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Coronavirus : petit bilan des mesures d’aides aux entreprises et aux salariés
©ERIC PIERMONT / AFP

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Coronavirus : petit bilan des mesures d’aides aux entreprises et aux salariés

Alors que le gouvernement est mobilisé sur le plan sanitaire face au Covid-19, Bruno Le Maire tente d'apporter des solutions afin d'aider l'économie française et pour sauver les entreprises et l'emploi en cette période difficile liée au confinement.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Le gouvernement, par l’entremise de Bruno Le Maire, vient de publier neuf types de mesures pour les entreprises et l’emploi. « Le gouvernement est en solidarité totale avec les entreprises et leurs salariés, et continuera d'être pleinement mobilisé dans les jours et les semaines à venir ». Les voici donc, par grands thèmes, et ce qu’on peut en penser.

Les types de mesures

1 – Stopper les faillites, en allongeant notamment le règlement des impôts. L’idée est d’éviter une cascade de faillites par l’allongement des délais de paiement, avec les problèmes de trésorerie qui suivent. C’est l’État qui monte au front et accepte d’être payé plus tard. Il s’agit ainsi de pouvoir reporter sur trois mois les cotisations sociales et les impôts des entreprises et de demander à étaler dans le temps les impôts dus, suite à un accord individuel du percepteur. En même temps, le paiement des factures de gaz et d’électricité pourra être décalé (sur demande) et les loyers commerciaux seront suspendus pendant un ou deux mois (sur demande aussi). Evidemment, compte tenu du cas de force majeure qu’est cette crise, les « pénalités de retard ne seront pas appliquées». Ceci concerne surtout, bien sûr, le secteur des BTP.

2 – Soutenir les entreprises les plus faibles. Dans les cas plus graves de fragilités de petites et très petites entreprises, une aide de 3500 euros sera accordée aux entreprises, microentreprises et travailleurs indépendants qui auront cessé leur activité ou auront connu une baisse de 70% de leur chiffre d’affaires en mars. Si nécessaire, la Médiation du crédit, logée à la Banque de France et dans ses antennes aidera à rééchelonner les crédits et la Médiation des entreprises interviendra pour régler au mieux et au plus vite les conflits (retard de paiement, services ou marchandises non conformes…).

3 – Prêter 3 mois de chiffre d’affaires à toutes les entreprises avec garantie d’État. Jusqu’au 31 décembre, les entreprises de toute taille pourront demander à leur banque habituelle un prêt garanti par l’État, pour soutenir leur trésorerie. Ce sera un prêt jusqu’à 3 mois de chiffre d'affaires, ou deux années de masse salariale pour les entreprises innovantes ou créées depuis janvier 2019. Ce prêt sera accordé rapidement par les banques, sans remboursement la première année et amortissable sur cinq  ans au maximum.

4 – L’État financera 84% du salaire net des personnels en chômage partiel. Plus précisément, l’entreprise verse d’abord une « indemnité égale à 70% du salaire brut (environ 84% du net) à ses salariés. Les salariés au SMIC ou moins sont indemnisés à 100% ». L’entreprise sera remboursée par l’Etat pour les salaires jusqu’à 6 927 euros bruts mensuels, soit 4,5 fois le SMIC.

Ce qu’on peut en penser

1 – Il faudra mieux estimer les coûts. Evidemment c’est difficile et risqué, puisque c’est donner une idée sur la durée et les modalités de la crise de production, sur les milliards prévus pour soutenir les trésoreries des entreprises, avec les garanties publiques, plus le coût du PIB perdu, plus celui du chômage partiel. Immédiatement, les uns diront que c’est trop peu (syndicats), les autres trouveront les conditions trop restrictives (entreprises), mais d’« autres » feront les calculs. Ils verront monter la dette publique, vers 130% du PIB : une dérive italienne, si la croissance ne repart pas assez vite ! Les agences de rating vont vite dégainer, en abaissant la note France. Il faudra que la Banque Centrale Européenne achète plus de Trésor, pour que les rendements ne s’envolent pas. A -0,1% aujourd’hui pour le bon à 10 ans France, c’est parfait : il ne faut pas faire trop peur. La dette française augmente, mais c’est contrôlé et pour mieux repartir !

2 – La solidité du système bancaire est cruciale. Pour aider les trésoreries, les entreprises qu’elles connaissent, il n’y a que les banques, surtout de proximité pour les TPE et PME. Elles vont prendre les premiers risques et il faudra que l’état les aide : leurs notations baissent déjà. Plus tard, on devra se souvenir qu’un financement bancaire stable quand le temps se couvre vaut mieux qu’un financement un peu moins cher par le marché, mais qui disparaît sous la pluie. Et que dire par temps de tornade ?

3 – Avoir une attitude économique, ni morale, syndicale ou politique, par rapport aux dividendes. Les dividendes sortent toujours de la trésorerie de l’entreprise, ils ne l’enrichissent jamais. Ils n’enrichissent pas plus l’actionnaire (ânerie constamment entendue) que vous ne vous enrichissez en retirant 20 euros sur votre compte, au distributeur de billets ! Il faut donc que tous les dividendes soient stoppés pour les entreprises qui demandent quoi que ce soit : ceci les affaiblirait encore plus ! Il est évident aussi qu’il est exclu qu’elles rachètent leurs titres, si elles cherchent des aides. Si elles le font c’est la preuve qu’elles n’ont pas besoin d’aides !

4 – Faire la chasse aux « optimiseurs » : il faut annoncer des sanctions pour tous ceux qui profiteront indûment de ces aides (chiffres gonflés…). Ils peuvent exister, qui sait ?

5 – Quelle homogénéité en zone euro ? Difficile de savoir ce qui se fait ailleurs : mieux vaudrait agir et, autant que possible, comme les autres, avec des mesures semblables. On aurait une meilleure vision de l’action européenne ! On doit travailler à des présentations homogènes.

6 – Sortir du concours de pronostics sur le PIB perdu. L’Insee a dit 3% par mois de confinement : les experts ont mieux à faire à trouver les meilleures sorties qu’à recalculer.

7 – Surtout, mettre le redémarrage de l’économie au cœur du dispositif. Peut-on demander que les salariés confinés prennent une semaine de vacances ou deux, et leur donner alors une prime ? Le soutien au  chômage partiel est un palliatif, pas une vitamine. Il a été demandé par 220 000 entreprises pour 2,2 millions de salariés en quelques jours, ce qui peut représenter un coût énorme. Il ne sera pas tenable s’il dure et s’étend. Donc il faut repartir, en étant confinés, en attendant.

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