires. Le coût du salaire minimum élevé est aussi qu'on détruit des emplois peu qualifiés. Il y a une préférence sociale pour ne pas avoir de travailleurs pauvres avec un chômage structurel élevé. Cela réduit la proportion de travailleurs pauvres mais cela détruit des emplois.

Quels seraient les bienfaits économiques que produirait une correction de ce phénomène de décrochage entre salaires et productivité dans les pays de l'OCDE ?

En termes d'efficacité économique, de plus en plus les pays de l'OCDE voient un niveau de profit en augmentation avec la baisse des salaires. La part des profits dans le PIB augmente. Le taux de profit augmente. On arrive dans une situation assez absurde dans des pays où le taux de profit est supérieur au besoin d'investissement des entreprises. Le cas le plus extravagant c'est le Japon où les profits représentent deux fois leurs investissements. Il y a une telle compression des salaires qu'on arrive à un niveau de profit d'entreprises qui ne sont plus réinvestis dans l'économie et sont simplement stockés par les entreprises essentiellement sous forme de cash. Dans tous les pays de l'OCDE, les réserves de cash ont augmenté dans les entreprises depuis vingt ans. C'est extraordinairement inefficace. Si vous aviez donné cet argent aux salariés, ils auraient consommé davantage. Mais vous avez préféré gardé cet argent qui ne rapporte presque rien et ne stimule pas la croissance de l'économie. Nous sommes dans un monde où le capitalisme est gourmand. Les exigences de rentabilité des actionnaires sont très élevées. Tant que vous n'avez pas une exigence de rentabilité du capital plus faible, le capitalisme va s'organiser pour augmenter les profits pour satisfaire les exigences des actionnaires. La seule solution ce serait le retour à la raison sur l'exigence de rentabilité du capital.

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