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De la maladie de Parkinson à l'Alzheimer, ces défis que la science doit encore remporter
©FRED TANNEAU / AFP

Bonnes feuilles

De la maladie de Parkinson à l'Alzheimer, ces défis que la science doit encore remporter

Bernard Poulain et Etienne Hirsch publient "Le cerveau en lumières" aux éditions Odile Jacob. Mieux comprendre les relations de notre cerveau avec nos sens et nos comportements est un défi majeur pour appréhender le monde de demain. Une trentaine de spécialistes dressent un état des lieux des connaissances actuelles sur le cerveau et décrivent les nouveaux défis que les chercheurs devront relever au cours des vingt années à venir. Extrait 2/2.

Etienne Hirsch

Etienne Hirsch

Etienne Hirsch est directeur de recherche au CNRS ; directeur de l’Institut thématique neurosciences, sciences cognitives, neurologie, psychiatrie de l’Inserm ; directeur de l’Institut thématique multi‑organismes neurosciences, sciences cognitives, neurologie, psychiatrie de l’alliance pour les sciences de la vie et de la santé (AVIESAN) ; cochef de l’équipe « Thérapeutique expérimentale de la maladie de Parkinson » à l’ICM de l’hôpital de la Pitié‑Salpêtrière ; président du Comité recherche du plan national maladies neurodégénératives. Ses travaux de recherche ont pour objectif de comprendre les causes de la dégénérescence neuronale dans la maladie de Parkinson avec un focus sur le rôle des cellules gliales, de l’inflammation et de l’apoptose. Il cherche aussi à comprendre les causes de cette dégénérescence et comment elle conduit à la symptomatologie de la maladie.

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Bernard Poulain

Bernard Poulain

Bernard Poulain est directeur de recherche au CNRS. Il a été fondateur et directeur du laboratoire « Neurotransmission et sécrétion neuro‑endocrine » du CNRS (uPr2356) à Strasbourg ; directeur adjoint de l’IFr37 des neurosciences, puis directeur du neuropôle de Strasbourg. Il est actuellement directeur adjoint scientifique à l’Institut des sciences biologiques du CNRS (Paris), où il est responsable des Neurosciences et Cognition, et directeur de l’Institut thématique multi‑ organismes neurosciences et sciences cognitives, neurologie et psychiatrie de l’alliance nationale française pour les sciences de la vie et de la santé (AVIESAN). Ses travaux de recherche sont principalement dédiés à la compréhension des aspects fondamentaux de la transmission synaptique en se concentrant sur les mécanismes cellulaires et moléculaires des formes de plasticité présynaptique fonctionnelle et sur les mécanismes par lesquels des toxines bactériennes affectent la transmission synaptique ou attaquent les cellules neurales.

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Il y a ceux qui comprennent les joies et la beauté de la recherche scientifique, qui se réjouissent de la somme des connaissances aptes à nous rendre, à mesure qu’elles progressent, individuellement et collectivement plus intelligents, plus conscients du monde dans l’étendue de sa complexité, plus à même de trouver des voies pour améliorer le sort de l’humanité et de la planète qui l’héberge. Ceux‑là, il ne fait pas de doute qu’ils sortent émerveillés de la lecture des pages qui précèdent, émerveillés par les savoirs auxquels nous avons pu accéder, merveillés par les perspectives, ô combien enthousiasmantes, que ces savoirs nous offrent. 

Et puis il y a ceux qui ne partagent pas cet émerveillement, ceux qui se méfient de la connaissance et ceux qui s’interrogent sur les raisons qui pousseraient à poursuivre encore et toujours cette quête de savoir, et à quel prix. 

Aux « méfiants » qui craignent que chaque nouvelle connaissance sur le cerveau n’en vienne à ouvrir une boîte de Pandore, avec son cortège de maux pour l’humanité, nous répondons sans la moindre hésitation que nous partageons leur crainte. C’est pourquoi nous avons tenu à souligner, à la fin de cet ouvrage, l’indispensable exigence éthique qui doit tout à la fois fonder et encadrer la recherche sur le cerveau. Aux autres, ceux qui n’acceptent les coûts de la recherche qu’au regard des applications potentielles qui en découlent, nous répondons que nous savons ce que nous cherchons, mais pas ce que nous trouverons. Les grandes ruptures se font rarement là où on les attend. Il nous faut ici convoquer de nouveau la lumineuse formule (dans tous les sens du terme !) d’Edouard Brézin : « Ce n’est pas en cherchant à perfectionner la bougie que l’on a inventé l’ampoule électrique. » 

La fin du XIXe siècle a connu les premiers financements institutionnels de la recherche. Depuis, les périodes de sursauts suivies de longues phases d’oubli, voire de déclin, n’ont fait que se succéder. Depuis le dernier sursaut, c’est‑à‑dire la décennie 1980‑1990, les moyens et les crédits accordés à la recherche sur le cerveau stagnent, ce qui signifie en réalité qu’ils baissent… malgré cela, notre recherche continue de jouir d’une réputation d’excellence sur le plan international, mais on se prend à rêver des résultats qu’elle obtiendrait si elle était mieux sou‑ tenue. Acteurs de la recherche sur le cerveau, nous aimerions pouvoir rêver davantage encore en matière de recherche sur le fonctionnement et les dysfonctionnements du système nerveux et des organes des sens. La recherche française sur le cerveau bénéficie, certes, de l’erre que lui ont conférée ses financements passés, si bien qu’elle parvient encore, tant bien que mal, à maintenir sa place au septième ou huitième rang mondial, et au troisième rang européen derrière l’Angleterre et l’Allemagne. Mais doit‑on se résigner au déclin ? Non ! 

En 1947, en réaction au plan de modernisation et d’équipement de Jean Monnet qui oubliait la recherche scientifique, Frédéric Joliot‑Curie (prix Nobel, 1935) faisait parvenir à son auteur une pétition et un manifeste : « C’est un véritable cri d’alarme que nous jetons […]. Il ne s’agit pas pour la France de continuer à maintenir la recherche scientifique et technique en vie quoique le pays soit pauvre, il s’agit de les développer justement parce que le pays est pauvre », car « un pays importateur de licences et de brevets est une colonie de l’étranger aussi bien qu’un pays importateur de produits manufacturés et de capitaux ». 

C’est un semblable cri d’alarme que nous voulons lancer. Les efforts consentis par la France envers la recherche sur le cerveau et ses pathologies, quoique importants, demeurent très insuffisants au regard des enjeux : le coût, direct et indirect, des maladies neurologiques, psychiatriques ou des organes des sens avoisine les 100 milliards d’euros par an dans l’Hexagone. Elles représentent plus du tiers (35 %) de toutes les maladies dans les pays riches et nous font perdre 23 % d’années de vie en bonne santé (sources OMS). Et, en raison de l’augmentation de l’espérance de vie, la charge sociale et les coûts engendrés par ces maladies ne font qu’augmenter. 

Face à ces enjeux, les investissements sont dérisoires. Ainsi, dans le domaine des maladies neurodégénératives, la France ne finance des projets de recherche qu’à hauteur de 14,2 millions d’euros par an – hors masse salariale des personnels ayant un emploi permanent ; le chiffre atteint 135 millions d’euros quand on l’inclut (Global action against Dementia, enquête de l’OCDE). Notre pays ne se situe qu’à la septième place des pays participants au JPND, alors même que le fardeau annuel de ces maladies représente 17 à 18 milliards d’euros. Quant au financement de la recherche en santé mentale et en psychiatrie, il est tout bonnement indigent : la France n’y consacre que 27,6 millions de dollars (incluant la masse salariale des personnels ayant un emploi permanent) pour la recherche en santé mentale. 

Alors qu’un cri d’alarme avait déjà été poussé il y a bientôt dix ans dans l’ouvrage Priorité cerveau, force est de constater que rien n’a véritablement changé, alors que le fardeau continue de s’alourdir. Pourtant, le financement de la recherche sur les maladies du cerveau n’est pas une dépense à fonds perdu, mais un investissement dont le retour se mesure en termes d’employabilité et de qualité de vie pour les malades. Même un progrès modeste en termes de neuroprotection aurait un impact financier énorme. Renforcer la recherche sur le cerveau reste donc une évidence et une nécessité. Il s’agit dès maintenant de préparer le futur, en maintenant la chaîne de valeur des savoirs qui lie l’excellence de la recherche menée au front de la connaissance fondamentale à la  formation des meilleurs praticiens et des meilleurs innovateurs (en médecine ou dans d’autres domaines tels que la robotique ou l’éducation). Compter sur les avancées des autres nations pour pallier les carences nationales serait à moyen terme un gouffre financier et, pire encore, une perte de chance pour les futurs patients. 

Afin que la recherche sur le cerveau et les organes des sens puisse se doter d’un véritable avenir, elle doit impérativement se structurer.

Extrait du livre d'Etienne Hirsch et de Bernard Poulain, "Le cerveau en lumières", publié aux éditions Odile Jacob.

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