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Chez les Républicains, ça va saigner : ils se croient en 1789 et c'est déjà 1793 !
©Reuters

Pour ceux qui aiment le rouge

Chez les Républicains, ça va saigner : ils se croient en 1789 et c'est déjà 1793 !

Au cinéma, on aime l'hémoglobine. Mais quand elle inonde la vie politique, ça devient écœurant.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Commençons par les tourments indicibles du Figaro. Voilà un journal plutôt de droite, plutôt bien élevé, plutôt "républicainement" correct. Et il fait comment dans la mêlée ce journal pour ne pas être éclaboussé par le sang, pour ne pas être accusé d'avoir un faible pour l'un ou pour l'autre ? Eh bien, il fait fort ! A la Une hier du quotidien papier, une interview d'Alain Juppé plaidant – comme à son habitude – pour une "identité heureuse" ! A la Une du magazine vendu avec, une interview de Nicolas Sarkozy : "La République ne doit plus reculer" ! Génial non ?

Personnellement, je n'ai pas de préférence : l'élection présidentielle m'a toujours paru une acrobatie dommageable pour nos libertés. Une République instable, parlementaire, élue à la proportionnelle, bordélique, me semble plus saine qu'une monarchie élective. Il n'empêche que je m'étonne qu'un homme aussi intelligent qu'Alain Juppé se positionne aussi mécaniquement – et pour en dire le contraire – par rapport à un livre L'identité malheureuse écrit par un homme dont le nom honore le mot "pensée". Dans un souci d'équilibre, et pour prendre exemple sur Le Figaro,  je m'empresse à l'attention des jupéistes de souligner que je préfère également Alain Finkielkraut à Nicolas Sarkozy.

Venons-en au sang maintenant. Car les Républicains, passées les visions naïves de 1789, abordent les rivages sanglants de 1793 et de la Terreur avec ses têtes coupées. Ecoutez Alain Juppé décrire Nicolas Sarkozy en "prophète de malheur" ! N'hésitez pas non plus à prendre un peu de Bruno Le Maire quand il dénonce les accointances du même Sarkozy avec le Qatar…Et vous avez vu comment Nathalie Kosciuosko-Morizet dézingue l'ancien chef de l'Etat qui l'a saquée et Alain Juppé et François Fillon  qui n'ont pas eu un "geste" pour l'aider à obtenir les parrainages nécessaires ? Mais vous n'avez encore rien vu : quand Copé va se lancer dans la bataille, il ne se privera d'aucune arme blanche, poignard, dague, stylet, épée, sabre…

De ce sang les traces seront difficiles à effacer. Les Républicains vont en pâtir ce qui n'est pas grave. Les Français vont en concevoir un dégoût supplémentaire pour la politique, ce qui est dramatique. La droite aurait tort de se consoler en regardant ce qui se passe à gauche. Là il n'y aura pas de sang. Et pour cause : la gauche est déjà exsangue !

Les batailles qui déchirent le PS et ses alliés n'ont pas le même enjeu que les empoignades des Républicains. Chez ces derniers il s'agit de savoir qui sera le prochain président de la République ou, tout au moins, comment monnayer son ralliement à ce dernier. A gauche un seul objectif : éliminer François Hollande de la primaire. Le score calamiteux qui lui est promis lui interdit en effet d'accéder au second tour. Ce qui pour longtemps – pour toujours ? – effacerait la gauche du paysage politique français.

Alors ils sont nombreux à être persuadés – non sans fondement parfois – de faire mieux, beaucoup mieux que François Hollande. Benoît Hamon y croit… Arnaud Montebourg aussi… Jean-Luc Mélenchon encore plus… Avec une idée forte : aucun espoir, certes, de gagner mais la garantie de porter témoignage pour l'avenir. A droite au contraire, on se dispute déjà la peau de l'ours. Faut vraiment aimer les ours…

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