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©Ed JONES / AFP

Stratégie offensive

Covid- 19 : radioscopie des points clés de la méthode sud-coréenne

En Corée du Sud, le nombre de contaminations au Coronavirus a fortement chuté. Les autorités ont massivement effectué des tests de dépistage et les déplacements des personnes infectées sont suivis à la trace grâce aux nouvelles technologies.

Charles Reviens

Charles Reviens

Charles Reviens est ancien haut fonctionnaire, spécialiste de la comparaison internationale des politiques publiques.

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Dans la crise sanitaire mondiale et brutale liée au coronavirus covid-19, la Corée du Sud a été le pays connaissant le plus grande nombre de cas quotidiens du monde du jeudi 27 février au mardi 3 mars L’organisation mondiale de la santé s’inquiétait alors énormément de la flambées des nouveaux cas coréens avec un pic absolu de 909 cas le samedi 29 février avant de tourner son regard vers l’Iran et l’Italie.

Moins d’un mois après et avec moins de 80 nouveau cas et moins de dix décès chaque jour, la Corée du Sud apparait parmi les pays les plus efficaces dans la gestion de la crise sanitaire et les médias du monde entier multiplient les sujets sur une Corée du Sud devenue désormais l’exemple à suivre.

Les résultats de la Corée sont en effet spectaculaires, par exemple si on les compare à ceux de la France alors même que la date de détection du « patient 1 » sont très proches (20 janvier pour la Corée, 25 janvier pour la France) et les populations comparables (51 millions et 65 millions d’habitants).

En Corée le nombre de cas quotidiens détectés s’effondre en deux semaines tandis que la France passe sur la même période de quelques cas à 3 838 le 23 mars contre 64 en Corée du Sud, soixante fois moins.

Hier mardi 24 mars, le ministère de la santé française a relaté 260 nouveaux décès pour un total de 1 100 morts constatés en hôpital. Ce niveau record de 260 décès en un jour, c’est plus du double du nombre total de décès recensés depuis le début de la crise en Corée du Sud. Enfin le taux de décès parmi personnes détectées positives au coronavirus est de 1,1 % en Corée du Sud contre 4,9 % en France soit quatre fois plus.

Dans les faits l’épidémie est aujourd’hui quasiment éradiquée dans le pays du matin calme. Quels sont les éléments qui peuvent être mis en avant pour expliquer un tel écart de performance ?

L’expérience bien assimilée d’épidémies récentes et de crises sanitaires

La population et les pouvoirs publics coréens semblent d’abord très sensibilisés à l’enjeu des crises sanitaires, notamment du fait de la pandémie de grippe H1N1 en 2009 (750 000 cas et 180 décès) et plus récemment encore l’épidémie de SRAS de 2015. Cette autre forme de coronavirus avait conduit le pays au bord du chaos avec 10 000 isolations forcées, 7 000 fermetures d’écoles, 186 cas positifs identifiés et 36 décès. L’ampleur de la crise sanitaire avait conduit à une réévaluation radicale des approches concernant les maladies infectieuses.

Une approche puissante et réactive des pouvoirs publics

Pour le nouveau coronavirus, la Corée du Sud a fait le choix d’un système combinant usage massif de la technologie dont le pays est bien pourvu, usage rapide et à très grande échelle des tests, supervision digitale des personnes contaminées et de leur entourage, enfin appui massif sur le civisme de la population coréenne et choix de la transparence par les pouvoirs publics et les autorités sanitaires.

Cette approche « trace, test and treat » a, et c’est essentiel, bénéficié d’une réactivité exceptionnelle de gouvernement et des acteurs économiques et sanitaires dès les premiers jours de la crise.

1.1 Recours massif aux tests décidé très en amont de la crise

L’utilisation massive des tests très tôt dans la crise est particulièrement notable dans la stratégie coréenne. De fait, seulement une semaine après la découverte du patient 1 et alors qu’il n’y a que QUATRE cas positifs identifiés, une réunion rassemble le 27 janvier 2020 pouvoirs publics et industriels afin que le pays dispose dans les délais les plus brefs d’un test de détection du nouveau coronavirus.

Le test proposé par une première biotech coréenne est approuvé le 4 février par le centre coréen prévention et de contrôle des maladies seulement une SEMAINE après la réunion et quinze jours après la détection du patient 1, un second test est validé le 12 février pour arriver un total de cinq entreprise agrées aujourd’hui. Le gouvernement a pris en outre la décision immédiate de rendre les tests gratuits et un réseau national de 96 laboratoires est mis en place en moins de 3 semaines, en s’appuyant probablement sur un écosystème public, scientifique et industriel dans les biotechnologies qui ne doit pas avoir beaucoup d’équivalent dans le monde.

Très rapidement la Corée du Sud est capable de réalisée 12 000, puis 15 000, puis 20 000 test quotidiens pour un total à date de près de 400 000 tests. 6 148 tests sont réalisés par million d’habitants contre 559 en France, soit un ratio de 1 à onze, même si le ministre de la santé française indiquait dimanche 22 mars une capacité de 4 000 à 5 000 tests qu’il est désormais prévu de décupler, une forme de réplique de la stratégie déployée en Corée quasiment deux mois plus tôt.

On peut ainsi voir sur Youtube de multiples vidéos des « drive through » (test des passagers d’une voiture) ou de « phone booths » (cabines téléphoniques de tests) opérés par des personnels sanitaires en vêtements de protection complets.

Le dispositif de test est donc largement en place lors que survient la crise à Daegu liée à la patiente 31 ayant contaminé de nombreuses personnes lors de rassemblements religieux. Il semble clair que l’identification puis l’isolation des personnes positives au coronavirus ait eu un impact clair sur la réduction drastique de nouveaux cas à compter de début mars. Il est en outre probable que l’usage massif de la détection impact très positivement la proportions des décès, comme l’atteste l’exemple allemand qui fait également un recours massif aux tests.

1.2 Monitoring digital de la population

La Corée du Sud s’est en outre appuyée sur la fonction de géolocalisation des téléphones et les données de paiement bancaire pour superviser les déplacements de personnes contaminées : toutes les personne en contact avec une personne covid-positive sont contactées et se voient proposer un test. L’itinéraire géographique des près de 9 037 personnes contaminées à date est reconstitué et rendu public au nom de la lutte totale contre l’épidémie.

1.3 Comportement de la population et des pouvoirs publics

La combinaison entre tests massifs dès le début de l’épidémie et supervision digitale des personnes contaminées s’est traduite par une baisse rapide de nouveaux cas.

Cette situation a permis à la Corée de Sud de s’exonérer sans aucun dilemme de tout confinement généralisé ou d’interdiction des déplacements comme cela se pratique en France depuis le 17 mars midi. Certes les écoles sont de fait fermées, le télétravail est encouragé, mais le confinement strict se limite aux seuls groupes à risques et aux personnes porteuses du virus.

Sur cette question du confinement, le ministère de la santé indique d’ailleurs que les mesures conventionnelles et coercitives telles que le verrouillage des zones touchées présentent des inconvénients, en particulier en sapant l’esprit de démocratie et en aliénant le public qui est au contraire appelé à participer activement aux efforts de prévention.

Le gouvernement coréen privilégie la transparence (deux points de presse chaque jour, information publique détaillée sur la localisation de tous les nouveaux cas), l’appel au civisme et la participation volontaire de chacun aux actions de préventions. Il est ainsi demandé que certains comportements et lieux soient évités (écoles, centres sportifs et lieux de loisirs)

L’importance de l’hygiène individuelle est rappelée comme le lavage des mains et le port de masque facial. Ce port de masque facial constitue une norme sociale totalement généralisée depuis février, les Coréens pouvant en acheter chacun deux par semaine pour l’équivalent d’un euro pièce.

Prise en compte des sujets économiques

Les orientations prises dans le champ sanitaire, suivant le triptyque « trace, test and treat » a enfin permis d’éviter à la Corée du Sud de mettre son économie à l’arrêt du fait du confinement.

la réduction des contaminations permet au contraire le retour à la normale et le gouvernement prévoit à date un stimulus budgétaire modeste tandis que les sociétés coréennes qui ont développé les kits de tests connaissent des succès massifs à l’export.

Il reste à voir comme les Coréens géreront la « seconde vague » et la résurgence du virus. Il n’en demeure pas moins que la Corée du Sud a rendu face à cette crise une copie particulièrement solide, via sa gestion originale et technologique conciliant sécurité sanitaire maximale pour la population et non perturbation à outrance des circuits économiques.

 

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