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"Pour 2013, ce sont de l’ordre de 40 000 emplois qui risquent de disparaître dans le bâtiment"
"Pour 2013, ce sont de l’ordre de 40 000 emplois qui risquent de disparaître dans le bâtiment"
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Mince alors

Chute brutale des ventes de logements promoteurs : la France va t-elle droit vers une crise immobilière ?

Avec moins de 74 000 logements neufs, les promoteurs ont connu une chute de leurs ventes de 28% en 2012, soit le plus bas niveau jamais atteint depuis 1996.

Michel Mouillart

Michel Mouillart

Michel Mouillart est professeur d'économie à l'Université Paris X, spécialiste de l'immobilier et du logement.

Il est le co-auteur de La modernité des HLM : Quatre-vingt-dix ans de construction et d'innovations (La Découverte, 2003).

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Les ventes de logements neufs commercialisés par les promoteurs ont lourdement chuté, en 2012. Et l’année 2013 ne sera pas bonne non plus, même si le recul devrait être moins brutal. La crise actuelle aura alors fait perdre un tiers de son activité à ce secteur, en l’espace de deux années.

Cette évolution mérite attention, parce qu’elle alimente une crise quantitative du logement qui ne pourra se résoudre par de simples mesures telles la réquisition ou l’encadrement des loyers. Il faudrait plutôt élever fortement l’offre nouvelle, tous azimuts : dans le social et dans le privé, dans le locatif et dans l’accession. Mais si le secteur de la promotion qui représente de l’ordre d’un quart de la construction reste en panne, l’offre ne se redressera pas.

Globalement, le chiffre de 900 000 logements est admis pour évaluer le manque actuel de logements en France. Si la panne du secteur se prolonge, le déficit devrait dépasser le million d’unités à la fin de l’année 2013. Et les conséquences d’une insuffisance de l’offre déjà visibles depuis de nombreuses années ne pourront que se renforcer. Notamment dans les secteurs urbains, où les déséquilibres alimentent les tensions sur les prix et les loyers. Et malheureusement, ce sont en général les promoteurs qui alimentent l’offre nouvelle dans ces espaces géographiques.

En outre, la réduction de cette offre nouvelle contribue largement au blocage de la mobilité résidentielle des ménages. C’est bien ce qui se constate habituellement en période de crise, les ménages abandonnent leurs projets immobiliers, notamment parce que l’offre est insuffisante. Ainsi des locataires, tant du social que du privé, ne deviendront pas accédant à la propriété : ne libérant donc pas des logements que d’autres, en général plus modestes, auraient pu obtenir. Par exemple, on estime que depuis 2011, la chute de la mobilité résidentielle dans le parc privé contraint près de 100 000 ménages à abandonner leurs projets : ce sont des emplois qui ne seront pas obtenus faute de pouvoir déménager, ce sont des ménages qui ne pourront se créer…

Enfin, il ne faut pas oublier que la chute de l’activité dans le secteur de la promotion et plus généralement dans le secteur de l’immobilier s’accompagne d’une destruction accélérée d’emplois. Pour 2013, ce sont de l’ordre de 40 000 emplois qui risquent de disparaître dans le bâtiment, de ce fait : et sans oublier de 10 à 15 000 emplois dans les « autres activités immobilières ». Il est donc peu probable que la bataille de l’emploi se gagnera dans ce secteur. Avec, en conséquence, une disparition d’une partie des capacités de production du secteur.

Pourtant, la préservation à tout prix de cet appareil de production devrait constituer une impérieuse nécessité, afin de pouvoir le moment venu permettre le redressement rapide du niveau de la construction et la remontée vers les 500 000 mises en chantier. Faute de cela, la situation de déséquilibre quantitatif va perdurer et rendre impossible, pour longtemps, un fonctionnement normal des marchés.

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