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De la diplomatie comme cache-misère
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Tribune

De la diplomatie comme cache-misère

La France le serre comme un vêtement mal coupé. Il lui faut bien plus pour être à l’aise, pour que ses dont incomparables puissent se déployer librement. Pourquoi pas le monde entier, dont le poids ne serait pas trop lourd pour ses épaules ? On sent, chez Emmanuel Macron, un besoin de grandeur que le sort, pour l’instant, contrarie.

Radu Portocală

Radu Portocală

Radu Portocală est un écrivain et journaliste français, né en 1951 en Roumanie, pays dont il fut exilé par le pouvoir communiste en 1977. En tant que journaliste, il a collaboré depuis 1985 avec divers organes de presse en France : RFI, Le Point, Le Quotidien de Paris, Libération, etc. En sus de sa bibliographie roumaine, il est l’auteur de plusieurs ouvrages en français : Le vague tonitruant (Kryos, 2018), L’exécution des Ceaucescu (Larousse, 2009), Autopsie du coup d’État roumain, (Calmann-Levy, 1990).
Diplômé en Relations internationales, il fut directeur de l’Institut culturel roumain de Paris.
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Le rideau est enfin tombé sur le grand et vain spectacle du G7. La scène où il ne s’est rien passé d’essentiel, rien dont le monde ne pût se dispenser sans dommage est désormais déserte. Le vide solennel une fois éteint, s’éleva pour lui succéder le vide enthousiaste des commentaires et des louanges.

Tomber en pâmoison devant un président, quel qu’il soit, est déjà une assez mauvaise chose pour le journaliste ; se dire fasciné par les dons diplomatiques d’Emmanuel Macron, qui, à force d’insultes adressées à des peuples et des gouvernements, a mis la France en fâcheuse posture internationale, tient du grotesque. Et quand des analystes se demandent – cela n’étant nullement, de leur part, un trait d’humour caustique – si M. Macron ne serait pas en train de devenir « le maître du monde » (LCI), il y a lieu d’être au moins inquiet.

Du temps de Ceausescu, ses chantres se contentaient d’attirer l’attention sur« l’estime infinie dont le monde entier entoure Celui qui a lié Son nom aux aspirations suprêmes de l’humanité » (avec les majuscules de rigueur). La différence est faible entre une incantation aberrante et l’autre. Toutefois, nul n’a jamais prétendu – pas publiquement, du moins – que le titre de « maître du monde »aurait pu échoir à celui qui se faisait appeler « Danube de la pensée » (ne perdons pas de vue qu’un fleuve traverse Paris, ce qui peut toujours inspirer certains esprits misérables).

Il est intéressant de constater que l’adulation politique s’exprime toujours et partout par les mêmes formules creuses et de la même manière stupide. Aucune exception ne fut faite dans le cas de M. Macron. Depuis son entrée en campagne, en 2016, ses amis se sont employés à construire autour de lui un culte de la personnalité comprenant, comme si les promoteurs avaient été inspirés par la lecture d’un possible Précis de despotisme, tous les symptômes de cette pathologie. Dans leur très grande majorité, les Français, qui n’ont jamais eu à subir de tels glissements en dehors des limites du bon sens, n’y voient pas un trop grand inconvénient. Certes, la chose peut les agacer, mais combien sont-ils qui perçoivent dans cette glorification incessante la préfiguration d’autres excès, bien plus graves ?

Supposer que M. Macron soit lui-même l’instigateur de ces vulgarités médiatiques serait, sans doute, injuste. Mais comment imaginer, en revanche, qu’il n’en ait pas connaissance ? Lui font-elles plaisir ? Pense-t-il qu’elles servent ses desseins politiques ? La réponse à ces questions ne peut être, hélas !, qu’affirmative, tant il est vrai qu’il ne s’est jamais montré embarrassé par les flagorneries dont il est l’objet et n’a jamais exigé que leur soit mis fin. Cette absence d’opposition montre – et c’est le plus triste de l’affaire – qu’il tient pour vrais les propos des thuriféraires, quel que soit leur degré d’indécence, et donc qu’il a de lui-même une opinion superlative. Certaines expériences passées montrent qu’on ne peut et on ne doit que se méfier d’un tel président.

Est-il possible, dans le même registre, de considérer comme normale l’initiative prise par l’Institut d’études politique de Paris d’inaugurer un séminaire dont le nom d’une brièveté mégalomane sera tout simplement « Macron » – et cela après seulement deux ans passés par l’intéressé à la tête du pays, deux ans couronnés de succès à peine médiocres ? Que diraient nos journalistes vigilants si l’Université de Georgetown s’avisait à organiser un séminaire « Trump » ? Leurs cris de révolte traverseraient l’Atlantique et ils accuseraient le président américain d’avoir contaminé la vénérable institution de sa honteuse folie des grandeurs. La décision de l’IEP, en revanche, ne trouble pas grand-monde. Et surtout pas M. Macron lui-même. L’indifférence de l’opinion publique face à cette extravagance incantatoire, son acceptation par la classe politique signent le franchissement d’un seuil au-delà duquel l’anormal arrive à être considéré normal – un territoire que la France n’a jamais encore exploré, fait d’ambiguïtés et de résignations, où tout est à craindre.

Ceausescu, pour revenir à lui – tout en notant que d’autres comparaisons sont, malheureusement, possibles –, était détesté par son peuple, qu’il avait réduit à la misère et au silence. Il ne lui restait, donc, qu’à se pavaner en réunions diplomatiques stériles, qu’à faire des discours insignifiants, hissé sur les tribunes de toutes sortes d’organisations, qu’à visiter des chefs d’État de moins en moins importants et à les recevoir chez lui, qu’à se faire passer pour le médiateur (inopportun, bien entendu) de toutes les causes plus ou moins perdues. Ceux qui se permettaient encore le luxe de quelques accès d’optimisme murmuraient : en politique interne il est très mauvais, mais il est brillant en politique internationale.

Il a fallu à Emmanuel Macron un peu plus de deux ans pour qu’on dise de lui la même chose. Si l’homme ne s’aimait pas tellement, ce serait très peu flatteur.

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