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La ministre de la Santé Marisol Touraine souhaite que les villes étendent leurs zones non-tabac en interdisant la cigarette dans les lieux publics en plein air.
La ministre de la Santé Marisol Touraine souhaite que les villes étendent leurs zones non-tabac en interdisant la cigarette dans les lieux publics en plein air.
©Reuters

Deux poids, deux mesures

Chère Marisol Touraine, et si on reparlait de l’interdiction de la cigarette dans les parcs et à la plage le jour où on aura réglé le problème des 42 000 morts par an liées à la pollution ?

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, souhaite que soit élargi le nombre de lieux "sans tabac" en France. Dans le viseur de la ministre de la Santé, entre autres, les plages et les parcs de l'Hexagone alors que la pollution tue plus de quarante milles personnes par an.

Pierre Souvet

Pierre Souvet

Le Dr Pierre Souvet, cardiologue, est le président de l'Association santé environnement France (ASEF). Il travaille en collaboration avec l'observatoire atmosphérique du Ballon de Paris.

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Atlantico : La ministre de la Santé Marisol Touraine souhaite que les villes étendent leurs zones non-tabac en interdisant la cigarette dans les lieux publics en plein air, comme les parcs, les plages et les frontons des écoles. Mais que représente le tabagisme passif face au 42 000 décès prématurés liés à la pollution atmosphérique chaque année ? 

Pierre Souvet : Tout d’abord, le tabagisme passif ou le « petit fumeur », sur le plan cardiaque, est presque aussi important en termes d'effets que ceux dus à un  tabagisme quotidien. Le risque cardiovasculaire apparaît dès les premières cigarettes. Toutes les nouvelles mesures pour lutter contre le tabagisme passif sont bonnes à prendre. Je ne vais pas critiquer un ministre qui souhaite renforcer la législation sur la question. Néanmoins la santé publique c’est plusieurs éléments qu’il faut tous prendre en compte. La pollution atmosphérique est un des problèmes majeurs et sur ce point toutes les mesures n’ont pas été prises.

Il est plus facile d’attaquer l’individu fumeur, en tant que comportement individuel, et lui interdire de fumer plutôt que de s’attaquer à un problème collectif de millions d'automobilistes, et qui plus est en bousculant l’industrie automobile qui s’est enracinée dans les véhicules diesel avec la bénédiction des pouvoirs publics qui en ont favorisé la fiscalité.

J’étais à la conférence environnementale, et  je n’étais pas le seul à insister sur ce problème majeur de santé publique qu’est la pollution atmosphérique. Néanmoins, je n’ai pas entendu de propositions de mesures fortes sur le sujet malheureusement. On voit bien que c’est à la marge. C’est le rôle des professionnels de la santé de dire aux politiques d’aller plus loin dans la lutte contre la pollution atmosphérique.

La France est régulièrement condamnée par Bruxelles à payer de très lourdes amendes pour non-respect des normes de pollutions atmosphériques. Quel niveau atteint la pollution atmosphérique en France ? Quelles en sont les causes ? 

On paie tout simplement la politique du "tout diesel". On parle des feux de cheminées mais leur impact est marginal par rapport aux effets des véhicules diesel. Il faut en sortir sans pénaliser trop les gens, c’est-à-dire progressivement. Il est évident que le niveau de pollution des villes françaises est dû, à plus de 50%, à la consommation de diesel et à la structure des agglomérations. Pour la ville de Marseille en particulier, c’est quasiment huit mois d’espérance de vie en moins qui sont attribuables à l'utilisation de ce carburant.

Quelles sont les conséquences de cette pollution sur le plan sanitaire?

On constate à court terme l’apparition de graves symptômes cardio-vasculaires et d’infarctus mais aussi le développement de maladies chroniques au niveau coronarien, des bronchites chroniques, des retards de développement cérébral, des accouchements prématurés ainsi qu’une multiplication des crises d’asthme chez l’adulte et chez l’enfant. L’ensemble du cout des soins de ces pathologies aboutissent à un chiffre estimé entre 20 et 30 milliard d’euros par an.  D’autre part, nous estimons que 15 à 30% des pathologies cardio-vasculaire ainsi que certains cancers sont dus à la pollution aux particules fines. Les conséquences sanitaires sont les mêmes partout, c’est uniquement la proportion de malades qui varie.

Quelles sont les pistes pour mieux faire ? N’y a-t-il pas simplement un manque de volonté politique sur la question ?

L’une des solutions, à court terme, est d’interdire les centres villes aux véhicules les plus polluants mais il faut pour cela mettre en place une véritable politique de transports en communs afin de ne pas pénaliser les populations n’ayant pas les moyens d’acheter des véhicules peu polluants. A plus long terme, la situation requiert une véritable réforme de la fiscalité du diesel, une multiplication des campagnes de sensibilisation et une incitation forte des constructeurs à se détourner de la production de véhicules diesel.

Pour terminer, il faut arrêter de culpabiliser les gens quand ils utilisent leurs véhicules diesel alors qu’on leur a affirmé  pendant des dizaines d’années que le diesel ne polluait pas, ils n’y sont pour rien. Les hommes politiques ne souhaitent pas se mettre à dos les utilisateurs de véhicules diesel ni la puissante  industrie automobile française. Ils ont peur des conséquences courtermistes alors que le problème nécessite des réflexions sur le long terme. Il faut avoir une vision plus large de la santé et du futur de notre industrie.

Propos recueillis par Nicolas Hanin

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