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Déficit record du commerce extérieur français
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Faillite

Déficit record du commerce extérieur français

La France souffre d'un déficit extérieur structurel. Sur les quatre premiers mois de cette année, de janvier à avril 2011, le déficit commercial a été de 25,7 milliards contre 15,7 milliards en 2010. Alors que sa balance des paiements courants était en excédent à la fin des années 90, elle est dans le rouge depuis 2004. Quelles sont les explications de cette faillite ?

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel est professeur à l'ESCP-Europe, et responsable de l’enseignement de l'économie aux élèves-ingénieurs du Corps des mines. Il est également directeur de la revue Sociétal, la revue de l’Institut de l’entreprise, et auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie, en particulier américaine.

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Dans le concert de lamentations que cette situation inspire, on a tendance à pointer du doigt des fatalités qui nous sont étrangères. On incrimine le prix du pétrole –la facture énergétique est de 50 milliards -ou le handicap que constituerait l'euro « fort » pour nos exportations. Mais ces arguments n'ont guère de sens. Même s'il est légitime de s'indigner de la hausse du pétrole et des avantages qu'en tirent des pays aussi divers que le Venezuela, la Norvège ou la Guinée équatoriale, il n'en reste pas moins que le choc pétrolier signifie pour nous un appauvrissement incontournable. Quant à la force de l'euro, n’oublions pas qu’elle réduit avant tout le coût de nos importations et améliore nos termes de l’échange. Malgré ces évidences, il est de bon ton de clamer que la solution toute trouvée à nos problèmes commerciaux serait la dévaluation, dévaluation malheureusement interdite par la psychorigidité germanique. Insistons donc là-dessus : une dévaluation se ferait dans l’espoir que nos produits devenus moins chers se vendent mieux à l’export et qu’en fin de parcours, nos comptes extérieurs retrouvent l’équilibre. Seulement ce résultat n’est pas automatique, alors que  dévaluer conduit à coup sûr à une baisse du pouvoir d’achat puisque les importations coûtent plus cher et que la facture énergétique s’alourdit immédiatement.

En fait, l’appel à la dévaluation repose sur le refus de voir que le déficit extérieur d’un pays correspond  à un excès de consommation et à un manque d'épargne. A force de répéter aux Français qu’ils sont épargnants et que la consommation est le moteur de la croissance, on a fini par occulter cette dure réalité qu’un pays en déficit extérieur est un pays qui vit au dessus de ses moyens. Si prétendre accroître le pouvoir d'achat comme le fait régulièrement notre classe politique correspond à l'attente de la population, les chiffres de plus en plus calamiteux du commerce extérieur doivent nous conduire à admettre cette attente se heurte à la réalité. Celle-ci réclame en effet une baisse de la consommation et donc du pouvoir d’achat. C’est d’ailleurs en fait l’objectif premier de la dévaluation tant vantée ; et on voit bien qu’une hausse ciblée des impôts sur la consommation, notamment ceux sur les produits pétroliers, permet de répartir et de moduler cette nécessaire baisse.

L’économie française vit au-dessus de ses moyens tout simplement parce que loin de manquer de consommation, à force de ne pas assez investir, elle manque de capacités de production. Pour exporter, il faut produire. Pour produire,  il faut investir En résumé, pour inverser la tendance en termes de commerce extérieur, il faut avoir le courage et la lucidité de réduire la fiscalité des entreprises en augmentant celle des ménages. 

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