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Bernadette Chirac a dit que le retour de Nicolas Sarkozy était évident.
Bernadette Chirac a dit que le retour de Nicolas Sarkozy était évident.
©Reuters

Petit Poucet

Combien de temps Nicolas Sarkozy pourra-t-il encore faire semblant de ne pas être là ?

Mercredi sur Europe 1, Bernadette Chirac a dit espérer que Nicolas Sarkozy se porte candidat en 2017. Une carte postale de plus envoyée par les amis de l'ancien président, destinée à lutter contre l'oubli. Une stratégie qu'il pourrait mener jusqu'en 2015.

Christian Delporte

Christian Delporte

Christian Delporte est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Versailles Saint-Quentin et directeur du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines. Il dirige également la revue Le Temps des médias.

Son dernier livre est intitulé Les grands débats politiques : ces émissions qui on fait l'opinion (Flammarion, 2012).

Il est par ailleurs Président de la Société pour l’histoire des médias et directeur de la revue Le Temps des médias. A son actif plusieurs ouvrages, dont Une histoire de la langue de bois (Flammarion, 2009), Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine (avec Jean-François Sirinelli et Jean-Yves Mollier, PUF, 2010), et Les grands débats politiques : ces émissions qui ont fait l'opinion (Flammarion, 2012).

 

Son dernier livre est intitulé "Come back, ou l'art de revenir en politique" (Flammarion, 2014).

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Atlantico : Un nouveau petit caillou a été semé, mercredi, avec l'interview de Bernadette Chirac sur Europe 1, dans laquelle l'ancienne première dame évoque le retour évident de Nicolas Sarkozy d'ici 2017 (lire ici). Le retour de l'ancien chef de l'État semble certain. Qu'est-ce qui le retient ?

Christian Delporte : La question est de savoir s'il est parti car, pour revenir, il faut être parti. En fait, il alimente lui-même la rumeur de son retour depuis fin août 2012. Du coup, il est toujours dans l'actualité : comme le dit Brice Hortefeux, il envoie des cartes postales, ce qui est assez classique dans une stratégie de retour puisque le premier objectif est avant tout de lutter contre l'oubli. On en parle d'autant plus qu'à droite c'est un peu le vide. Aucun leader ne s'impose. D'une certaine manière, l'hypothèse d'un retour de Nicolas Sarkozy empêche l'émergence d'un nouveau leader.

Mais, contrairement à ce que l'on croit, son retour n'a absolument rien d'évident. Déjà parce que certains n'ont absolument pas intérêt à laisser passer leur tour. La politique a horreur du vide et les places finissent toujours par être occupées. Sarkozy est donc au milieu de forces contraires : il lui faut entretenir le vide de l'UMP tout en contrariant les alliances éventuelles qui pourraient empêcher son retour. D'autant que, s'il y a un retour, ce ne sera certainement pas à l'UMP. Il ne peut être le sauveur de l'UMP : il doit, au minimum, être le sauveur de la droite. La justification de son retour est de faire éclater les clivages traditionnels et partisans, même si son ancrage sera nécessairement à droite. C'est bancal mais tout retour est bancal car il dépend d'un contexte et de la façon dont on est capable de forcer le destin.

Pendant combien de temps pourra-t-il encore faire semblant de ne pas être là ?

Dans un retour de ce type, il faut se saisir de la fenêtre de tir, et celle-ci ne peut pas se présenter avant les échéances électorales, mais après : on revient sur une analyse politique. Pour l'instant, on ne sait pas quelle va être l'évolution de la situation économique et sociale ni si l'UMP sera bien placé ou quel sera le poids du Front national. S'il revenait maintenant, il est évident qu'il s'userait. Je n'imagine donc pas Nicolas Sarkozy annoncer son retour, publiquement, avant 2015. Il a d'abord tout intérêt à laisser passer les échéances électorales. Sa tactique doit être d'arriver au moment idoine, ni trop tôt, pour éviter de prendre trop de coups, ni trop tard sinon les pièces sur l'échiquier seront toutes en place. C'est pour cela que je le vois plutôt revenir en 2015, après les élections régionales.  

Dans des cas comme ça, on fait donc parler ses amis, on reste soi-même discret – sauf par ces fameuses cartes postales - et on attend une analyse de la situation politique. C'est la conjoncture qui détermine le moment du retour. C'est pour cela que les échéances des municipales, des européennes, voire des régionales, doivent passer. S'il revient trop tôt, on attendra de lui qu'il mène ces combats. Mais ce n'est pas dans son intérêt parce qu'il doit être au-dessus des partis.

Cela ne veut pas dire que, d'ici-là, il ne va rien faire. Son retour a nécessairement besoin d'un argumentaire. En l'espèce, son retour sur la scène politique serait justifié par la possibilité de voir Marine Le Pen et François Hollande s'affronter au second tour de la présidentielle de 2017. Mais, en même temps, il doit créer une attente, un désir. Et c'est différent de la nostalgie. Or, aujourd'hui, on est encore dans l'après 2012, on est encore dans la perspective de la Sarko-nostalgie. Cela se voit dans les sondages : il est très haut dans l'électorat de droite mais, si on élargit à l'ensemble de l'électorat, le désir d'un retour de Nicolas Sarkozy est minoritaire.

Est-ce que cette stratégie est la bonne ? Elle est différente de celle employée par Jacques Chirac ou François Hollande qui, eux, s'étaient réellement éloignés de la vie politique...

Son retour ne doit pas être présenté comme une revanche ou comme la continuité de 2012 mais ce doit être un retour tourné vers l'avenir. Pour cela, il faut créer une attente qui va au-delà de son électorat. La question est la suivante : en quoi, pour l'avenir, on a besoin de Nicolas Sarkozy ?

Le risque que prend Sarkozy est celui de l'usure de l'idée d'un retour, et donc de banalisation du retour le cas échéant. Il a donc intérêt à ce que son retour soit le plus spectaculaire possible. Il peut tenir. Il tente le pari qu'à droite, aucun leader ne s'est imposé et que l'UMP n'a pas profité de l'impopularité de Hollande, laissant un boulevard à Marine Le Pen. Mais il devra envoyer moins de cartes postales. A un moment, on a besoin de se refaire une virginité. Quand on veut élargir sa base électorale, il faut écarter le passé et parler d'avenir. Or, pour parler d'avenir, il doit y avoir une pause, un instant où l'on n'a pas l'air d'intervenir dans la vie politique, sinon on donne l'impression de ne jamais l'avoir quittée.

Propos recueillis par Sylvain Chazot

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