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Contre le chômage, on a tout essayé ? Pourquoi la question de l'emploi est toujours sujette au fatalisme et à la contrition
©Reuters

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Contre le chômage, on a tout essayé ? Pourquoi la question de l'emploi est toujours sujette au fatalisme et à la contrition

Ce livre bat en brèche le consensus qui règne sur le sujet du chômage. À force de se focaliser sur les rigidités du marché du travail et sur son coût, on oublie de poser des questions simples. Extrait de "Un avenir pour l'emploi, Sortir de l’économie administrée" de Bruno Coquet, aux Editions Odile Jacob (1/2).

Bruno Coquet

Bruno Coquet

Bruno Coquet est docteur en économie, reconnu comme l’un des meilleurs experts français des politiques du marché du travail et de l’assurance-chômage. Intervenant auprès de l’Institut de l’entreprise et de l’OFCE, il a été président du comité de l’emploi (EMCO) du Conseil de l’Union européenne.

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Le combat contre le chômage constitue le point focal des politiques publiques depuis des lustres, et il se traduit dans les faits, car contrairement à une opinion largement répandue, les gouvernements ont beaucoup agi, toutes couleurs politiques confondues. Les réformes du marché du travail et les politiques publiques mises en oeuvre ont été innombrables.

« On a tout essayé ! » La célèbre formule résume admirablement bien le sentiment mêlé de devoir accompli, de fatalisme et de contrition. On sait avec le recul que lorsqu’elle fut prononcée au début des années 1990 on n’avait pourtant pas essayé grand-chose : blocage des prix, dévaluations, nationalisations, désindexation pour rompre la « boucle prix-salaires » et se défaire de la « contrainte extérieure ». Les politiques du marché du travail à proprement parler s’étaient consacrées à réduire le nombre d’actifs par tous les moyens. Contre le chômage on avait donc surtout essayé le malthusianisme.

Un renversement de perspective s’engage au crépuscule du XXe siècle, conforté dans les années 2000 par l’impulsion européenne de la Stratégie de Lisbonne : ce qui va dominer ce n’est plus le « contenu en emploi de la croissance », ce partage d’un gâteau existant, mais l’augmentation du taux d’emploi pour stimuler la croissance, et in fine renforcer la cohésion sociale. Il ne s’agit plus d’écarter les individus du marché du travail, mais de les y amener toujours plus nombreux, afin de maximiser la croissance économique.

Un déferlement de lois et de règlements s’ensuit : environ soixante réformes majeures ont été entreprises depuis 2000, une par trimestre ! Et encore, ce décompte ne recense que les lois directement axées sur le marché du travail et la protection sociale ; on pourrait légitimement y inclure celles qui ajoutent à leurs motifs des effets indirects sur l’emploi, comme dans les domaines de l’éducation ou de l’environnement, ou encore les dispositions incorporées dans les lois de finances ou les lois de financement de la Sécurité sociale dont certaines sont très massives (barème des exonérations de cotisations sociales, crédit d’impôt compétitivité emploi [CICE]), ainsi que les mesures introduites en marge de textes dont l’emploi n’est pas l’objet premier. De même pour les accords interprofessionnels et les textes d’ordre réglementaire qui peuvent avoir des effets très conséquents, parfois plus sensibles et décisifs qu’une loi votée au Parlement, comme la revalorisation ponctuelle du Smic ou son absence.

Ce mouvement s’incarne à la fois dans le domaine juridique (Code du travail), et dans le domaine économique par l’entremise des budgets dévolus aux politiques publiques : exonérations de cotisations sociales, assurance-chômage, contrats aidés, formation professionnelle, dépenses sociales et niches fiscales, etc. La plupart de ces budget n’ont cessé de croître au fil des ans, jusqu’à peser aujourd’hui environ 6 % du PIB au total, soit près de 130 milliards d’euros par an.

À ce montant, il serait possible d’ajouter le CICE, le Pacte de responsabilité, les soutiens divers aux activités de services à la personne, même si la destination de ces politiques n’est pas exclusivement l’emploi. En incluant tous ces dispositifs, l’addition s’alourdirait d’environ 45 milliards d’euros par an (2 % du PIB), et encore 40 milliards de plus si l’on ajoutait la politique du logement (encore 2 % du PIB), dont les liens avec le marché du travail sont nombreux et étroits (cf. chapitre6). Considérés largement, les moyens consacrés chaque année à intervenir directement sur le marché du travail, ou afin de compenser indirectement des effets fâcheux de son fonctionnement, représentent donc presque 10 % du PIB.

Les données de comparaison internationale attestent que la France est structurellement dépensière sur le marché du travail : elle figure parmi les pays européens dont les budgets d’intervention sont les plus élevés, et ce depuis très longtemps. Certes, le niveau actuel des dépenses contracycliques (assurance-chômage, emplois publics aidés) est dopé par la crise profonde et durable que nous traversons depuis 2008. Mais l’atonie de l’emploi a aussi pour effet de modérer des budgets volumineux très dynamiques en temps normal (formation professionnelle, allégements de cotisations sociales, apprentissage, etc.).

Extrait de "Un avenir pour l'emploi" de Bruno Coquet, aux Editions Odile Jacob

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