Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International

Manne financière

COP21 : pourquoi il serait préférable de ne pas avoir d’accord du tout plutôt que l’accord qui se profile

La COP21 ne prévoit pas de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, car les objectifs sont fixés arbitrairement par chaque pays. Le vrai enjeu : 100 milliards de dollars par an de manne financière versée par les pays occidentaux aux pays émergents.

Si on pense qu'il est important pour le monde de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, il y a de quoi s'énerver contre COP21. Tous nos dirigeants nous indiquent à quel point il est important d'aboutir à un accord. Ce que personne ne dit, c'est qu'aucun accord ne peut mener à une réduction des émissions. Ce n'est pas une prédiction, c'est la conclusion même tirée des documents du changement climatique.

Les "contributions prévues déterminées au niveau national"

Dans la convention-cadre, il n'y a aucune sanction contre les pays qui ne respectent pas les cibles d'émissions. Mais en soi, ça pourrait n'être pas si grave : on pourrait dire que le simple fait de fixer des objectifs publics mettrait une pression sur les gouvernements pour atteindre leurs objectifs.

Le problème, c'est que les objectifs prévus par la COP21 ne sont pas crédibles. Ce qui l'indique, ce sont les "contributions prévues déterminées au niveau national", issues de la COP20, la précédente conférence sur le climat, qui s'est déroulée en 2014, à Lima, au Pérou. 

En théorie, l'objectif de la convention-cadre de l'ONU qui régit les négociations internationales est de faire que les pays se mettent d'accord pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. En jeu, surtout, les pays émergents, qui produiront environ 80% des émissions mondiales au 21ème siècle. 

Ces pays ne veulent pas réduire leurs émissions, car ils en ont besoin pour la croissance de leurs économies. A Lima, en 2014, les pays occidentaux ont cédé, et mis en place ce cadre des "contributions prévues déterminées au niveau national". En clair ? Chaque pays décide par lui même ses objectifs de baisse d'émissions. La cible décidée par chaque pays devient le barème officiel par lequel chaque pays est mesuré. Les pays émergents ont même empêché que les cibles soient mesurées par rapport à un standard commun et objectif. Chaque pays peut décider arbitrairement de sa cible, et ensuite déclarer que si les émissions sont en-dessous de la cible, il atteint ses objectifs.

Le résultat est prévisible. La Chine s'est donnée pour cible d'atteindre son maximum d'émissions "aux alentours" de 2030, et d'ici là de réduire ses émissions par unité de PIB de 60 à 65%. C'est-à-dire...les niveaux déjà anticipés sans changements, selon les experts du Lawrence Berkeley National Lab. Selon une analyse du service spécialisé Bloomberg New Energy Finance, cette cible est au-delà du niveau d'émissions projeté par la Chine sans aucune mesure additionnelle. En clair, la Chine s'est fixé comme "objectif" un niveau d'émissions supérieur à celui projeté sans rien changer.

L'Inde est allée encore plus loin : elle ne promet aucune baisse ou stabilisation du niveau total d'émissions, et une baisse de seulement 33 à 35% du niveau d'émissions par unité de PIB. Pas difficile d'atteindre de tels "objectifs."

Pas étonnant, dans ces circonstances, que le Joint Program on the Science and Policy of Global Change du MIT ne prévoit qu'une baisse de 0,2% des températures mondiales sur la base de ce que propose la COP21. Par rapport à la projection des émissions futures du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU en 2000, les objectifs de la COP21 n'ont aucun effet.

Encore une fois, ce scénario où il n'y a aucun changement d'émissions ou de température, est le scénario si la COP21 atteint les objectifs qu'elle s'est elle même fixée.

Au fond, une histoire de sous

Alors, à quoi sert la COP21, si--même dans le meilleur cas, même si tous les pays signent l'accord qui est proposé--il n'y aura aucun effet ? En jeu, la "finance du climat."

Le concept, en théorie, est simple, et fait sens : les pays développés sont riches, et peuvent réduire leurs émissions par la technologie ; les pays émergents ont besoin de croissance pour enrichir leurs populations ; les pays riches peuvent payer les pays émergents pour compenser leur manque à gagner du fait de la réduction d'émissions. 

Souvenons-nous : en 2009, la conférence de Copenhague sur le climat se solde par un échec. Les pays émergents refusent tout simplement de saboter leur propre croissance pour réduire les émissions. Pour sauver les apparences, les Etats-Unis proposent la création d'un Fonds vert pour le climat, alimenté à hauteur de 100 milliards de dollars par an, pour financer l'adaptation climatique des pays émergents. C'est la seule chose concrète qui ressort de Copenhague. 

Par comparaison, 100 milliards par an, c'est équivalent à toute l'aide au développement dépensée chaque année par tous les pays de l'OECD. Dans une période d'austérité et de croissance en berne, les contribuables européens et américains pourront se demander avec justice ce qu'ils auront en échange des 100 milliards versés chaque année à des pays comme la Chine et l'Inde.

En réalité, c'est cela qui se discute à la COP21 : comment les 100 milliards par an que doivent allonger les Etats-Unis et l'Union européenne vont être répartis, et à qui. Les pays émergents ne sont pas à Paris pour réduire leurs émissions, puisqu'il a déjà été décidé par toutes les parties qu'il n'y aurait aucune réduction d'émissions, mais pour extraire le plus gros morceau de ce pactole.

Mais on voit le jeu de dupes : étant donné que les cibles fixées par le processus de la convention pour le climat sont purement arbitraires, le seul enjeu est de savoir combien la Chine et l'Inde et les autres pays émergents vont demander en échange d'un accord qui n'est en réalité qu'un bout de papier, mais qui pourra être mis en avant comme une formidable réussite pour le climat.

Il vaudrait mieux qu'il n'y ait pas d'accord

Encore une fois, l'idée d'offrir une compensation financière aux pays émergents en échange d'une réduction d'émissions a peut-être du mérite. Mais pas si c'est sur la base d'objectifs arbitrairement décidés par chaque pays pour fausser le jeu. 

Pour Oren Cass, chercheur au Manhattan Institute, les pays occidentaux se sont mis eux-mêmes dans une situation inextricable. Car il faut penser aux étapes d'après la COP21. Pour diverses raisons politiques, les pays occidentaux se sont fixé des cibles très ambitieuses, qu'ils n'atteindront probablement pas. En parallèle, les pays émergents se sont fixé des cibles tellement arbitraires qu'ils les atteindront sans problème. Si la COP21 passe, les pays émergents auront beau jeu, donc, à la prochaine conférence, de dire qu'ils sont les bons élèves, qui atteignent leurs objectifs, et que les pays occidentaux sont les mauvais élèves. Et donc que les pays occidentaux doivent payer plus pour lutter contre le réchauffement climatique.

Si on veut donc qu'il y ait une réduction effective d'émissions de gaz à effet de serre, la réussite de la COP21 serait une  mauvaise nouvelle, car elle entérinerait une série d'objectifs irréalistes et arbitraires, et permettraient à tous les gouvernements du monde de se pavoiser qu'ils "atteignent leurs objectifs dans le cadre de la convention de l'ONU" sans rien faire ni rien changer--et permettraient à de nombreux pays émergents de recevoir une manne financière sans rien donner en échange. 

 

 

Commentaires
Nos articles sont fermés aux commentaires.