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Laurent Wauquiez écoute Eric Woerth lors d'une conférence de presse tenue au siège du parti Les Républicains en octobre 2018.
©Philippe LOPEZ / AFP

Campagne électorale

Ci-gisent Les Républicains : ce tragique constat pour la droite qui se cache dans les détails des sondages pour 2022

Premier parti de France par le nombre total d’élus, les LR sont pourtant incapables de se trouver un champion. Au point de ne pas avoir d’autre issue que de se rallier à un Emmanuel Macron d’autant plus enclin à les accueillir qu’il est lui-même en situation de fragilité ?

Bruno Jeanbart

Bruno Jeanbart

Bruno Jeanbart est le Directeur Général adjoint de l'institut de sondage Opinionway. Il est l'auteur de "La Présidence anormale – Aux racines de l’élection d’Emmanuel Macron", mars 2018, éditions Cent Mille Milliards / Descartes & Cie.

Voir la bio »Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est essayiste et haut fonctionnaire, auteur de nombreux ouvrages dont Histoire des présidents de la République (2013) ; André Tardieu, l'incompris (2019) aux éditions Perrin ; Le Grand bazar ou l'Europe face à l'immigration (L'Harmattan, 2001) ; Migrations, la nouvelle vague (L'Harmattan, 2003) ; Le défi de l'immigration : la vérité, les solutions (François-Xavier de Guibert, 2004) ; Migration : sortir du chaos (Flammarion, 2006) ; et Géopolitique des migrations : la crise des frontières (Ellipses, 2007). 

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Atlantico : Un récent sondage Harris Interactive pour Commstrat révèle qu'en cas de second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, l'électorat LR autour de Xavier Bertrand se dirigerait pour 38% vers le président de la République et 21% vers Marine Le Pen. Plus parlant encore, l'électorat des Républicains de 2017 ne se dirigerait dès le premier tour qu'à 51% vers le président de la région Hauts-de-France, et se diviserait presqu'identiquement (respectivement 21 et 18%) entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Comment expliquer cette crise d'un parti qui ne parvient pas à s'unifier autour d'un champion pour la présidentielle ? 

Bruno Jeanbart : Il est incontestable qu’aujourd’hui, l’électorat de la droite de gouvernement semble douter de la capacité de l’un des siens à remporter la présidentielle. En tirer pour autant la conclusion que ce courant ne pèsera pas l’an prochain lors de ce scrutin semble pour autant prématuré. Il est paradoxal que ce soit à un sondeur de le rappeler mais à 14 mois d’un tel scrutin, un sondage n’a aucune valeur prédictive sur le résultat qui sortira de l’élection de 2022. Actuellement, les enquêtes ne peuvent qu’enregistrer ce que l’ensemble des électeurs entendent des rapports de force et il est donc très difficile à tout outsider d’émerger dans un contexte où le duel Macron-Le Pen est présenté médiatiquement comme inéluctable. Notre dernière étude annuelle pour le Cevipof souligne que moins d’un Français sur deux s’intéresse à la politique actuellement. Les Français ne sont pas dans la présidentielle et ils n’y sont que rarement aussi loin du scrutin. Mais ils le sont d’autant moins en cette période de pandémie qui continue d’inquiéter les deux-tiers des Français. Tant que le couvercle que constitue la pandémie se maintiendra sur la société française, il est peu probable que les choses bougent. Notons d’ailleurs que le même phénomène est constaté à la gauche de Macron : personne n’arrive à émerger de ce côté-là de l’échiquier politique également, pour les mêmes raisons. Toutes les conclusions que l’on tire actuellement de ces données pour pronostiquer par exemple la disparition du front républicain dans les urnes ne sont de selon moi que des conjectures qui ont de bonnes chances de se révéler totalement démenties en mai 2022 en raison du contexte très particulier que nous vivons.  

Rien ne dit que Les Républicains parviendront à disposer d’un candidat compétitif l’an prochain, mais la base de 15% dont dispose par exemple Xavier Bertrand est loin de le mettre hors-jeu, au regard des 25% finalement dont est crédité Emmanuel Macron. La vraie question pour Bertrand (ou pour une autre candidature d’ailleurs) est moins son retard dans les sondages que sa capacité à incarner demain une offre politique, à faire comprendre à l’électorat de droite et du centre ce qu’il ferait pour le pays s’il accédait à l’Élysée. Car s’il est bien connu du monde politico-médiatique, Xavier Bertrand demeure peu connu dans l’opinion et n’est guère identifié aujourd’hui idéologiquement.

Maxime Tandonnet : Les fondements électoraux de la droite LR ou assimilée sont bien loin d’être catastrophiques. Les résultats nationaux des dernières élections municipales de 2020 ont montré que ce courant politique était dominant dans le pays : 2,65% à l’extrême gauche ; 29, 63% à la gauche ; 4,38% aux Verts ; 15,98% au Centre (dont 2,22% à LREM, le parti du chef de l’Etat) ; 33, 71% à la droite ; 3,33% à l’extrême droite. Bien sûr, ces résultats ne reflètent qu’imparfaitement le rapport de force dès lors qu’ils prennent en compte des situations locales. Cependant, un tel vote effectif des citoyens vaut mieux que les multiples sondages ne portant que sur des « intentions ». Tout le problème de la droite est celui de « l’incarnation ». Depuis que Nicolas Sarkozy et François Fillon ont quitté la scène, ils n’ont pas été remplacés. LREM à travers M. Macron et le RN à travers Mme le Pen ont un candidat tout désigné. Ce n’est pas le cas de LR. La tragédie de ce courant est sa difficulté à se mettre d’accord sur un chef reconnu…Cette difficulté recouvre aussi l’éternelle fracture interne à la droite LR entre une tendance libérale/centriste et un courant souverainiste. D’où l’impasse actuelle…

Une alliance avec le Rassemblement national semblant peu envisageable pour les Républicains, quelles solutions s'offrent à eux pour que le premier parti de France en nombre total d'élus ne soit pas le grand absent de la présidentielle de 2022 ? Une alliance avec La République en Marche est-elle la seule solution, et si oui quelle forme prendrait-elle ? 

Bruno Jeanbart : Je ne crois pas une seconde que LR se rangera derrière Emmanuel Macron en 2022, même si ses chances de l’emporter sont faibles. Ils présenteront ou soutiendront un autre candidat. Pour être le parti descendant de celui à l’origine des institutions de la Vème République, ils ne savent que trop qu’être absent de l’élection centrale de notre système politique signerait leur arrêt de mort. Rappelons que le déclin du Parti Communiste et la fin de son leadership à gauche s’accélère après 1974 et sa décision de se ranger  dès le premier tour derrière le candidat du Parti Socialiste, François Mitterrand. Pour LR, avoir un candidat et ne faire que 10% sera toujours plus un gage de survie qu’une alliance avant le scrutin présidentiel avec LREM. N’oublions jamais que cinq semaines après auront lieu des législatives et que bien qu’éliminé du premier tour de la présidentielle en 2017 et devancé par Marine Le Pen, LR a lors de ce scrutin conservé son leadership à droite, tant en nombre de voix au premier tour qu’en nombre de députés à l’issue du second. Si la droite devait faire alliance avec le macronisme, cela ne se pourrait avoir lieu qu’après l’ensemble du cycle électoral, si le Président réélu n’obtenait pas cette fois de majorité absolue au parlement.

Maxime Tandonnet : Un ralliement au macronisme serait définitivement suicidaire pour LR. Une nouvelle majorité à dominante LR élue dans la foulée de la présidentielle se trouverait en position de soumission totale vis-à-vis de l’Elysée. Et ce serait au prix d’un vertigineux retournement de veste. La droite se rallierait ainsi à tout ce qui fait l’essence du macronisme : repentance obsessionnelle, multiculturalisme, PMA sans père remboursée, IMG à neuf mois pour détresse psycho-sociale, éoliennes à outrance... En outre, cette volte-face reviendrait à endosser l’échec fondamental du macronisme, sa promesse de « nouveau monde » devenue cauchemar : affaiblissement des libertés et de la démocratie, débâcle économique et financière, sociale, sanitaire. LR tient-il à être assimilé à ce fiasco historique ? Et alors, quel plus beau cadeau en faveur des extrémismes démagogiques de gauche comme de droite qui détiendraient le monopole de l’opposition. Enfin, une telle opération serait lue par l’opinion comme une combinaison politicienne de bas étage. Elle ne ferait qu’amplifier le dégoût envers la politique qui touche 80% des Français et l’abstentionnisme.

Comment restaurer la loyauté des électeurs à un parti dont, dès le premier tour, la base électorale se détache, et dont les prédictions montrent que les consignes de vote ne seront probablement pas suivies ? 

Bruno Jeanbart : Le problème de LR est double. D’une part, il n’a toujours pas trouvé de leader charismatique depuis le départ de Nicolas Sarkozy. Dans un système politique aussi personnalisé que le nôtre, c’est évidemment un handicap lourd. A sa manière, LREM l’expérimente : que serait ce parti sans Emmanuel Macron ? D’autre part, et ce n’est pas sa moindre difficulté, LR souffre d’un positionnement idéologique ambigu. En 2016-2017, François Fillon avait su saisir et mobiliser 20% de l’électorat sur une ligne libérale conservatrice qui correspondait assez bien à ce qu’était devenu les sympathisants de la droite modérée, symbolisée par l’image d’épinal de la bourgeoisie de province. En effet, la frange souverainiste de la droite sur le plan économique est partie progressivement au FN durant les années 90/2000 et si Sarkozy a su la ré-arrimer en 2007 notamment à la droite parlementaire, ce ne fut que ponctuel et ne résista guère à l’exercice du pouvoir et la déception qu’elle a engendrée. Mais quid du positionnement de LR aujourd’hui ? Depuis 2017, le parti incarnant la droite a souvent envoyé des signaux contradictoires voir incompréhensible à son électorat. Il a eu du mal à soutenir des réformes gouvernementales que son électorat appelait de ses vœux, comme celles sur la fiscalité du capital. Certains se sont même positionnés au côté de la France Insoumise contre la privatisation d’ADP, bien loin de ce que pensent sur ce sujet leurs électeurs. Il n’est donc guère surprenant que la tentation du macronisme soit forte pour les plus sensibles au libéralisme qui votaient auparavant pour LR. Quand à la partie plus conservatrice et qui pense que les enjeux prioritaires pour le pays sont plutôt régaliens, comme la sécurité, il n’est pas certain qu’ils trouvent dans LR la réponse à leurs attentes aujourd’hui. Une clarification idéologique s’impose pour retrouver une dynamique. Mais est-ce possible sans une personnalité pour incarner cette clarification ? A droite, les deux sont souvent liées.

Maxime Tandonnet : Malheureusement, je ne connais pas la solution miracle… Il me semble tout de même que malgré des sondages préoccupants, les chances de LR sont réelles pour les élections présidentielles et législatives. L’expérience montre que lors des scrutins nationaux, rien ne se passe généralement comme prévu. Un autre sondage IFOP de septembre 2020 soulignait que seulement 32% des électeurs souhaitaient un nouveau duel Macron/le Pen. La droite doit donc s’adresser aux 68% qui n’en veulent pas. Il me semble qu’il lui faudrait prendre résolument le contre-pied de ce que représente le tandem Macron/le Pen : une forme de totémisation de la politique réduite à l’adoration de gourous. Certes la droite aura besoin d’un porte-drapeau pour les présidentielles mais elle doit refuser le naufrage dans le culte de la personnalité et mettre l’accent sur un engagement collectif d’une équipe rassemblée au service du redressement de la France sur les grands sujets de préoccupation des Français : sécurité, dette publique, fragmentation de la société, maîtrise de l’immigration, lutte contre le chômage, la pauvreté et l’effondrement scolaire. J’ignore si cela suffira mais je ne vois pas d’autre solution.

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