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Beckham au PSG ou l'entrée du foot français dans la mondialisation
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Spice boy

Beckham au PSG ou l'entrée du foot français dans la mondialisation

Au-délà de l'aspect sportif, l'arrivée annoncée de la star anglaise dans le club de la capitale est une étape supplémentaire dans la mondialisation du football français. Et une bonne nouvelle pour sa santé financière.

Pascal Perri

Pascal Perri

Pascal Perri est économiste. Il dirige le cabinet PNC Economic, cabinet européen spécialisé dans les politiques de prix et les stratégies low cost. Il est l’auteur de  l’ouvrage "Les impôts pour les nuls" chez First Editions et de "Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien" chez Anne Carrière.

En 2014, Pascal Perri a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France au ministre de l’économie.

Il est membre du talk "les grandes gueules de RMC" et consultant économique de l’agence RMC sport. Il commente régulièrement l’actualité économique dans les décodeurs de l’éco sur BFM Business.

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L'arrivée plus que probable du couple Beckham à Paris est beaucoup plus qu'une information sportive. C'est un nouvel épisode et une étape de plus dans la mondialisation du football. Deux marques internationales vont enfin se rencontrer : d'un coté David Beckham, le footballeur le plus glamour du circuit, une ancienne star du sport professionnel connue sur tous les continents ; de l'autre, Paris, la ville éternelle, 55 millions de visiteurs par an, la capitale la plus romantique du monde.

Les puristes diront que Beckham est plus que sur le retour. Il a 36 ans, il a perdu en vitesse, il évolue dans un championnat professionnel nord-américain plus proche de la Ligue 2 française que du Calcio ou de la premier League anglaise. Mais le sujet n'est pas là. A 36 ans, Claude Makelele avait encore de beaux restes lorsqu'il jouait pour Paris l'an dernier !

Stratégie commerciale globale

Pour comprendre l'arrivée de Beckham à Paris, il faut la re-situer dans la stratégie des investisseurs qataris. Al Jazeera, la télévision internationale arabe portée par des capitaux du Qatar a obtenu les droits de la Ligue 1 française pour le marché mondial hors France. Elle entend profiter de sa géographie et de son influence naturelle en Asie pour revendre ces droits aux télévisions asiatiques, dans des territoires où les passionnés de football sont, non pas des dizaines de millions mais des centaines de millions.

Dans ces pays dépourvus de championnats professionnels dignes de ce nom, le public se passionne pour Manchester United (92 millions d'abonnés au pay per view de TVMU), pour le Real ou pour Barcelone et Milan. Le volume de l'offre est encore très modeste et sur le marché des images, le championnat français vaut cher. En investissant sur une marque mondiale connue des publics les plus lointains, les Qataris du PSG donnent du sens à leur politique de conquête audiovisuelle sous couvert d'Al Jazeera. La boucle est bouclée : Beckham rentre dans le cadre d'une stratégie globale de conquête commerciale.

J'ai entendu avec une certaine stupéfaction des voix françaises s'élever pour critiquer l'arrivée de capitaux qataris dans le sport professionnel français ! Il est vrai que le discours est parfois à la démondialisation. Deux observations me viennent à l'esprit :

  • Avons nous déjà entendu des remarques sur l'identité américaine des anciens actionnaires de référence du PSG, le fond Colony Capital ?
  • Je préfère l'investissement des Qataris à Paris plutôt qu'à Londres ou ailleurs. Notre championnat a tout à y gagner.

Au passage, il n'est pas inutile de rappeler que le football français souffre d'un handicap compétitif décisif. La force de travail y est taxée comme nulle part ailleurs en Europe. Les parlementaires ont voté il y a deux ans la suppression du DIC, un dispositif qui permettait de rattraper partiellement l'écart avec nos voisins allemands. Le foot bouc émissaire est une cible facile. On a simplement tendance à oublier qu'il rapporte chaque année 1,1 milliard d'euros à l'Etat.

"Clubs paillettes" et "clubs éleveurs"

Quoi qu'il en soit, l'arrivée de Beckham à Paris marquerait un tournant. Les grands clubs français progressent. A Lyon, Jean-Michel Aulas construit patiemment une grande marque internationale. L'OL vend déjà son savoir-faire partout dans le monde, comme par exemple ses méthodes de formation des jeunes, et sera bientôt doté d'un stade adapté aux grands spectacles sportifs.  L'OM est un succès populaire constant. Chaque année, Marseille vend plus de maillots que l'équipe de France. Les clubs moyens sont en général de formidables pouponnières pour nos jeunes. Tous les nouveaux revenus, issus de la billetterie, du marketing, des produits dérivés et de la formation devront compenser la baisse attendue des recettes TV sur le marché français.

Le football français est en situation de franchir le pas. Il est sous contrôle de la DNCG, la direction du contrôle de gestion, centaure exigeant de la gouvernance des entreprises sportives, il commence à attirer les investisseurs et avec eux les grands joueurs. L'émergence de clubs paillettes, au coté des clubs « éleveurs » inscrits dans la longueur, est un des visages du nouveau football français. Personne ne s'en plaindra, et surtout pas les Parisiens. 

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