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Comment définir sa solitude ?
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Comment définir sa solitude ?

Quels sont les liens entre solitude et isolement ? Comment s'exprime cette solitude sous sa forme négative et quelles sont les manifestations de sa souffrance ? Ses causes objectives et ses raisons subjectives ? En répondant à ces questions et à tant d'autres, Monique de Kermadec livre les clés qui permettront à chacun de découvrir les pouvoirs de la solitude afin d'y trouver une source d'épanouissement et de construction personnelle. Extrait de "Un sentiment de solitude" de Monique de Kermadec, publié aux éditions Albin Michel. 1/2

Monique de Kermadec

Monique de Kermadec

Monique de Kermadec

Psychologue clinicienne et psychanaliste, spécialiste de la précocité et la réussite chez l'enfant et l'adulte. Elle est l'auteur de Le petit surdoué de six mois à six ans et de Pour que mon enfant réussisse parus chez Albin Michel.

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La solitude est objective et subjective. On peut être physiquement seul dans un endroit et se sentir relié au monde, aux êtres qui nous sont chers, habité d’un sentiment de plénitude, sans l’inquiétude sourde qu’une ou plusieurs personnes aimées nous fassent défaut. On peut aussi se sentir seul en présence d’êtres connus, famille ou amis, ou au milieu d’une foule. Ce sentiment peut naître de la privation d’un seul être, après une rupture amoureuse, par exemple, ou après un deuil. « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », a résumé Alphonse de Lamartine. Alors, l’objet de la perte envahit l’esprit et interdit toute pensée pour qui que ce soit d’autre. Le disparu se fait plus présent que quiconque vivant, omniprésent. Mais la souffrance peut s’éprouver sans qu’il y ait absence concrète d’un être. On est alors étouffé par la sensation qu’aucun lien n’est possible avec autrui, soit parce que personne ne semble s’intéresser à soi, soit parce qu’on se trouve dans l’impuissance de communiquer avec les autres. On est alors encombré par soi-même, dans un tête‑à-tête angoissant avec soi, dont aucune activité, aucune présence ne parviennent plus à nous distraire.

Ainsi que l’a rappelé le psychanalyste Donald W. Winnicott, s’isoler n’est pas systématiquement la conséquence d’une souffrance qu’induit la solitude. Ce peut être envisagé comme une richesse, celle-là même que revendiquait Schopenhauer. Il existe donc deux entités dans la solitude vue au prisme de la psychologie clinique : le sentiment d’être seul, autant dire le ressenti de la solitude comme une souffrance, et la capacité d’être seul, que D. Winnicott, dès 1958, envisagera dans ses dimensions psychologiques et psychopathologiques, et partant, comme la finalité de toute éducation réussie, de toute maturité harmonieuse.

C’est que le sentiment de solitude est une composante intrinsèque de la personnalité, et de son développement, depuis la naissance – et certains chercheurs, aujourd’hui, mettent en avant l’importance d’un vécu intra-utérin – jusqu’aux derniers jours. Le sentiment de solitude est consubstantiel à la construction du moi dans sa singularité et son unicité. Il est la mesure de la relation ambivalente à l’autre, entre dépendance et désir d’indépendance, entre nostalgie de la fusion originelle et désir de séparation.

Le sentiment de solitude implique un double rapport de l’individu : avec lui-même et avec les autres, mais on a vu comment ce rapport a largement évolué dans les dernières décennies. Il y a encore une trentaine d’années, l’individu se plaignait du poids de la société, de la contrainte familiale qui donnaient lieu à des psychoses et des névroses, de sa difficulté à se singulariser, à se différencier. La société, ses codes, sa morale étaient vécus comme des étouffements. Elle était associée à l’image d’un père castrateur. Elle était subie de façon aliénante.

Extrait de "Un sentiment de solitude" de Monique de Kermadec, publié aux éditions Albin Michel

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