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L’embellie économique profite à Obama et vient rebattre les cartes de la campagne.
L’embellie  économique  profite à Obama et vient rebattre les cartes de la campagne.
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Trans-Amérique Express

Pourquoi la crise économique pourrait bénéficier à Obama plutôt qu'aux Républicains...

Victorieux de la primaire du New Hampshire, Mitt Romney confirme son statut de favori chez les républicains mais peine à convaincre les membres du tea party. Il doit surtout faire face à la récente embellie économique qui semble profiter à l'actuel Président...

Gérald Olivier

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour  occuper le poste de rédacteur en chef au  mensuel Le Spectacle du Monde.  Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est aussi chercheur associé à  l'IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe.

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

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"It’s the economy,stupid !""C’estl’économie,idiot !". Cette petite phrase avait marqué la campagne présidentielle de 1992. Bill Clinton l’avait emporté face à George H. Bush. Ce dernier était pourtant auréolé de sa victoire en Irak. Mais le pays traversait une crise économique et les électeurs américains placent leur travail et leur pouvoir d’achat avant la politique étrangère et avant les questions de « valeurs » dans l’échelle de leurs priorités.

Les Républicains d’aujourd’hui n’ont rien oublié de 1992. Ils savent que la mauvaise santé de l’Amérique est une bonne chose pour eux. Elle augmente leur chance de priver Barack Obama d’un second mandat. Une statistique leur fait particulièrement chaud au cœur : depuis Franklin Roosevelt, aucun président sortant n’a été réélu avec un taux de chômage supérieur à 7,5%.

Il n’y a pas si longtemps ce taux était encore à 9%. Mais après quatre mois de baisse il est revenu à 8,5%. Et les signes d’une reprise se multiplient. Du coup, les cartes de la campagne sont rebattues. Les Républicains, qui pensaient profiter du coup de pouce providentiel de la conjoncture, vont devoir affiner et défendre leur argumentaire pour l’emporter. Problème : ils ne sont pas tous d’accords.

Selon les derniers chiffres du « Bureau of Labor Statistics » le taux de chômage aux États-Unis a retrouvé son niveau de février 2009. Les inscriptions hebdomadaires de nouveaux demandeurs d’emplois sont au plus bas depuis 2008. En décembre 2011, 325 000 emplois ont été créés. Deux fois plus qu’en novembre. Il en faut 200 000 chaque mois pour faire reculer le chômage.

Ces chiffres ne sont pas la seule bonne nouvelle concernant l’économie américaine. La croissance au troisième trimestre s’est établie à 1,8%. Au quatrième trimestre elle pourrait atteindre 3%, son rythme le plus élevé depuis 18 mois.

L’indice de confiance des consommateurs a atteint en décembre son plus haut niveau depuis six mois, 69,9 points. Il n’était que de 55,7 points en août ! Les ventes de fin d’année ont été meilleures que prévues. L’enseigne de grand magasin Macy’s a réalisé un chiffre d’affaire de 4,9 milliards de dollars en décembre, en hausse de 6,6% sur 2010. Les dépenses de construction ont connu en novembre leur plus haut niveau depuis un an et le nombre des permis de construire s’est également établi à la hausse. Pour le septième mois consécutif.

Malgré ces bons chiffres, les démocrates se gardent de tout triomphalisme. 2008 avait déjà donné lieu à une embellie. Sans lendemain. Les risques d’une rechute, notamment venue d’Europe, demeurent.

Des Républicains divisés

Une chose est sûre. Comme à chaque élection présidentielle, la santé de l’économie va être la clé du scrutin. Jusqu’à présent Obama a présidé aux pires années, en termes de montée du chômage et de baisse du niveau de vie, depuis la récession de 1981-82. Il s’est distingué par ses hésitations, et ses difficultés à diriger sa propre équipe. De quoi précipiter sa côte de popularité dans les profondeurs. Mais depuis deux mois elle remonte. De 38% à la mi-octobre elle est passée à 45% fin décembre.

Or, note Larry Sabato, professeur de Sciences Politiques à l’Université de Virginie, plus que la situation économique et la performance du président, c’est la tendance des derniers mois qui prime. Si les électeurs estiment que les choses s’améliorent, ils se rallient au sortant. S’ils pensent qu’elles empirent, ils se tournent vers son challenger.

Le problème pour les Républicains est qu’à l’heure actuelle les challengers potentiels ne disent pas la même chose. Parce qu’entre la « base », et « l’establishment », les idées diffèrent.

La crise, entamée en 2007-2008, a divisé l’Amérique entre les partisans de « Main Street » et ceux de « Wall Street ». Entre les gens de la rue et ceux de la finance. Les premiers, plus nombreux, n’ont pas apprécié les coûteux plans de sauvetage élaborés aussi bien par l’administration Bush que par celle d’Obama. Pour eux c’était cautionner l’échec, soutenir un système en banqueroute, économique et morale, et placer les banques au-dessus des citoyens. En 2010, à l’initiative des Tea Parties, les républicains ont pris la défense de Main Street et ont reconquis la Chambre des Représentants.

Aujourd’hui parmi les candidats aux primaires, Ron Paul, Rick Perry et Rick Santorum se réclament de « Main Street ». Ils proposent de mettre à bas le système, initié par Roosevelt pendant la Grande Dépression, et d’en revenir à une l’Amérique d’avant, plus simple, celle des «pionniers», où chacun compte d’abord sur soi et sur ses voisins, par sur le gouvernement. Une véritable révolution sociale et économique qui effraye un grand nombre d’électeurs, au sein même du parti et chez les indépendants. Mitt Romney, qui fait figure de favori pour la nomination, après ses victoires de justesse dans l’Iowa (avec 25%) et très nette dans le New Hampshire (39%), appartient, au contraire, à « Wall Street ». Il a bâti sa fortune grâce à la finance. S’il souhaite assainir le système, il veut surtout le préserver.

D’ici novembre, il doit donc convaincre les sympathisants des Tea Parties d’abandonner leurs positions les plus radicales et de se rallier à lui. S’il échoue, deux cas de figure existent. Soit un autre républicain emporte la nomination. Soit, le vote des Tea Parties se reporte sur un candidat alternatif. Dans les deux cas, c’est Obama qui en profiterait.

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