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Coronavirus et pollution de l’air : pourquoi la réalité est beaucoup plus complexe que ce qu’en montrent les premières études
©GERARD JULIEN / AFP

Nocivité

Coronavirus et pollution de l’air : pourquoi la réalité est beaucoup plus complexe que ce qu’en montrent les premières études

Un récent article publié dans le journal du CNRS a abordé le sujet des liens éventuels entre la pollution de l'air et la CoVid-19. Que révèle cette étude ? Comment des personnes fragilisées par la pollution de l'air peuvent-elles lutter contre la CoVid-19 ?

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Les liens entre pollution de l'air et la CoVid 19 sont-ils aussi inexistants que le présume l'article publié dans le journal du CNRS ?

Pollution de l’air : de quoi parlons-nous ?

Stéphane Gayet : Le phénomène appelé pollution atmosphérique est la présence, au sein de l'air, d'un mélange de gaz nocifs et de particules délétères (néfastes pour la santé) qui sont principalement émis par les véhicules, les industries et le chauffage domestique, ou qui résultent de réactions chimiques, comme l'ozone. Il faut leur ajouter les pesticides et les dioxines. Les gaz polluants sont nombreux, parmi lesquels les oxydes de carbone (CO2, CO), les oxydes d'azote (dont NO2) et les oxydes de soufre (dont SO2). On désigne par le terme « particules » un ensemble d'éléments microscopiques, dont le diamètre moyen est de l'ordre du micromètre (micron, millième de millimètre), solides ou liquides, et qui restent en suspension. Elles sont désignées en anglais par l'expression particulate matter (PM, matières particulaires). On distingue trois tailles de PM : les PM 1, particules ultrafines dont le diamètre moyen est inférieur ou égal au micron ; les PM 2,5, particules fines, dont le diamètre moyen est inférieur ou égal à 2,5 microns (essentiellement produites par les phénomènes de combustion) ; les PM 10, dont le diamètre moyen est inférieur ou égal à 10 microns. Plus elles sont petites, plus elles sont dangereuses. La durée de persistance dans l'air de ces particules varie de quelques jours, pour les PM 10 et les PM 2,5, à quelques semaines pour les PM 1. Elles finissent par retomber au sol, notamment du fait des précipitations. Les plus légères peuvent parcourir des milliers de kilomètres. Cette pollution de l’air a des effets néfastes sur la santé, même à des concentrations assez faibles. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) dit que la pollution de l’air constitue un risque environnemental de premier plan pour la santé et qu'elle est en cause dans sept millions de décès prématurés par an dans le Monde. De nombreuses études scientifiques l’attestent.

Les conséquences de la pollution aérienne sur la santé

Le diagramme ci-dessous provient de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il indique que 47 % des décès liés à la pollution de l’air extérieur et intérieur résultent d’une pathologie broncho-pulmonaire. Il faut savoir que la pollution de l’air intérieur découle de la pollution extérieure à laquelle s’ajoutent tous les polluants intérieurs qui sont nombreux.

Le diagramme ci-dessous provient également de l’OMS. Il présente une estimation grossière de la répartition mondiale des décès prématurés liés à la pollution aérienne. Plusieurs types de cartes sont disponibles concernant la pollution de l’air ; il faut bien faire attention à leur signification, car il est fréquent qu’elles ne prennent en compte qu’un seul polluant, comme les PM 2,5 ou particules fines, tout simplement parce qu’elles sont plus souvent dosées et plus faciles à doser que les autres polluants. Au contraire, cette carte de l’OMS estime les conséquences médicales de la pollution aérienne en termes de décès. On remarque facilement que l’Inde, la Chine et tous les pays situés entre eux deux (Indochine : Bangladesh, Birmanie ou Myanmar, Thaïlande, Laos, Cambodge, Viet Nam), sans oublier la Malaisie, l'Indonésie et les Philippines, sont les parties du globe où la pollution aérienne (selon cette estimation) est la plus dangereuse pour la santé.

Les effets de la pollution aérienne sur l’appareil respiratoire et sur la circulation des virus respiratoires

Deux phénomènes sont à bien distinguer

1. De nombreuses études scientifiques, réalisées depuis trois à quatre décennies, ont prouvé la nocivité de la pollution aérienne – qu’elle soit extérieure ou intérieure – sur l’appareil respiratoire. Elle favorise en effet l’asthme, la bronchite chronique ou plutôt selon la terminologie actuelle la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) au sens large, les bronchites aiguës et en fin de compte l’insuffisance respiratoire chronique, sans oublier le cancer bronchique (cancer du « du poumon »).

L’illustration ci-dessous provient de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), agence dite de « la transition écologique ». Elle a le mérite de mettre en évidence tous les éléments qui contribuent à aggraver la pollution de l’air intérieur en venant se surajouter à la pollution de l’air extérieur qui pénètre dans les habitations.

2. De plus, s’agissant des infections respiratoires virales épidémiques comme la CoVid-19, une étude italienne très récente souligne le probable effet de propagation exercé par les PM 2,5 et les PM 10. En effet, les plus fines des microgouttelettes émises par la toux et la parole (5 à 150 microns) peuvent théoriquement, lors de leur rencontre avec des PM 2,5 et des PM 10, les contaminer avec des particules virales ou virions de SARS-CoV-2, transformant de ce fait ces PM 2,5 et PM 10 en vecteurs aériens efficaces de ces virus. C’est l’hypothèse qui a été avancée pour expliquer les flambées épidémiques dans les régions très polluées, comme la région de Wuhan et certaines régions d’Italie du Nord (Lombardie et Émilie-Romagne).

Que dit cette étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ?

Cette étude publiée par le CNRS conteste radicalement l’existence du phénomène n°2 envisagé ci-dessus. Il ne s’agit pas d’une étude au sens où on l’entend habituellement, mais d’un raisonnement scientifique. L’auteur, bon connaisseur de la pollution aérienne et des aérosols, explique pourquoi ce phénomène n°2, développé par des chercheurs italiens, est tout à fait improbable et qu’il ne faut pas lui accorder de crédit. En revanche, son argumentaire n’est pas d’ordre médical et cet auteur ne conteste pas le phénomène n°1.

Donc, attention : cet article du CNRS ne saurait bien sûr pas contester les effets pathogènes de la pollution de l’air sur la santé ni le fait qu’un appareil respiratoire humain malade de la pollution soit plus vulnérable face à une infection respiratoire virale.

Comment expliquer cet angle mort dans l'étude du CNRS ?

Ce travail publié par des chercheurs italiens – avec semble-t-il trop de précipitation et insuffisamment de rigueur - au sujet d’une possible diffusion aérienne des coronavirus par les PM 2,5 et PM 10 a fait grand bruit ; ses conclusions ont largement circulé sur Internet. Du coup, on a eu beaucoup trop tendance à expliquer la gravité des foyers épidémiques dans certaines régions du Monde par l’existence d’une pollution intense aux PM 2,5 et PM 10 (sans parler des PM 1).

L’objet de cet article du CNRS – très intéressant, il faut le souligner – est de couper court à cette rumeur selon laquelle il y aurait une sorte de fatalité épidémique dans certaines régions du Monde très polluées en PM 2,5 et PM 10.

L’auteur tenait à rectifier cette hypothèse qu’il considère comme erronée, parce qu’il s’est rendu compte que la circulation de cette fausse information était néfaste à une bonne gestion de la pandémie.

Comment des personnes fragilisées par la pollution de l'air peuvent-elles lutter contre la CoVid-19 ?

Si l’on se recentre sur les phénomènes proprement médicaux, la nocivité de la pollution aérienne sur l’appareil respiratoire n’est pas à mettre en cause. C’est comme nous l’avons dit quelque chose qui fait l’objet d’études depuis trois à quatre décennies. Les personnes souffrant d’une pathologie chronique des bronches ont une muqueuse bronchique altérée et font souvent des épisodes infectieux bactériens (bronchites aiguës suppurées), généralement initiés par une infection virale (phénomène de surinfection bactérienne d’une infection virale).

De telles personnes aux bronches altérées et fragiles - notamment en raison d’une exposition de longue durée à la pollution aérienne - doivent être particulièrement observantes des mesures de prévention (masque, distanciation physique de 1,50 mètre et lavage des mains avant de toucher une muqueuse ou de la nourriture). Elles ont tout intérêt à renforcer leur système immunitaire, par exemple grâce à de la phytothérapie ou de l’aromathérapie. En cas d’infection virale des voies aériennes, qu’il s’agisse d’une CoVid-19 ou d’une autre infection virale, le risque de surinfection bactérienne est élevé chez ces personnes : il leur sera souvent nécessaire de prendre un ou plusieurs (pour éviter les résistances) antibiotiques. Sans entrer dans le débat sur l’hydroxy chloroquine, ces personnes fragiles seraient – selon la position du professeur Didier Raoult – justiciables de ce traitement dès le début de leur infection.

Faut-il insister sur le fait que la prévention est l’essentiel de la lutte contre la CoVid-19 ? Ces mesures doivent être bien comprises et assimilées pour qu’elles puissent être appliquées avec pertinence ; mais encore faut-il s’y intéresser…

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