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Le ministre des Finances britannique, Georges Osborne, vient de se féliciter que la Grande-Bretagne n'ait pas adopté l'euro.
Le ministre des Finances britannique, Georges Osborne, vient de se féliciter que la Grande-Bretagne n'ait pas adopté l'euro.
©Reuters

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Les conservateurs britanniques surfent sur la crise pour imposer leur euro-scepticisme

Le ministre des Finances britannique, Georges Osborne, s'est félicité que le Royaume-Uni ne soit pas dans la zone euro. La correspondante en France du journal britannique The Economist revient sur l'euroscepticisme de son pays...

Sophie Pedder

Sophie Pedder

Sophie Pedder est Chef du bureau de The Economist à Paris depuis 2003.

 

Elle est l'auteur de Le déni français aux éditions JC Lattès.
 

 

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Atlantico : Le ministre des Finances britannique, Georges Osborne, vient de se féliciter que la Grande-Bretagne n'ait pas adopté l'euro. La droite dure britannique s'était également prononcée pour que son pays sorte de l'Union européenne, à l'occasion de la crise de la monnaie unique. Comment expliquer de telles réactions ?

Sophie Pedder : Nous ne pouvons pas simplement dire que le parti conservateur anglais est le parti des eurosceptiques. Il y a des élus pro-européens et eurosceptiques chez les conservateurs, comme au sein de l'opposition travailliste. Rappelons que la Grande-Bretagne a fait son entrée dans l’Union européenne sous un gouvernement conservateur. C'est  Eward Heath, un Premier ministre conservateur et européen fervent, qui encouragea la Grande-Bretagne à intégrer la communauté européenne.

N'opérons pas de simplification trop rapide. Affirmer que de tout temps le Parti conservateur a été le parti de l’euroscepticisme est faux. Néanmoins, actuellement, le parti au pouvoir et le gouvernement de David Cameron est beaucoup plus eurosceptique que ne l’est l’opposition travailliste.

Il n’y a d’ailleurs pas un seul membre du conseil des ministres de David Cameron qui soit pro-européen. A part peut-être son vice-premier ministre, Nick Clegg qui n’est pas conservateur et un autre ministre conservateur pro européen. Par ailleurs, les membres de la coalition libéraux démocrates sont pro-européen par tradition.

Les Britanniques sont-ils aussi eurosceptiques que leurs élus ?

Une grande majorité des Britanniques est eurosceptique. C’est un peu l’inverse de la situation française, où la majorité de la population est pro-européenne par réflexe, par tradition, par culture. Les Français sont élevés dans un environnement où on leur répète que l’Europe est un bon projet. En Angleterre c’est exactement l’inverse, la population considère le continent européen et le projet européen avec beaucoup de méfiance.

D’autre part, le côté dirigiste du projet européen ne correspond pas à la façon dont les Britanniques se représentent le monde. Ils sont beaucoup plus libéraux et individualistes que les Français. Les Britanniques ne perçoivent pas le rôle de l’État dans l’économie de la même façon que les Français par exemple.

D’où vient l’euroscepticisme britannique ?

Les Britanniques sont eurosceptiques depuis la deuxième guerre mondiale. Leur relation avec le continent européen est très ambiguë. Les Britanniques ne se sont jamais senti européens comme les Français. Ils parlent anglais comme les Américains, et se sentent de façon générale plus proches de la culture nord-américaine que de la culture européenne. L’isolement britannique par rapport au reste de l’Europe est aussi lié au statut insulaire du pays.

Politiquement, les Britanniques ont toujours choisi de jouer sur la relation privilégiée avec les États-Unis. Et donc depuis la Seconde Guerre mondiale, et plus précisément sous Margaret Thatcher la relation avec l’Europe continentale s’est élaborée autour d’une grande méfiance vis-à-vis du projet européen.

De la part des élus britanniques, jouer sur l’euroscepticisme pour séduire l’électorat n’est pas un pari très audacieux : cela marche à chaque fois.


La crise qui frappe la zone euro en ce moment est-elle donc du pain béni pour le gouvernement britannique ?

Non, c’est une caricature de dire cela. La Grande-Bretagne dépend de l’Europe pour une grande partie de ses exportations, donc une crise de la zone euro est une crise pour la Grande-Bretagne. Les Britanniques ne se réjouissent pas du tout de cette crise. En revanche, ils sont soulagés de voir que la Grande-Bretagne n’a pas adopté la monnaie unique européenne. En ce moment, certains membres du gouvernement britannique se félicitent publiquement de cette décision.

C’est un soulagement de se dire que la Grande-Bretagne a pris la bonne décision dans le passé, mais ça n’est pas un soulagement pour l’avenir de l’économie britannique. Car la crise de l’euro nuit à l’économie britannique.  

Il ne faut pas sous-estimer l’euroscepticisme britannique, souvenez-vous de Margaret Thatcher qui voyait l’Europe comme un lieu de guerre, où elle allait taper sur les Européens pour obtenir tout ce qu’elle pouvait obtenir. Cela fait partie de la tradition britannique depuis longtemps.

Peut-être que les Français avait oublié cet euroscepticisme avec Tony Blair qui fut parmi les Premiers ministres britanniques les plus pro-européens de l’après-guerre. Les Français ont peut-être eu le sentiment que les Britanniques avaient changé à ce moment-là. Cette crise économique a confirmé l’euroscepticisme britannique, et l’a peut-être même fait progresser.

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