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Un serveur sur la terrasse d'un bar à Biarritz, le 19 mai 2021, alors que les terrasses des restaurants et des bars rouvrent.
Un serveur sur la terrasse d'un bar à Biarritz, le 19 mai 2021, alors que les terrasses des restaurants et des bars rouvrent.
©Iroz Gaizka / AFP

Vent d'optimisme ?

Croissance post Covid : une reprise entre méthode Coué et perfusion publique ?

Avec la nouvelle étape du déconfinement du 19 mai marquant la réouverture des commerces et des terrasses des bars et des restaurants, le gouvernement espère retrouver une forte reprise économique. La réalité incite pourtant à davantage de retenue.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Le 19 mai restera une date emplie de sourires et de ferveur populaire. Oui, la réouverture des terrasses et autres commerces ont fait souffler un vent d'optimisme au travers de tout le pays.

Si cet optimisme se maintient, il devrait nourrir une confiance qui se traduirait vite dans les chiffres de la consommation des ménages qui peut être d'autant plus soutenue que la réserve additionnelle d'épargne de près de 200 Mds serait un atout pour consolider in concreto la reprise.

En filigrane, certains économistes dont on comprend assez bien l'orientation politique voire l'allégeance au pouvoir en place courent d'un média à l'autre pour nous expliquer que " cette fois, c'est la bonne ! " ( Bruno Le Maire ) et que la reprise en V  ( comme victoire ? ) sera là en 2021.

On aimerait chausser de telles lunettes triomphalistes mais la réalité mesurée au trébuchet, et non à coup de serpe, incite à davantage de retenue.

Pour qui prend le soin de lire la dernière note de conjoncture de l'INSEE ( parue début mai ) et les commentaires avisés de Julien Pouget, on constate que l'Institut est prudent y compris sur le chiffre éventuel du 2ème trimestre 2021 ( + 0,25% de PIB ) et surtout qu'il laisse ouverte la dimension conclusive pour le second semestre à l'opposé du Gouverneur de la Banque de France qui soutient mordicus que la France aura 5% de croissance au minimum pour cette année.

Sommes-nous des citoyens lambda obligés de subir un discours digne de la méthode Coué ou s'agira-t-il d'une prophétie auto-réalisatrice émise par l'Oracle Villeroy de Galhau ?

Nota : " Avoir un ton d'oracle, parler de manière à commander la croyance. " ( Le Littré ).

 

L'avenir le dira et pour l'heure, les économistes qui dédient du temps aux analyses de terrain ( sources : Cpme et alii ) constatent de sévères inégalités sectorielles. On nous dit, depuis Paris, que l'industrie repart mais les ruptures d'approvisionnement de semi-conducteurs contraignent Peugeot ( Stellantis ) à bloquer la production de milliers de véhicules.

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Dans le bâtiment où les commandes repartent effectivement ( devis acceptés ) on note des pénuries de matières premières ( bois, acier cuivre ) qui poussent à stopper des chantiers et à perturber les calendriers de livraison initialement définis.

Dans les services, la reprise d'activité est inégale. Pour cet ensemble de raisons, je maintiens que la reprise aura une configuration en " K " alliant des secteurs en plein boom par contraste avec des secteurs en net repli.

Un responsable syndical patronal de l'hôtellerie envisageait en début de semaine plus de 20% de cessations des paiements dans son secteur.

Assumer une reprise, c'est avoir du fonds de roulement et un bilan compatible avec l'analyse des risques pour le fournisseur peu enclin à accorder des délais de paiement.

Assurer la reprise, c'est s'éloigner des propos assez stupéfiants qui consiste à réclamer des abandons de créances du fait d'annulations pures et dures de dettes.

Sans remonter jusqu'aux apports de François Quesnay, on sait que l'économie est un circuit. Quand une dette est annulée, il y a un bailleur ou plus généralement un créancier à qui on décoche une flèche en plein cœur.

Habitués à l'argent public magique et aux circonvolutions qui font que la Cour des comptes va jusqu'à refuser de certifier les comptes de la Sécurité sociale, certains décideurs publics oublient que, dans le privé, la France demeure un état de droit avec des règles comptables aussi affermies que tangibles.

Pour ma part, je considère que le climat d'ores et déjà pré-électoral induit une minoration du rebond prévisible du chômage ( sortie du dispositif de chômage partiel ) et une mise sous le boisseau de la réalité des futures faillites.

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En clair, je considère que la France est encore largement sous perfusion publique ( voir les 7,3 Mds du nième plan de soutien ) et que sa croissance est celle d'une économie de type socialiste, à rebours des règles de l'économie de marché.

Nul ne sait calibrer le décompte total des soutiens publics à l'activité et un homme de sagesse comme le président Alain Rousset ( Nouvelle-Aquitaine ) l'a reconnu à 99% lors d'une interview.

Les aléas d'approvisionnement constituent un choc d'offre qui est sous-estimé dans les prévisions de croissance. Idem pour le choc sur les marges que va drainer la hausse des prix de certains éléments. Il faut noter que le cuivre a ainsi progressé de près de 40% ce qui est évidemment considérable. Au demeurant, le président Sennard ( Renault ) a reconnu que des ajustements tarifaires auraient lieu d'ici à fin 2021.

Inflation ponctuelle, entreprises zombies (les anciens canards boiteux ) et choc partiel d'offre sont de lourdes hypothèses qu'il serait hasardeux d'écarter lorsqu'on pense croissance 2021.

La crise de la Covid-19 est une gigantesque destruction de valeurs que les politiques monétaire et budgétaire n'ont pas annihilée mais seulement différée.

Les vrais rendez-vous sont devant nous.

De surcroît, la rigueur oblige à conclure cette analyse par un rappel : bien des scientifiques n'écartent pas le risque d'une réitération automnale de la crise sanitaire ne serait-ce que par le niveau alors imparfait d'immunité vaccinale collective.

On a chanté le 19 mai. Nous pourrions fort bien avoir la gorge serrée à la Rentrée de mi-Septembre.

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