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L'exemple italien

Coronavirus : l’heure de l’état d’urgence économique a sonné

Le gouvernement italien a ordonné la mise en quarantaine de près de 15 millions de personnes dans les régions de Lombardie, de Vénétie et d'Emilie-Romagne. Dans le reste du pays, les cinémas , théâtres, discothèques et musées resteront fermés pour ralentir la propagation du Covid-19.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Depuis plus de 20 ans, nous avons assisté, comme médusés, à l'essor de l'Asie et notamment de la Chine. A ce jour, il n'est pas impossible qu'en 2049 le centième anniversaire de la République Populaire de Chine rime avec son accession au leadership mondial. Pas dans tous les secteurs mais au moins dans celui de l'électronique, des batteries pour automobiles et de la téléphonie. Plusieurs études du FMI convergent pour indiquer que la Chine sera le premier PIB mondial en 2049. Nicolas Baverez, dans " L'alerte démocratique " souligne les risques de l'isolationnisme durable des États-Unis.

Or voilà la question du coronavirus qui est un " game changer " comme l'a dit le ministre Bruno Le Maire toujours aussi friand d'anglicisme plutôt que d'actions tangibles. " That's the way I am, you understand ? " sera probablement sa future saillie toujours aussi infertile.

Sur le fond, une vraie question géopolitique doit être posée : le monde, depuis 20 ans voyait son centre de gravité glisser vers l'Asie triomphante. Avec ce virus, sommes-nous à un simple palier ou à une remise en cause des forces motrices de la mondialisation ?

Le choc d'offre majeur que nos économies occidentales, et singulièrement la France, vont devoir subir viendra des césures d'approvisionnement. Nos industriels majeurs comme nos plombiers de quartier, comme le rappelait récemment la députée Laure de La Raudière, vont manquer de pièces de rechange ou de pièces maîtresses dans les chaînes transnationales qui forment l'ossature de la production contemporaine.

Carlos Tavares, homme fort de Peugeot, a reconnu que la situation de son groupe sera tendue d'ici au 20 mars prochain. Déjà plus de 400 entreprises françaises ont demandé à bénéficier de mesures de chômage partiel et ceci alors même que la crise ne fait que commencer.

Je déteste l'idée du déclin de notre pays et ne me range pas dans ce que le Général de Gaulle appelait les " pisse-vinaigre ". Toutefois, à la lumière de mes recherches récentes, je dois convenir que nous sommes dans une crise probablement plus dangereuse que celle de 2008 et dans un format de rupture que la crise de 1973 avait incarné.

Oui, nous allons voir une forte vague de crises de trésorerie qui risquent de balayer bien des PME qui n'avaient rien demandé à ce satané virus. Oui, nous allons voir la dépense publique exploser du fait de l'essor – ô combien légitime – des frais de santé. Ici on peut d'ores et déjà tabler sur une expansion de plus de 10 milliards d'euros.

Certains nous disent que la grippe saisonnière est plus meurtrière et que l'on fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose. J'aimerais les croire mais j'observe que le taux de létalité du Covid-19 est trois fois supérieur à celui de la grippe. Donc, si pandémie il y a, il faudra un peu plus que les doigts de nos deux mains pour compter, unitairement, les milliers de morts. C'est précisément ce qu'a démontré l'éminent Docteur Jean-Jacques Zambrowski sur LCI. Ce spécialiste, lumineux, a effectué un scénario à plusieurs dizaines de milliers de morts du fait des risques accrus en cas de comorbidité.

Parvenu à cette première étape de diagnostic, il est clair que des industriels vont élaborer des plans "B" et vont réduire leur sino-dépendance. Assez pour contrecarrer les inconvénients opérationnels imputables au virus et point trop afin de ne pas s'éloigner de l'avance technologique de la Chine et de son très satisfaisant rapport qualité-prix pour nos intrants.

La crise de 2020 sera sévère pour l'Europe mais sera un épiphénomène pour la Chine et ses réserves de liquidités, de bras humains et de volontarisme politique. Pour certains analystes financiers pubères, ce pays serait un tigre de papier. Je n'y crois pas un seul instant. L'épreuve va ressouder ce grand peuple qui mettra les bouchées doubles pour sortir de l'ornière.

La marche en avant de l'Asie, de Singapour à Taïwan via l'ex-Indochine, est inscrite dans l'Histoire de notre siècle. En revanche, ce qui est inscrit à notre agenda du mois de mars 2020, c'est la survenue de la récession en Europe.

Attaché à la bonne tenue des Finances publiques – donc loin de la coupable passivité du président Macron dans ce domaine depuis 2017 - , je redoute la relance budgétaire.

En conscience, si nous ne voulons pas perdre des savoir-faire, des milliers d'emplois, il est urgent d'élaborer une relance publique fondée sur du stock-picking ( donc sélective et non aveugle ) avec un format de 30 milliards ce qui est beaucoup mais ne représente, rappelons-le ici, que 30% du déficit budgétaire voté lors de la Loi de Finances pour 2020.

Le Médiateur des Entreprises, Pierre Pelouzet, a d'ores et déjà insisté sur le risque massif de tensions de trésorerie qui vont se manifester dans moins d'un mois et demi dans le meilleur des cas.

Quand il y a le feu dans la forêt, on ne peut valablement s'arc-bouter sur la consommation de kérosène du Canadair.

Si rien n'est fait, des milliers d'entreprises finiront au Tribunal de Commerce et nous renouerons inéluctablement avec une tendance haussière du chômage national.

Pour celles et ceux qui estimeraient que l'arme de la politique monétaire demeure appropriée – par opposition au soutien budgétaire -, l'exemple américain est instructif. La baisse du taux directeur de la FED ( de moins 0,5 point ) n'a entraîné qu'un rebond technique avant le retour, jeudi 5 mars, de la spirale baissière qui atteint Wall Street. ( -3,62%)

Va-t-on encore casser le thermomètre du prix de l'argent en baissant encore les taux ? Ce n'est plus réaliste pour les épargnants ni davantage pour la stabilité des bilans des banques. Pourvu que Madame Christine Lagarde et son collège de décisionnaires en aient pleinement conscience sauf à ajouter du chaos au gigantesque désordre qui va se dérouler sous nos yeux embués et nos regards sidérés.

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