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Existe-t-il une Charia "édulcorée ?
Existe-t-il une Charia "édulcorée ?
©Reuters

L'avenir sera vert

Même avec une interprétation traditionnelle, la charia n'est pas forcément sanglante

Après les régimes autoritaires laïcs, les pays « libérés » par les printemps arabes semblent réclamer le retour à la charia. S’acheminent-ils tous vers une loi sévère (lapidations, main tranchée pour les voleurs…) ou existe-t-il une charia plus respectueuses des droits de l’homme ?

Jean-Jacques  Rouchi

Jean-Jacques Rouchi

Jean-Jacques Rouchi est théologien et prêtre, chargé d’enseignement à la faculté de théologie et à l’Institut de Science et de Thélogie des Religions.

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Atlantico : Alors que la Tunisie vote massivement pour les tenants de l’islamisme modéré et que le CNT en Libye annonce qu’il va s’appuyer sur la Charia… Faut-il s'attendre à une charia impitoyable comme en Arabie saoudite où l'on tranche la main des voleurs ou on lapide les adultères - ou existe-t-il une Charia "édulcorée" ?

Jean-Jacques Rouchi : La charia est une constitution. Il s’agit donc d’organiser la société. Lorsque le Coran répond précisément à une question comme celle de l’héritage, de l’organisation de la prière, par exemple, on l’applique tel quel. Lorsque les choses sont moins claires, on va chercher dans le recueil des traditions un complément d’informations. C’est là que les juristes vont avoir un rôle.

Tout dépendra de l’interprétation. Que ce soit une interprétation à la wahabite ou à la salafite, c’est-à-dire, une interprétation très rigoristes et qui probablement n’a pas existé dans les temps classiques… Toutes ces représentations intégristes : le voile intégrale, etc. sont des choses qui n’ont presque jamais existé. On observe que des musulmans et des non musulmans ignorent ce qu’est réellement la situation concrète de ce qu’est l’Islam et de ce qu’il demande vraiment. Des barbus arrivent dans des quartiers et forcent les pères à imposer le voile à leur fille au nom du Coran... Au nom du coran on fait un peu n’importe quoi. La situation est un peu complexe. Tout va dépendre de l’interprétation qu’on va donner à ces textes. On peut avoir une interprétation intelligente et traditionnelle qui ne soit pas forcément sanglante.

 

L’application de la charia passe-t-elle nécessairement par des lois sévères telles que la lapidation des femmes adultères, ou la main coupée aux voleurs ?

Dans la charia, il existe un certain nombre de dispositions : la lapidation de la femme – ou de l’homme – adultère, le fait de couper la main aux voleurs, etc. On peut se demander si ce sont des dispositions un peu comme dans la Bible où on menace les gens du feu éternel – non pas qu’on veuille les y envoyer- mais pour les dissuader de commettre des délits.

Certains auteurs rappellent que dans l’histoire islamique, on a très rarement coupé la main aux voleurs. C’est une mesure dissuasive qui n’a été appliquée que quelques rares fois. Mais au temps du prophète et de ses premiers successeurs, ces mesures n’ont pas été instituées. Il a fallu attendre, en particulier, les wahhabites (en Arabie saoudite) qui ont pris le pouvoir après la Première guerre mondiale pour que ces dispositions -qui sont effectivement dans les textes mais qui n’étaient pas si appliquées- soient instituées. Ainsi, on voit des choses aberrantes où on coupe la main au voleur mais dans une opération chirurgicale au lieu d’utiliser un coup de sabre !

Tout comme le voile. Les femmes ont été très peu voilées ! Selon les auteurs, il semble bien que ce qui doit être voilés sont … les seins. Et non le visage. Les prostitués au temps du prophète avaient les seins nus. Une musulmane ne devait pas être une prostituée. Et elle devait donc couvrir ses « atours », selon le texte coranique. On assiste à un durcissement de la part des ultras. Cela pose la question de ce qu’est vraiment la loi islamique.

Evidemment, pour nous c’est un peu saumâtre, car nous avons dépensé des millions pour faire éclore un site où on lapidera des femmes adultères ou on imposera le voile…C’est un problème. Tout va dépendre des personnes qui vont réellement prendre le pouvoir et de la réalité des pressions américaine, européenne, etc. pour voir comment officiellement, on va s’inspirer de la charia pour faire le droit.

 

Justement, quelles seront les questions test ?

D’abord, quel sera le statut de la femme ? Dans le cas de la Tunisie, Bourguiba a vraiment émancipé la femme tunisienne. Pourra-t-elle travailler sans en demander l’autorisation à son mari ? Ou n’aura-t-elle plus le droit de conduire – comme en Arabie saoudite ?

Quel sera le statut du non-musulman dans ces pays ? Le problème se posera, par exemple, pour les Coptes en Egypte. Jusque sous Mubarak, en effet, la charia était certes la source principale du droit mais il existait aussi la tolérance du Code Napoléon.

Que feront-ils face au système bancaire sachant que le prêt normal est interdit ? Un système existe qui régule une certaine forme de prêt pour qu’il ne tombe pas sous le coup de l’usure selon les conceptions islamiques…

 

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