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Cybersexe, une  dépendance qui se répand
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Cybersexe, une dépendance qui se répand

Notre société hyperactive a une obsession : échapper à la réalité, synonyme d'ennui et de frustration. Internet le lui permet en rendant possible un monde virtuel, accessible, maîtrisable, apparemment facile à vivre et à supporter. Aujourd'hui, en France, près de 30 millions de personnes utilisent cet outil. Le problème c'est que l'Internet possède un potentiel addictif et que plus il y a d'utilisateurs , plus il y a d'utilisations pathologiques. C'est ce qu'expliquent les docteurs Michel Hautefeuille et Dan Véléa dans leur dernier livre "Les addictions à Internet" aux éditions Payot&Rivages (2/2).

Michel  Hautefeuille

Michel Hautefeuille

Michel Hautefeuille est psychiatre, addictologue et exerce au Centre médical Marmottan à Paris. 

Il a notamment publié Dopage et vie quotidienne (2009) , ainsi que Les Addictions à internet. De l'ennui à la dépendance ( 2010 ) aux éditions Payot.

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Dan Véléa

Dan Véléa

Le Docteur Dan Véléa est psychiatre addictologue à Paris.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les addictions, dont Toxicomanie et conduites addictives (Heures-de-France). Avec Michel Hautefeuille, il a co-écrit Les addictions à Internet (Payot) et Les drogues de synthèse (PUF, Que sais-je ?, Paris, 2002).

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C’est un des domaines où Internet a le plus défrayé la chronique car il est la synthèse de tout ce qu’il peut représenter comme dangers, notamment vis-à-vis des plus jeunes utilisateurs. Toutes les études concernant la cybersexualité s’accordent sur l’importance des recherches concernant les sites liés au sexe. Ainsi, le mot-clef "sexe" est le plus employé par les internautes à la recherche d’infos, de photos ou de films à contenu pornographique. À lui tout seul, il totalise plus de requêtes que les mots : jeux, musique, voyage, voiture, météo, et santé réunis.

Le cybersexe intensif est indiscutablement, à ce jour, le cas de dépendance cyberassistée le plus visible et le plus répandu. Selon Philippe Spoljar, qui a créé la notion de "sexualité assistée par ordinateur", la cybersexualité invente "une perspective nouvelle, la perspective du toucher, qui permet une sexualité à distance, la télécopulation". Pour citer Paul Virilio : "… l’événement est inouï : jusqu’alors on n’avait jamais pu toucher à distance. Or, aujourd’hui, à des milliers de kilomètres, je peux non seulement toucher avec des gants de données, mais avec une combinaison spéciale je peux faire l’amour à une fille à Tokyo, ses impulsions m’étant transmises par des capteurs me permettant de faire jouir et de jouir moi-même."

Deux autres spécialistes, Reed et Blaine, soulignent que les addictions sexuelles se caractérisent par "une incapacité à établir une relation saine et gratifiante avec le partenaire, par l’apparition pendant l’acte sexuel d’un vécu de déréalisation, par la négligence de son entourage au profit de son comportement sexuel". Ils ajoutent d’ailleurs que "pour le cybernaute présentant un comportement addictif sexuel, l’univers sans barrières et sans limites de l’Internet lui offre le choix et la possibilité d’accéder à ses pulsions et à ses fantasmes les plus intimes".

Décrites dans les années 1980, les addictions sexuelles regroupent des comportements sexuels compulsifs, l’hypersexualité et les troubles caractérisés par un désordre du contrôle des impulsions. On retrouve dans cette classification des symptômes comportementaux (rapports sexuels fréquents, masturbation compulsive, instabilité relationnelle, recours à la pornographie – magazines érotiques, fréquentation des boutiques spécialisées, consultation des sites Internet pornographiques et des salles cinématographiques spécialisées –, fuite des relations affectives de longue durée) et émotionnels (pensées obsédantes, culpabilité concernant la ou le partenaire, sentiment de dévalorisation, d’impuissance face à l’acte sexuel, honte, une véritable tendance à l’ennui). Les addictés sexuels présentent, selon Coleman, au moins deux des entités suivantes :

  • La drague compulsive avec partenaires multiples, avec une recherche de gestion du stress et de l’anxiété.
  • L’autoérotisme compulsif-masturbation comporte l’autostimulation obsessive et compulsive des parties génitales. Les spécialistes rapportent une moyenne de 5 à 15 actes masturbatoires par jour, avec une cohorte de blessures, de fatigue.
  • La fixation compulsive sur un ou des partenaires inaccessibles. Les fantasmes, nombreux, alimentent la vie affective et les émotions du sujet. L’objet de l’amour est hyperidéalisé, et il n’est pas rare, en cas de déception, de voire apparaître des véritables délires de jalousie (complexe d’Othello), voire des passages à l’acte agressifs orientés vers la personne "aimée".
  • Les rapports compulsifs amoureux multiples, avec une insatisfaction des relations amoureuses et la quête perpétuelle de l’amour idéal.
  • La sexualité compulsive, avec de nombreux rapports sexuels, vécus de manière insatisfaisante, besoins interminables d’actes sexuels, d’expression amoureuse et d’attention.

Il faut mentionner l’existence des relations affectives addictives – dans le cadre d’un même couple ou dans la consommation affective de partenaires, avec toujours une recherche de sensations fortes, nouvelles. Toutes les technologies mises à disposition par le Web sont utilisables dans le cybersexe : le chat, moyen d’entrer en contact facilement et sans contrainte, avec un ou plusieurs partenaires à la fois, dans un foisonnement des sens, les ICQ, les vidéochats – visualiser la personne qui se trouve à l’autre bout du fil et pouvoir bénéficier des animations, souvent payantes, sur des sites comme iFriends ou Intimate Friends Videochat Network, qui permettent des rencontres « speed dating » à plus de deux millions d’internautes. Il existe maintenant des moyens plus sophistiqués comme les combinaisons, les gants et les lunettes qui permettent de ressentir la véritable texture de la peau et la chaleur du corps de son partenaire. Ces inventions qui semblaient du domaine de la science-fiction il y a quelques années commencent à se développer sous l’impulsion évidemment des fabricants de sites porno.

Plusieurs sites Web sont ainsi dédiés aux rencontres virtuelles, aux jeux érotiques via des webcams, facilitant l’accès des amateurs de rencontres on line. Les sites de rencontre sont fréquentés d’une manière explosive par des célibataires (certains de nos patients considèrent même ce genre de site comme un "lieu de passage incontournable") ou des gens en couple, mais qui s’estiment en manque de sensations, ou en pleine crise de la vie en commun. Pour certains la multiplication de rencontres et de fantasmes, l’économie affective et émotionnelle priment sur des rencontres qualitatives, pour d’autres il y a aussi l’aspect gain de temps et d’efforts.

Extraits du livre "Les addictions à Internet : De l'ennui à la dépendance" de Michel Hautefeuille et Dan Véléa publié aux Editions Payot et Rivages

 

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