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Le problème de l'ancien ministre de l’Économie n'est pas le premier tour mais le second, il se sait beaucoup moins bien placé que François Hollande pour nouer des alliances. Il discute avec Benoit Hamon mais ne se fait aucune illusion...
Le problème de l'ancien ministre de l’Économie n'est pas le premier tour mais le second, il se sait beaucoup moins bien placé que François Hollande pour nouer des alliances. Il discute avec Benoit Hamon mais ne se fait aucune illusion...
©Reuters

Feu !

Comment Arnaud Montebourg compte redonner un coup de fouet à sa campagne pour devenir le champion de la gauche en 2017

L'ancien ministre de l’Économie, qui sera l'invité de "L’Émission Politique" de France 2 ce 22 septembre, a commencé une campagne discrète mais qu'il entend installer dans la durée. Octobre sera le mois des visites de terrain. Plusieurs grands meetings sont prévus en décembre.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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C'est une campagne contre nature. Contre sa nature. Lente, patiente, modeste. "Sans tambour, ni trompette", confie l'un de ses proches. Lui qui est tellement tambour et trompette. Une campagne qui veut s'installer dans la durée, lui qui a si souvent été l'homme d'un instant. Il refuse, cette fois, de se contenter de surfer la vague du moment. Ce serait facile pourtant. Alstom lui a fait un si beau cadeau. Mais Arnaud Montebourg ne veut plus être l'avocat d'une seule cause. Disparaissant, ses effets de manches retombés. Il voit désormais plus grand et se veut méthodique pour y arriver.

 

Tout d'abord, "nous installons le décors, nous hissons le fond de scène", explique l'un de ses conseillers. Un fond de scène conçu à force de marteler ces sondages qui donnent la gauche éliminée au premier tour, la droite victorieuse dans tous les cas de figure et un FN élevé.

 

Après le fond de scène, l’atmosphère, qui laisse planer le suspens, flotter l'incertitude d'une candidature de François Hollande. "Je ne suis pas certain que le Président se présente", affirme un soutien. "S'il est toujours au même niveau dans les sondages en novembre, il va y avoir une hémorragie dans ses troupes qui peut le dissuader. Certains, dans son entourage, nous témoignent déjà de l'estime en privé. On ne nous parle plus de la même manière qu'il y a quelques mois", ajoute un autre. "Si Alain Juppé est désigné en Novembre, François Hollande va réfléchir sérieusement", assène un dernier. Tous espèrent que le message va se faufiler dans les consciences de gauche et modifier le champs des possibles. Il s'agit de prouver qu'Arnaud Montebourg n’est pas venu faire de la figuration et qu'il a une chance d'être le candidat de la gauche en 2017. "Nous l'installons dans le paysage", résume un soutien.

 

Ce début de campagne doit aussi permettre de faire connaître l'ancien ministre de l’Économie qui va donc multiplier les interventions médiatiques comme ce 22 septembre sur France 2. "Il va pouvoir dérouler ses idées habituelles mais va aborder des sujets sur lequel on l'attend moins comme la santé et d'éducation. De plus, il va être confronté à la contradiction", explique un proche. Les français connaissaient l'avocat au verbe haut, le ministre en marinière, le buveur de cuvée "redressement productif", ils vont aussi apprendre à connaître l'homme aux racines modestes. L'"arabo-Morvandiau", sourit un proche qui rappelle ce père fonctionnaire des impôts né à Autun, cette mère professeur d'espagnol né en Algérie. Arabo-morvandiau, vous dit-on. Puis viendra le temps des déplacements. Durant le mois d'octobre, alors que la primaire de la droite accaparera toute l'attention médiatique, l'ancien locataire de Bercy visitera le pays, ira à la rencontre des français. "On va accélérer le processus de visites car on sent qu'il y a une forte demande et ça dépasse les militants. Le président de la métropole de Grenoble nous a sollicité pour faire une visite, les grands élus demandent à pouvoir constituer des comités de soutien qui deviendront les comités d’organisation de la primaire", explique un membre de l'équipe qui pense entrer dans le dur en décembre. Commenceront alors les meetings en région, cinq sont déjà prévus, en Alsace, à Lyon, en Bretagne et dans le Var.

Pendant ce temps, une autre équipe travaille sur le programme. Des universitaires, des chefs d’entreprises, des syndicalistes... Arnaud Montebourg teste, auprès d'eux, ses idées, envoie des ballons d'essai, voit comment ça réagit, adapte, approfondit, prend le problème sous un autre angle. Le pôle 'idées' est dirigé par Laurent Baumel qui a réuni, la semaine dernière, une cinquantaine de personnes pour préparer l’émission de ce soir. Le projet, tel qu'Arnaud Montebourg l'imagine, doit dépasser l’horizon socialiste car, explique un membre de l'entourage, "l'électorat de gauche ne se reconnaît plus dans cet horizon". Mais l'intention n'est pas d'aligner une armée en déroute, il va falloir d'abord rassembler la famille. "On va proposer un programme qui apaise et rassemble, promet un proche. Je pense que l'on peut se rassembler sur la question européenne. Quand Arnaud dit que, jusqu'ici, on a trop privilégié les grands groupes par rapport au TPE/PME, je pense que tout le monde est d'accord. Puis, on peut ratisser au delà. Le volontarisme économique affiché par Arnaud, son patriotisme économique, peuvent faire revenir des électeurs qui nous ont quitté pour le FN".

 

Pour tous les membres de l'équipe, les vents sont favorables car le discours d'Emmanuel Macron qui "défend cette politique libérale qui a montré ses failles" renforce celui de Montebourg, pensent-ils. Les sondages sont aussi très rassurants. En 2011, 6 mois avant la primaire, Arnaud Montebourg était à 4%. Cette fois, 5 mois avant, il est à 30%. "La vérité, c’est que tout se joue dans la campagne, à condition, bien entendu, d'avoir un projet, des idées, une stratégie et un candidat ayant conservé un lien avec les français, c'est le cas d'Arnaud Montebourg", explique le fidèle Aquilino Morelle.

 

Mais le problème de l'ancien ministre de l’Économie n'est pas le premier tour mais le second, il se sait beaucoup moins bien placé que François Hollande pour nouer des alliances. Il discute avec Benoit Hamon mais ne se fait aucune illusion, son ancien complice appellera à voter Hollande au second tour. En revanche, espère-t-on chez Arnaud Montebourg, il est possible que l'ensemble de son électorat ne le suive pas, tout comme celui de Marie-Noëlle Lienemann ou de Gérard Filoche. Arnaud Montebourg et Christiane Taubira se sont vus cet été dans la région d'Avignon durant le festival. "Si Hollande ne décolle pas, elle franchira le cap, affirme un proche qui ajoute : on fera tout pour trouver des points de convergence, pour qu’il n'y ait qu’un seul candidat de gauche au premier tour de la présidentielle. On discutera même avec Jean-Luc Mélenchon. C'est la seule chose à faire pour que la gauche ne soit pas éliminée au premier tour". C'est pourquoi, si François Hollande est désigné à l'issue de primaires organisées loyalement, Arnaud Montebourg le soutiendra mais, sourit ce proche, "on attend que la réciproque soit vraie". En revanche, prévient-on dans les rangs de l'"arabo-Morvandiau", "on ne va pas rejouer 2012, si Hollande est désigné candidat de la gauche, on ne fera pas sa campagne, on n'écrira pas le discours du Bourget".  

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