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Culotté, intelligent, et remarquablement interprété
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Culotté, intelligent, et remarquablement interprété

Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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CINEMA

«AMERICAN PASTORAL »
d’EWAN Mc GREGOR
avec Ewan Mc GREGOR,  JENNIFER CONNELLY, DAKOTA FANNING, etc…
 

LE REALISATEUR

Il n’avait pas seize ans quand il annonça vouloir quitter l’école, où il s’enquiquinait ferme, pour devenir acteur. Par chance pour lui, ses deux parents, pourtant tous les deux professeurs, souscrivirent à ce désir. Ni lui, ni eux, ne le regretteront. Ewan McGregor, né le 31 mars 1971 en Ecosse, possède  aujourd’hui une filmographie à faire pâlir d’envie tous les jeunes acteurs hollywoodiens. 

A son actif, plus de soixante films, de tous les acabits et de tous les formats. La faute en est à son bel éclectisme de comédien surdoué, qui, pour avoir été engagé, en 1993, dans la série « Du Rouge à lèvres sur ton col », n’eut même pas le temps de passer son diplôme de sortie de la Guildhall School of Music and Drama. Remarqué dès sa première apparition sur le petit écran par les professionnels du grand, le jeune Ewan ne cessera plus, ensuite,  d’enchainer les films les plus différents. « Petits meurtres entre amis  » de Danny Boyle lui vaut, en 1994, son premier succès public, qui se confirme, dès 1996, pour son personnage d’héroïnomane dans « Trainspotting » du même Danny Boyle. En 1999, il est le légendaire Obi-Wan Kenobi dans « Stars Wars », rôle qu’il reprendra dans les épisodes 2 et 3. Sa célébrité devient mondiale.

Parmi tous ses autres films, « Moulin Rouge »  de Baz Luhrmann (2001), « Rêve de Cassandre » de Woody Allen (2007), « The Ghost Writer » de Roman Polanski (2010).

Paradoxalement, ce comédien insatiable et curieux, et qui tourne aux quatre coins du monde, mène une vie rangée  auprès d’une décoratrice française, rencontrée en 1995 et avec laquelle il élève quatre enfants. Il est  aussi un ambassadeur très actif de l’UNICEF et un motard passionné depuis sa jeunesse.

Cet acteur, un peu hors norme par l’étendue de sa palette de jeu, avait toujours dit qu’il se lancerait dans la réalisation. C’est chose faite avec cet « American Pastoral », adapté du chef d’œuvre éponyme de Philip Roth, qui obtint, en 1998, le prix Pullitzer. C’était un pari, car le roman de l’écrivain était réputé inadaptable. Non seulement, le réalisateur débutant Ewan McGregor le porte à l’écran, mais il s’y adjuge le rôle principal.

THEME

C’est l’histoire d’un homme qui, dans l’Amérique tranquille et prospère des années 60, va voir sa vie de rêve se muer en cauchemar…

Ancien champion de sport de son lycée, physique avantageux et charme fou, Seymour Levov, dit « le Suédois » (Ewan McGregor), est devenu un chef d’entreprise riche et respecté. Il est marié avec Dawn, une ancienne reine de beauté (Jennifer Connelly). Ensemble, ils ont eu Merry, une petite fille charmante qu’ils élèvent avec beaucoup d’amour, sainement, à la campagne. 

Mais la petite fille devient ado (Dakota Fanning), et les choses vont changer. Inexplicablement, la jeune fille va se radicaliser, commettre l’irréparable, un acte terroriste meurtrier, et… entrer dans la clandestinité. 

L’existence du « Suédois », qui va partir à la recherche de sa fille tant adorée, va en être totalement bouleversée et bien sûr, aussi, celle de son épouse.

En filigrane, va se dessiner  la décomposition  de la société américaine, face à la guerre du Vietnam, aux émeutes raciales et à la contestation sociale.

Plus rien ne sera jamais comme avant…

POINTS FORTS

 - Le culot de Ewan McGregor. Car il lui en a fallu une bonne dose pour oser s’attaquer, pour sa première réalisation, à l’adaptation de l’un des romans   les plus complexes de l’un des écrivains majeurs de notre époque. Et qui plus est, un roman sur la transposition duquel certains s’étaient cassés les dents, voici treize ans. Il se trouve que lors du premier projet de montage,  le comédien avait été contacté  pour en jouer le rôle principal (celui du Suédois) et que, devant l’abandon de ce projet, et parce que ce personnage lui plaisait, il a décidé  d’en réaliser sa  propre version.

- L’ambition, l’amplitude, et la résonnance du scénario. Ce dernier relate un drame personnel, mais il montre, en toile de fond, la déshérence d’un pays tout entier. Il parle de l’engagement politique qui, incompréhensiblement, dans les années 60, a mené certains jeunes américains  à l’extrémisme et au terrorisme. On ne peut s’empêcher d’établir le parallèle avec, aujourd’hui, la radicalisation inexpliquée de beaucoup de jeunes à travers le monde.

- L’interprétation. L’émotion qu’on ressent en regardant ce film lui doit beaucoup. Ewan McGregor campe avec subtilité ce père de famille déchiré, qui s’acharne à comprendre le pourquoi et le comment du comportement meurtrier de sa fille tant chérie et qu’il croyait protéger. Dans ce rôle de fille dévoyée, Dakota Fanning est impressionnante de violence, de rage et de tendresse contenues. Quant à Jennifer Connelly, elle est époustouflante dans son personnage de femme et de mère que la disparition de sa fille va conduire doucement vers la folie.

- La photo du film, qui évoque visuellement les changements dans la vie du héros. Au début, les couleurs sont vives, qui reflètent son bonheur et, au delà, l’optimisme de l’Amérique. Elles s’estompent au fil des évènements qui le mettent à mal, et voient se fissurer, parallèlement, la prospérité du pays.

POINTS FAIBLES 

- Evidemment quand on essaie de transposer un roman de quatre cents pages très denses, dans un film d’1h50, il est impossible de ne pas faire  de choix, donc, de ne pas couper, et donc, aux yeux des fans de l’œuvre de papier, de ne pas trahir. Certaines composantes de l’œuvre Philip Roth, comme la réflexion sur la judaïté ayant été gommées dans le film, ce dernier va donc forcément décevoir quelques lecteurs.

- Un autre point pourrait déclencher la déception : la réalisation. Elle est convenue, plate, par moments, et même, presque scolaire. Comme si le débutant McGregor avait eu peur que la caméra échappe à son contrôle ! Cette application à essayer de faire « proprement  » coupe quand même un peu le souffle indéniable du scénario. C’est dommage, et étonnant aussi de la part d’un homme qui se montre si intrépide dans le choix de ses rôles (aucun personnage ne semble lui faire peur), et si casse-cou dans ses activités de motard au long cours !

EN DEUX MOTS

Pour ses débuts derrière la caméra, en s’attaquant à une œuvre monumentale qui n’est rien d’autre que le récit de la faillite d’un pays à travers un fiasco familial, Ewan McGregor a vu grand. Trop ? Non, au regard de l’intelligence de son film et de sa fidélité au roman dont il  est tiré (malgré d’inévitables coupures ou  ellipses !)… Certainement pas trop grand non plus, devant sa magnifique direction d’acteurs. Dommage, en revanche, que sa réalisation déçoive par son manque d’audace. Assez inexplicablement, pourtant, cette  défaillance de mise en scène ne parvient pas à gâcher l’intérêt que l’on porte à cet « American Pastoral » .  

UNE PHRASE

« Pur produit de l’Amérique d’après guerre, le Suédois incarne le rêve américain tandis que sa fille Merry incarne les idéaux des années 60 ».

(Ewan McGregor).

RECOMMANDATION

EXCELLENT Excellent

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