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L'envie de primaires signe-t-elle l'américanisation de la vie politique française ?
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L'envie de primaires signe-t-elle l'américanisation de la vie politique française ?

Les États-Unis sont régulièrement cités comme exemple ou repoussoir par la classe politique française. Incursion dans un phénomène politique et sociétal au moment de l'intensification de la campagne politique pour la présidentielle 2012.

Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est enseignant-chercheur à l'Université catholique de Lille où il dirige le Master Histoire - Relations internationales. Il est également directeur de recherche à l'IRIS, responsable du programme Asie-Pacifique et co-rédacteur en chef d'Asia Focus. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les quetsions asiatiques contemporaines. Barthélémy Courmont (@BartCourmont) / Twitter 

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Les États-Unis sont souvent pris comme référence par la classe politique française, à tel point que l’on peut s’interroger sur une américanisation de la politique française.


Un modèle exacerbé depuis 2007

Cette tendance s’est cependant amplifiée ces dernières années, en particulier à l’occasion des échéances électorales. Déjà en 2007, le facteur américain joua un rôle important dans la campagne présidentielle. Les candidats se positionnèrent par rapport à Washington, offrant aux électeurs une véritable grille de lecture, à la manière d’un référendum. Mais c’est surtout dans l’utilisation des médias, l’importance de l’image et l’accumulation de slogans (tels que « travailler plus pour gagner plus », ou « la France présidente ») que cette américanisation de l’élection présidentielle fut très nette.

Après l’administration Bush en 2007, c’est aujourd’hui au tour de l’administration Obama d’être scrutée par la classe politique française.
Le président américain, qui fait quasiment l’unanimité, est ainsi régulièrement pris comme exemple, et son image est l’objet de toutes les convoitises.
Les candidats se prennent à rêver d’être le Barack Obama français, et d’incarner un nouveau souffle politique. Mais à cet égard, notons que la personnalité du président américain joue un rôle considérable, puisque cet effet d’identification se retrouve dans de nombreux autres pays, et n’est pas limité au seul cas français.

La principale caractéristique de l’américanisation de la politique française est qu’elle ne porte pas tant sur les débats d’idées que sur le style et les mécanismes de désignation des candidats et de pouvoir. Pour la deuxième fois consécutive, le parti socialiste organise des primaires qui désigneront son candidat. Mais cette initiative, inédite en 2007, fut cette fois reprise par EELV, et est souvent évoquée pour départager les hypothétiques candidats du centre. On peut imaginer que, en l’absence du président sortant Nicolas Sarkozy, ce principe serait également évoqué à l’UMP.

Une réponse à la présidentielle de 2002

La bipolarisation de la vie politique est également fortement ancrée dans les mentalités outre-Atlantique. Elle n’en est pas moins une tendance en évolution en France, en particulier au cours des dernières années, en grande partie en réponse au résultat du premier tour de l’élection présidentielle 2002. La possibilité de voir émerger une troisième force est souvent anéantie par ce phénomène, et la tentation d’un « vote utile » a pour effet de renforcer cette bipolarisation.

Il s’agit cependant d’une américanisation de la politique française qui n’a a priori pas lieu d’être, en raison du scrutin à deux tours (qui n’existe pas aux Etats-Unis). Cette bipolarisation se traduit, comme aux États-Unis, par des dépenses de campagne très importantes, et il s’agit là d’un autre aspect de l’américanisation de la politique française : le poids de l’argent dans l’élection. Enfin, l’apparition du quinquennat est une autre marque d’américanisation. En proposant que la durée du mandat présidentiel passe de sept à cinq ans, Jacques Chirac n’a pas uniquement fait évoluer la fonction présidentielle vers un principe de « campagne quasi perpétuelle », comme aux États-Unis. S’est imposée, presque naturellement, l’idée selon laquelle il serait déplacé de cumuler trois mandats consécutifs.

Il s’agit d’une pratique politique qui vient directement de Washington. Si on ajoute à cela le fait que l’élection présidentielle est désormais en France proposée presque simultanément avec une élection législative, afin d’éviter des situations de cohabitation, on retrouve là encore une pratique très américaine qui impose de nécessaires interrogations sur l’américanisation de la politique française, et ses conséquences.

Si on replace ces différents éléments très « américains » dans le contexte des primaires du Parti socialiste, on relève plusieurs enseignements.

D’une part, les Primaires deviennent une élection dans l’élection (comme le fut l’opposition Barack Obama – Hillary Clinton en 2007-2008), et pas simplement un processus de désignation interne à un parti politique. Exposition médiatique (très forte), campagne sur le terrain, opposition de projets et même coups bas sont de rigueur, là où une désignation interne à un parti pourrait se faire à l’occasion d’un congrès ou dans le cadre des universités d’été.

D’autre part, la primaire elle-même se bipolarise, avec l’opposition de deux concurrents principaux, et un arbitrage plus difficile des autres candidats (une tendance également constatée lors des Primaires d’EELV). Enfin, cette bipolarisation de la politique français fait de cette primaire une sorte de premier tour, le vainqueur étant en position de se qualifier pour le second tour de l’élection présidentielle, et se positionne même comme un favori, au regard des sondages d’opinions.

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