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Mais que peut faire la Grèce
pour s'en sortir ?
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En quête de croissance

Mais que peut faire la Grèce pour s'en sortir ?

La Grèce s'enfonce dans la crise encore un peu plus. Dans un dernier effort pour éviter de nouvelles élections, le chef de l'Etat grec doit désormais convoquer les dirigeants des partis pour une réunion de la dernière chance, au plus tard ce lundi. Retour sur un fiasco national mais surtout européen.

Kostas  Vergopoulos

Kostas Vergopoulos

Kostas Vergopoulos est un économiste grec.

Il est professeur à l'université Paris-VIII et expert auprès des Nations Unies et de l’Union Européenne.

Il est l'auteur de "Mondialisation la fin d'un cycle" (Seguier, 2002)

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Atlantico : La Grèce s'enfonce encore un peu plus dans la crise, aucun gouvernement n'a pu être formé à l'issue des législatives. Le chef de l'Etat doit maintenant convoquer les dirigeants des partis pour une réunion de la dernière chance, au plus tard ce lundi. Comment la Grèce peut-elle sortir de la crise ?

Kostas Vergopoulos : La Grèce se trouve dans une très mauvaise passe. Mais elle n'est pas le seul pays de la zone euro dans ce cas. D’autres pays sont également dans une mauvaise passe à des degrés variables : l'Irlande, le Portugal, l'Espagne, l'Italie…

La raison est que l'Euro est une très mauvaise monnaie et son principal défaut est qu'il lui manque le mécanisme de sa propre sauvegarde. Il manque le transfert de fonds stabilisateurs d'un pays à l'autre, notamment des pays à surplus vers les pays en déficits.

La Grèce est donc victime de ce manque d'institutions européennes qui puissent soutenir sa monnaie. C'est un problème européen qui est posé à travers la mauvaise passe de la Grèce mais, même si la Grèce sort de l'Euro, ce problème persistera pour les autres, parce que la monnaie européenne fonctionne uniquement comme si c'était une monnaie allemande. Les autres partenaires de l'Allemagne sont lésés par ce fonctionnement et la Grèce est la première victime de cette situation.  

Pour s’en sortir, Il faut établir le mécanisme européen, comme le dit François Hollande, qui veut donner une priorité à l'établissement des institutions européennes qui conviennent. Comme pour le dollar, comme en Allemagne à l’époque du Deutsch Mark, comme au Canada : dans tous les états fédéraux où il y a une monnaie fédérale, il y a des mécanismes d'appui de cette dernière. L'absence d'institutions d'appui fait qu'il y a des victimes, des pays faibles. Et la Grèce est à la tête de ce cortège…

Comme le problème est structurel, la Grèce ne peut pas s'en sortir toute seule ?

Il y a l'austérité. François Hollande a dit "L'austérité n'a pas marché en France, elle n'a pas marché en Europe, pourquoi marcherait-elle en Grèce ?". Si on applique l'austérité seule, on sauve soit disant la caisse allemande mais on détruit l'Europe. Et l'approche qui convient est d'ajouter le volet croissance qui manque.

Pour être concret, la Grèce a prévu d'avoir une récession de 5% de son PIB, et l'année d'avant, c’était - 7%. Pendant toutes ces années, les trois ou quatre dernières années, on applique le programme d'austérité et le PIB se rétrécit, se contracte.

Mais si son PIB se contracte, comment va-t-elle payer sa dette ? La dette croît automatiquement en tant que pourcentage du PIB si le PIB diminue. C’est mathématique. On a donc mis la Grèce dans une posture absolument impossible : elle doit payer sa dette alors qu'elle a de moins en moins de revenus…

Concrètement, comment peut-elle alors s'en sortir ?

François Hollande a raison de soulever la question de la croissance. Mario Monti en Italie aussi. Il faut revenir à la croissance, c'est le seul moyen de payer ses dettes. Il faut une croissance du PIB plus rapide que le taux de dettes.

Il faut donc envisager en premier lieu la croissance européenne, avec des travaux pour l'ensemble de l'Europe. Pas dans chaque pays mais pour l'ensemble de l'Union Européenne, et financés par la Banque centrale européenne ou le FESF. C'est la première option et  je pense qu’elle a de fortes chances de marcher.

Elle pourrait même être acceptée par l'Allemagne, car n'oubliez pas que l'Allemagne a aussi une croissance de près de 0% et elle paye en ce moment les taux d'intérêts le moins élevé en Europe (pour le bond du Trésor allemand : 1,6%). Mais si elle a une croissance de 0, elle s'endette aussi à 1.6%. C'est-à-dire que la dette croît par rapport au PIB. L'Allemagne est dans le même piège que celui dans lequel elle a poussé ses partenaires. La question de la croissance est donc prioritaire.

Sur quels secteurs, quelles industries, peut s’appuyer cette croissance ?

Le secteur énergétique. Il y a pleins de ressources énergétiques en Grèce qui ne sont pas exploitées ou insuffisamment exploitées. A part le pétrole, et le gaz naturel qu'il y a sous la mer Egée, il y a l'énergie solaire.

Les transports sont tout à fait déficients et la recherche est rudimentaire. L'agriculture n'est aussi pas suffisamment exploitée. Il n'est pas nécessaire que tout le pays se spécialise dans l'industrie.

De toute façon, dans l'industrie, c’est l'Allemagne qui domine. Il n'y a aucun pays européen qui puisse concurrencer l'Allemagne en ce moment dans ce domaine. Mais il y a d'autres domaines, la Grèce peut développer ses autres atouts, comme l’agriculture, l'économie touristique et les communications.

Si la Grèce sortait de la zone Euro, quel impact ce big bang aurait-il sur la population dans sa vie quotidienne ?

Ce serait catastrophique. Mais elle n'a aucune envie de se retirer. Si vous posez la question aux Grecs, ils vous répondront à 80% qu'ils veulent rester dans la zone euro. Pour les faire sortir, il faudra les forcer…

Mais les Allemands, qui ne partagent pas l'avis des Grecs, pourraient être tentés de les forcer ?

Non, le ministre allemand Wolfgang Schäuble a dit que si un pays veut sortir, les autres membres ne vont pas l’en empêcher. Mais qu'est ce qu'on fait si ce pays ne veut pas sortir ? Et la Grèce ne veut pas sortir !

Dimanche dernier, il y a eu des élections en Grèce et neuf partis étaient en lice. Parmi ces neuf, il n'y en a que deux qui veulent sortir le pays de la zone euro. C'étaient le Parti communiste orthodoxe qui a obtenu 8% des voix, et l'extrême droite qui a obtenu 6%. 6 et 8, ça fait 14. Tous les autres, y compris la gauche radicale, veulent rester dans l'Euro.

Mais si ça arrivait, quelles conséquences pour les populations ?

Elles seraient catastrophiques. Les revenus des Grecs diminueraient de 80%. Il ne resterait que 20% de pouvoir d'achat. Ce serait un anéantissement du pays.

Et les conséquences pour la zone euro ?

Il y aura certainement un effet de contagion. Les Irlandais sont vraiment à bout, ils ne peuvent pas tenir avec cette austérité. Apres avoir payé leurs dettes, il ne leur reste que 100 euros par mois, ils ne peuvent pas vivre avec ces revenus. Eux aussi font pression pour le retour de la croissance. Tout comme les Espagnols, les Portugais, et les italiens, avec Mario Monti, qui pourtant est un conservateur.

Si la Grèce saute, on aura montré la possibilité d’une sortie de l’Euro. Donc la spéculation va s’aggraver sur la zone euro. Les « spreads » vont augmenter partout, pour l’Italie, l’Espagne : l’effet de contagion risque d’être insupportable

Les spéculateurs seraient-ils tentés de sacrifier ces pays pour sauver l’Allemagne ou la France ?

Oui, mais l’Allemagne elle-même n’est pas totalement protégée, car avec une croissance proche de 0, elle ne pourra pas payer sa dette, si cette dette est contractée à 2%. Elle est donc aussi en situation de potentiel défaut de paiement.

Il faut que Madame Merkel fasse quelque chose. D’ailleurs, elle commence à faire des choses qu’elle disait qu’elle ne ferait jamais. Elle vient d’accorder  6% d’augmentation de salaire à ses fonctionnaires. Maintenant, le secteur privé et la métallurgie se révoltent aussi et réclament la même augmentation. Lorsqu’un pays est excédentaire, comme c’est le cas de l‘Allemagne, il faut en profiter pour relancer la consommation, le contraire de l’austérité. Les commerçants et les industriels allemands protestent : « Nous avons les moyens, pourquoi rester dans l’austérité ? ».

Donc vous pensez que les choses vont dans le bon sens ?

Oui. Et maintenant il y a des propositions de l’Italie et de la France pour un changement de politique européenne dans le sens de la croissance. La Grèce devrait profiter de ce changement-là.

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