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Un cyberattaque peut-elle être à l'origine de l'effondrement d'un pays ?
Un cyberattaque peut-elle être à l'origine de l'effondrement d'un pays ?
©Reuters

Guerre 2.0

D'Israël à la Corée du Nord : dans quelle mesure une cyberattaque pourrait-elle provoquer l'effondrement d'un pays ?

Après avoir subi une vague d'attaques informatiques revendiquées par Anonymous, Israël assure que les dégâts sont minimes grâce à une meilleure préparation que par le passé.

Daniel Ventre

Daniel Ventre

Daniel Ventre est Ingénieur au CNRS. Il occupe également le poste de chercheur au CESDIP (Centre de Recherches Sociologiques du Droit et des Insitutions pénales).  

Il est également chargé de cours à Telecom ParisTech et à l'ESSEC. 

Il est l'auteur de La Guerre de l'Information (Hermès Science publications).

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Atlantico : Ce week-end, Israël a dû faire face à une cyberattaque. Elle a été revendiquée par un groupe affilié à Anonymous. Selon le gouvernement Israélien elle n'aurait provoqué quasiment aucun dégât. Un cyberattaque peut-elle avoir des conséquences graves ? Peut-elle être à l'origine de l'effondrement d'un pays ? Si oui par quels moyens (infiltrations dans les systèmes de sécurité, dans les services bancaires...) ?

Daniel Ventre : Il faut toujours prendre garde aux déclarations hâtives: que ce soit du côté des agresseurs comme des victimes d'ailleurs. Dégâts importants ou non, avant d'affirmer quoi que ce soit, il faudrait prendre toute la mesure de l'opération, et cela prend toujours du temps. Il est trop tôt pour se prononcer sur le cas que vous évoquez (Israel / Anonymous).

Une cyberattaque peut bien sûr avoir des effets importants. Rappelons simplement à titre d'exemple les cyberattaques subies par Aramco il y a quelques mois, plusieurs milliers d'ordinateurs (on parle de 30 000 machines) auraient été mis hors d'état de fonctionnement suite à une attaque. En matière d'impact, je dirais que toutes les configurations peuvent être imaginées : d'effets mineurs à effets majeurs, à court terme et à long terme, localisés ou au contraire à très grande échelle (contamination virale par exemple; perturbation de l'activité des entreprises et à grande échelle des économies nationales; opérations d'espionnage ayant pour résultat des vols de données d'entreprises ou acteurs étatiques en particulier, ou opérations de cyberespionnage à l'échelle internationale, etc.)

Des conséquences importantes, certes : pertes de revenus, pertes de savoirs, de patrimoine intellectuel et industriel, menaces sur le fonctionnement des réseaux qui alimentent tout l'activité économique, sociale... J'hésite par contre à m'engager davantage dans un discours catastrophiste.

Quels sont les pays les plus vulnérables face à une cyberattaque ? Paradoxalement, les pays plus fragiles ne sont-ils pas les plus avancés au niveau technologique ? De quels moyens les États disposent-ils pour se protéger ?

Si l'on s'en réfère au discours américain, en effet les pays les plus connectés, les plus modernes, les plus avancés d'un point de vue technologique, les plus industrialisés, sont aussi les plus dépendants du cyberespace, des réseaux. De fait, ils ont plus à perdre que les pays moins connectés. Si l'on poursuit ce raisonnement, cela revient à dire que les pays forts sur un plan technologique et très connectés, voire ceux qui, comme les États-Unis, "maîtrisent" les technologies clefs, se trouvent dans la position de vulnérabilité maximale.

Mais on peut formuler une contre-hypothèse: les pays moins connectés n'en sont pas moins dépendants du peu de connexions dont ils disposent et peut-être même que ces quelques connexions leurs sont essentielles. Ce qui les rend vulnérables, au même titre que les grandes nations industrialisées. D’autre part, si les grandes nations offrent des points d'entrée en grand nombre pour des cyberattaques et opérations de déstabilisation, il faut être en mesure d'exploiter ce champ de possibilités. Les grandes nations disposent aussi des individus, des compétences, qui permettent d'attaquer les États moins développés. A mon sens, nous ne sommes pas véritablement dans une configuration d'asymétrie entre les acteurs.

Les cyberattaques sont-elles les moyens de pression de demain ?

Les cyberattaques médiatisées comme le sont celles des Anonymous montrent la volonté de leurs acteurs d'exercer une pression sur les entreprises, sur les États. Pression par la menace: celle de mener des cyberattaques toujours plus puissantes. Mais pour savoir si ces pressions sont efficaces, encore faudrait-il mettre en correspondance les cyberattaques, les revendications, objectifs poursuivis et les résultats obtenus. Il n'est pas certain que les acteurs visés par ces agressions modifient leurs comportements, réorientent leurs choix, leurs décisions, réagissent en obtempérant à la menace.

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