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Découvrez LA nouvelle méthode scientifique pour se laver les mains avec une efficacité maximale
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Propre comme un sou neuf

Découvrez LA nouvelle méthode scientifique pour se laver les mains avec une efficacité maximale

Les chercheurs de l'OMS ont mis au point une nouvelle méthode pour se laver les mains en six étapes. Une bonne hygiène des mains nécessite en effet des connaissances et de la réflexion.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Pourquoi est-il nécessaire de se laver les mains au cours d'une journée ?

Stéphane Gayet : Malgré notre système immunitaire très perfectionné, nous restons des êtres vulnérables. Chaque jour, notre corps est agressé. Nous subissons la pollution de l’air qui nous agresse quotidiennement. Notre nourriture est également chargée en polluants. Ces polluants aériens et alimentaires sont chimiques, microbiens et radioactifs. Ces produits polluants entrent dans notre organisme par nos muqueuses (buccale, nasale, pharyngée, trachéale, bronchique, œsophagienne, intestinale ou encore génitale). Heureusement, notre peau est très peu perméable aux polluants.

En plus de ces modes d’entrer dans notre corps des polluants, il y a nos mains. Elles sont nos outils naturels et irremplaçables. À longueur de journée, elles entrent en contact avec d’autres mains, des poignées, des barres d’appui, des mains courantes, des interrupteurs, des claviers, des surfaces hautes, des animaux et même le sol. Or, nos mains sont naturellement visqueuses et les polluants y adhèrent assez bien. Tôt ou tard, elles vont entrer en contact avec l’une de nos muqueuses : buccale, nasale, génitale ou anale. Dès l’instant où le contact muqueux se produit, une partie des polluants présents sur nos mains vont pouvoir pénétrer dans notre corps. On dit que les muqueuses sont les portes d’entrée des éléments étrangers. Ce peut être également une plaie. Parmi les polluants, il y a bien sûr les microbes (microorganismes) qui sont plus particulièrement dangereux que les autres polluants, car ils se multiplient dans notre organisme. Pour toutes ces raisons, il est nécessaire – pour ne pas dire indispensable – de se laver les mains avant de toucher l’une de nos muqueuses. C’est avec la muqueuse buccale qu’elles entrent le plus souvent en contact, directement ou indirectement. Il ne s’agit pas de se laver les mains à longueur de journée : ce ne serait pas de l’hygiène, mais de l’obsession. Il faut se les laver au bon moment : avant de toucher la nourriture et avant de manger, principalement. Mais également avant de donner des soins à un nourrisson. Se laver les mains permet d’éviter de contaminer ses muqueuses ou une autre personne avant de les toucher. C’est une mesure préventive essentielle.

Quand est-il nécessaire de se laver les mains au cours d'une journée ?

Une bonne hygiène des mains nécessite des connaissances et de la réflexion. Bien sûr, il y a des automatismes à acquérir, mais il est indispensable de réfléchir en termes de danger. Nous récoltons inexorablement des polluants sur nos mains à longueur de journée. Ces polluants sont évidemment invisibles et même le plus souvent imperceptibles. Tant qu’ils restent sur nos mains, le risque est maîtrisé. Mais dès l’instant où ils sont déposés par contact sur les mains d’une autre personne, un enfant en bas âge, de la nourriture, un bonbon, un chewing-gum, une pastille, une cigarette ou tout autre élément destiné à entrer en contact avec notre muqueuse buccale, le danger apparaît. Il faut intervenir en amont pour éviter le danger, c’est-à-dire se laver les mains avant un tel contact dangereux. Ainsi, dès que nos mains touchent l’une de nos muqueuses ou tout élément sur le point d’entrer en contact avec une muqueuse, c’est une situation critique à laquelle il faut répondre par un lavage préventif des mains. Ce qu’il faut retenir, c’est que le lavage des mains est une mesure nécessaire, mais qu’il doit surtout être réalisé au bon moment. Ni trop tôt ni trop tard. Cela demande une réflexion et une vigilance. Or, les manquements à cette règle préventive – l’hygiène des mains – sont fréquents, parce que la nature humaine est défaillante et que le danger est de surcroît invisible. C’est simple en théorie, mais difficile en pratique.

Les chercheurs de l'OMS ont mis au point une nouvelle méthode pour se laver les mains en six étapes. Pouvez-vous expliquer en quoi cette méthode est plus hygiénique que les autres ?

Dans le domaine de la santé, dès la fin des années 1990, l’organisme européen de normalisation EN, à l’initiative de l’Association française de normalisation AFNOR, a travaillé à l’élaboration d’une norme pour la désinfection des mains par friction. Cette norme a été publiée sous le numéro NF EN 1500 et comporte six étapes. C’est donc quelque chose que nous connaissons bien en Europe dans le domaine de la santé. La méthode de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en six étapes est très proche de la méthode européenne dont elle s’est inspirée. Au début des années 2000, nous avons ajouté une septième étape pour les poignets et les bords cubitaux des mains (côté du petit doigt). Si cette méthode n’est donc pas réellement une nouveauté, c’est sa promotion auprès du grand public qui est nouvelle. Car, jusqu’alors, elle n’était véritablement enseignée et promue qu’auprès des professionnels de santé.

Qu’apporte cette méthode ? Contrairement à ce que l’on a tendance à penser, se laver (correctement) les mains n’est pas quelque chose de facile. Car les mains sont visqueuses, donc les polluants y adhèrent assez bien, et de plus, elles ont une forme et une surface compliquées. Le lavage spontané des mains réalisé par tout un chacun est plutôt inefficace, car toutes les parties des mains ne sont pas frottées. Or, les polluants se nichent sous les ongles, entre les doigts et dans les plis de la paume, ce qui rend le lavage difficile si l’on veut un résultat optimal. Il a donc fallu réfléchir longuement pour parvenir à mettre au point une méthode à la fois efficace et quand même pratique. Son principe est le suivant : tous les surfaces et recoins des mains doivent être frottés plusieurs fois et de façon insistante. En somme, cette technique permet d’optimiser le lavage des mains : quand elle est réalisée fidèlement, on parvient à une efficacité proche de 100 %. Alors que, spontanément, sans technique particulière, elle est presque toujours inférieure à 50 %.

Cette méthode a-t-elle aussi des inconvénients   ?

Le temps est le prix à payer de l’efficacité. Ces six ou sept étapes prennent entre 15 et 20 secondes quand elles sont connues par cœur et faites rapidement. Bien sûr, c’est plus que les cinq secondes habituelles de la personne non formée. Mais cela reste acceptable, surtout dans la vie courante où les circonstances nécessaires sont infiniment moins fréquentes qu’en milieu de soins. On ne peut pas descendre en-dessous de 15 secondes (uniquement pour les étapes de friction) : c’est le prix à payer pour une bonne efficacité. Si cette méthode était bien connue et appliquée intelligemment – au bon moment – lors des épidémies d’infection respiratoire aiguë et de gastro-entérite aiguë, on assisterait à une diminution pratiquement spectaculaire de ces épidémies. À propos du temps nécessaire, on peut le comparer au temps qu’il faut pour plier un parachute. C’est long, il faut respecter un ordre précis, mais c’est le prix à payer pour la sécurité, c’est-à-dire son ouverture rapide et sans faille. On pourrait évidemment multiplier les comparaisons (vérification du moteur d’un avion avant le décollage, vérification du matériel avant de faire de l’alpinisme, etc.). La sécurité prend du temps, mais bien appliquée, elle est efficace. Un lavage des mains sans technique est un geste sans grande efficacité.

Existe-t-il d'autres méthodes pour se laver correctement les mains ?

La méthode de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la méthode européenne d’origine française sont très proches, elles procèdent de la même logique : frotter tous les centimètres carrés des mains et des doigts plusieurs fois et de façon insistante, pour garantir le résultat de ce geste sécuritaire de base. Il n’est plus possible d’envisager de se laver les mains sérieusement sans respecter l’une ou l’autre de ces deux méthodes, car le lavage intuitif – sans aucune formation - n’est pas suffisamment efficace. La seule chose qui peut varier est le produit utilisé.

Quels produits conseilleriez-vous pour laver les mains ?

Il faut distinguer le lavage des mains de la désinfection des mains par friction. Dans les deux cas, on se frotte ou se frictionne les mains, mais il y a des différences tout de même importantes. Quand on parle de lavage, on désigne un acte qui comporte un mouillage des mains, la prise d’une dose de solution moussante (sorte de savon liquide), la friction des mains selon les six ou sept étapes, leur rinçage et leur essuyage par tamponnement et non par friction. Cela est le lavage : si les six ou sept étapes de friction durent 15 à 20 secondes, l’ensemble dure environ une minute. Il faut choisir un savon (pain) ou de préférence une solution moussante (flacon), l'un comme l'autre simples, c’est-à-dire non-antibactériens, sans colorant et sans parfum. C’est très important, sans quoi on risque une irritation et une allergie après sensibilisation. Attention au rinçage et au séchage qui doivent être complets. Attention, et c’est très important, à choisir une solution lavante douce, c’est-à-dire sans antibactérien, sans parfum et sans colorant. Beaucoup de produits du commerce sont inutilement irritants et sensibilisants. Son pH doit être neutre ou légèrement acide et surtout pas alcalin. Le pain de savon, ou savonnette, est à déconseiller, car il se révèle être un réservoir et un vecteur de microbes (microorganismes) ; mais, bien sûr, c’est mieux que rien si l’on n’a pas le choix.

Maintenant, il existe une autre possibilité, c’est la désinfection des mains par friction. On utilise pour cela un produit hydroalcoolique (PHA), soit en gel (GHA), soit en solution (SHA). Les gels sont plus visqueux et de plus en plus préférés, car plus commodes à utiliser. Le déroulement est le suivant : pas de mouillage, prise d’une dose de PHA, réalisation des six ou sept étapes et ni rinçage, ni essuyage. Le tout dure entre 30 et 45 secondes. C’est donc plus rapide, mais aussi plus commode – pas de besoin de point d’eau ni de moyen d’essuyage ou de séchage -, plus efficace et mieux toléré. C’est pourquoi la désinfection des mains par friction s’est généralisée et même imposée dans le milieu de la santé depuis plus de 10 ans. Et cette évolution s’est traduite par une diminution du nombre d’infections acquises en milieu de soins et aussi par une diminution du nombre de dermites des soignants liées aux savons, souvent irritants (notamment les savons antiseptiques).


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