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Comment prendre des décisions importantes (sans se noyer... ni se tromper)
©Reuters

Bien gérer son stress

Comment prendre des décisions importantes (sans se noyer... ni se tromper)

La prise de décisions importantes peut générer du stress. Quel est l'effet du stress lors de la prise de décision ? Quelle est la meilleure méthode pour agir et décider sans être parasité par ses émotions ?

Xavier  Camby

Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

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Atlantico.fr : Comment gérer le stress lors de la prise de décision ?

Xavier Camby : Peut-être convient-il tout d'abord de bien clarifier ce qu'est la réaction de stress. Un usage répété et inapproprié en a édulcoré le sens. Le stress constitue premièrement une réaction non-spécifique et automatique à la perception d'une agression ou d'une menace. Être chargé par 4 éléphants mâles, lors d'un safari-photo pédestre, au Zimbabwe, fût certainement ma plus belle et plus intense expérience du stress. Afin de me permettre efficacement faire face à cette perception d'un danger immédiat, mon cerveau libéra instantanément de nombreux messages neurologiques ou chimiques (notamment par la puissante production d'hormones spécifiques, le cortisol et l'adrénaline), afin de sur-potentialiser toutes mes capacités, physiques, psychiques, intellectuelles… L’accélération de la ventilation et de la pulsation cardiaque, la libération des différentes formes de sucres dans mes cellules pour me donner une énergie supérieure sont les 1ers signes de la réaction très naturelle et très utile du stress. Cependant, la consommation d'énergie est telle que 24 heures seraient nécessaires pour que mon corps récupère de cette incroyable dépense d'énergie. Il semble aussi que, lors d’un stress, mon organisme débrancherait tous ses mécanismes immunitaires pendant les six heures (ne pouvant y pourvoir simultanément). C'est l'explication du fait que les personnes stressées sont souvent malades.

Sur le plan de notre santé biologique, il n'existe donc pas de "bon stress". Malgré une pandémique croyance en forme de déni de réalité, ultra-toxique...

Le stress provient donc de la perception - laquelle peut être erronée ou faussée - d'une émotion négative, qu'on appelle la peur

S'il est assez rare de connaître de vraies peurs, nous sommes tous surentraînés à en générer des ersatz quotidiens, presque domestiques (mais non-domestiqués). Il s'agit de nos peurs sans réalités ni objets, qu'on appelle des angoisses. Peurs imaginaires, elles ont cependant les mêmes conséquences biologiques...

Quel est l'effet du stress lors de la prise de prise de décision ? 

La réaction de stress est par nature une non-décision : c'est un automatisme, qui va stimuler et démultiplier toutes nos aptitudes, et donc aussi notre capacité à décider. On peut alors penser que nous trouverons ainsi dans un état de lucidité-augmentée et que nos décisions seront alors ultra-pertinentes et ultra-adaptées. Ce n'est pourtant pas toujours le cas ! Les travaux des neuroscientifiques comme Antonio Damasio ou Daniel Kahneman l'expliquent : contrairement aux théories des siècles passées - obsolètes mais toujours enseignées comme des dogmes intangibles - nos décisions ne sont pas rationnelles et semblent très fortement liées à nos émotions. Si je suis dans un référentiel émotionnel positif, il y a de fortes chances pour que mes décisions soient justes et appropriées à ma situation. Si en revanche je suis dans un référentiel intime d'émotions négatives - angoisses, mélancolie ou colères, par exemple – mes décisions seront maladroites, malheureuses voire désastreuses. La sagesse populaire s’en fait l’écho : « la peur, la colère sont mauvaises conseillères. »

Y-a-t-il des facteurs aggravants ? 

Les émotions négatives résidentes, antérieures donc à la peur qui déclenche l’automatisme du stress, risquent gravement de fausser nos décisions prises lors de ce stress, de les rendre inopérantes voire même d’aggraver la situation. C’est ce que j’appelle le syndrome du « petit-lapin-en-panique », courant en tous sens sans plus prendre aucune bonne décision pour lui-même. Le stade ultime de cette panique est la non-décision, la tétanie ou l’inertie : notre petit lapin ne bouge plus, vitrifié d’émotions négatives, épuisé de stress, fixant les phares de l’automobile qui fonce vers lui et qui va l’écraser.

J’observe hélas chaque jour ces 2 états d’inaptitudes décisionnelles empruntées, dans nos belles organisations : l’affolement et la dispersion en même temps que la procrastination ou l’aveuglement…

Comment apprendre à bien décider sans être parasité par ses émotions ? 

Votre question est intéressante car elle-même parasitée de cette croyance dénoncée par les 2 neuroscientifiques précédemment cités ! Nos décisions sont irrationnelles, ce qui ne veut pas dire idiotes, affirme Daniel Kahneman. Et c’est parce qu’il l’a démontré qu’il est prix Nobel de l’économie (2002). Nos émotions jouent un rôle prépondérant dans nos décisions, nous savons désormais le démontrer. Contrairement à une fausse et très dolosive anthropologie, nous sommes des êtres sensibles, donc émotionnels. C’est même précisément notre aptitude à la gestion de nos émotions qui nous distingue du monde animal. Si nous apprenons à gérer nos émotions -notamment négatives, pour les faire disparaître- nous nous humanisons. A défaut, si nous laissons libre cours à nos émotions négatives (peur, haine ou tristesse constituent les 3 émotions négatives de base) nous nous bestialisons. Et notre humanité ne manque pas de trop nombreux exemples de cette bestialisation, de cette régression animale…

Apprendre à décider solidement, utilement et bénéfiquement, lorsque survient une situation de stress, nécessite un constant entrainement, une rigoureuse préparation à la résilience émotionnelle, c’est-à-dire à la conversion des émotions négatives en émotions positives.

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