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Les premiers symptômes 
de la défaite de Laurent Gbagbo
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Côte d'Ivoire

Les premiers symptômes de la défaite de Laurent Gbagbo

L'avancée des troupes de Ouattara dépendra beaucoup du rythme des défections dans l'armée pour Philippe Hugon, spécialiste de l'Afrique. La force Licorne est en tout cas déployée dans Abidjan, assiégée.

Philippe Hugon

Philippe Hugon

Philippe Hugon est directeur de recherche à l'IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques), en charge de l'Afrique. Professeur émérite, agrégé de Sciences économiques à l'université Paris X, il vient de publier son dernier livre Afriques - Entre puissance et vulnérabilité (Armand Collin, août 2016). 

 

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Atlantico : Les forces d'Alassane Ouattara ont réalisé une percée très rapide en Côte d'Ivoire. Le chef d'Etat major de Laurent Gbagbo, Philippe Mangou, vient de faire défection. Les choses ont l'air de se précipiter...

Philippe Hugon : Elles semblent effectivement progresser plus rapidement que prévu. C’est le résultat d’importantes défections, d'une part dans la gendarmerie, qui ont permis aux forces de Ouattara de reprendre des grandes villes comme Yamoussoukro [la capitale administrative du pays, ndlr], et d’autre part au niveau de l’armée, jusqu’ici acquise à Gbagbo, où il y avait énormément d’hésitations à prendre une position pro-partisane. Actuellement, les troupes de Ouattara qui ont reçu un fort équipement militaire sont en train d'arriver vers Abidjan. L’équilibre s’inverse, ce qui veut dire que les défections dans l’armée devraient s’accélérer.

Il ne reste plus à Gbagbo que les jeunes patriotes, les forces spéciales et quelques mercenaires. Il se retrouve pour la première fois dans une position de bête blessée. Ouattara, lui, a bénéficié d’appuis extérieurs en termes d’encadrement et d’équipement. Il a eu un feu vert des puissances occidentales et de l’ONU  pour faire ce qu’il n’avait pas pu faire en 2002.

A quoi peut-on s’attendre dans les jours qui viennent ?

C’est toujours très difficile à prévoir. Gbagbo est un jusqu’au-boutiste, un fin politique qui jusqu’à présent n’a jamais perdu. Trois grands scénarios sont envisageables :

-Le premier serait celui d’un départ relativement digne, avec la garantie de ne pas être accusé par la Cour pénale internationale, et de se retirer dans un pays d’accueil. On protège son entourage. On négocie son départ. Ce serait la moins mauvaise des solutions. Il vivrait dans une prison dorée – un palais ou une maison - et certainement pas dans la pauvreté.

Il pourrait se diriger vers l’Angola, un pays qui l’a beaucoup soutenu, et dont le président José Eduardo dos Santos a une dette personnelle envers lui. Il pourrait aussi se rendre au Zimbabwe. Mais le problème est qu’on ne parle pas français dans ces deux pays. Actuellement, il serait beaucoup plus difficile pour lui d’être accueilli dans l’Afrique francophone.

-Le deuxième scénario est celui du pire. Laurent Gbagbo attiserait la haine en mobilisant les jeunes patriotes, très présents à Abidjan et beaucoup plus sporadiquement dans quelques zones du sud du pays. La semaine dernière, il a déjà menacé d’armer ces 20 000 jeunes. S’il le faisait, il faudrait s’attendre à une guerre civile à Abidjan.

-Le dernier scénario pour Laurent Gbagbo consisterait à adopter une position suicidaire. Il s’agirait d’une posture presque religieuse, celle du martyr qui meurt pour défendre les valeurs de la Côte d’Ivoire et de la deuxième indépendance de l’Afrique face aux puissances occidentales. Il pourrait même se suicider, bien que cela semble peu probable.

On a pour la première fois depuis 4 mois les symptômes de la perte de Laurent Gbagbo, mais tout dépendra du rythme des défections dans l’armée. 

Les deux camps sont très lourdement armés. Il ne s’agit pas seulement de quelques tirs de kalachnikov. On peut donc s’attendre à des affrontements violents. Je pense que ça ne se fera pas sans effusions de sang. Mais si Gbagbo acceptait un départ négocié, les forces de Ouattara pourraient entrer dans Abidjan dès vendredi.

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