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Une grande réunion sur l'emploi se tient ce lundi à la Maison de la Chimie.
Une grande réunion sur l'emploi se tient ce lundi à la Maison de la Chimie.
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Ceux qui ont vraiment les clés de la création d’emplois en France (et que François Hollande et Manuel Valls ont oublié d’inviter à leur grande réunion sur le chômage)

François Hollande et Manuel Valls réunissent ce lundi 28 avril les préfets, plusieurs ministres et représentants de collectivités locales pour "les mobiliser sur la mise en œuvre du pacte de responsabilité et de solidarité" et impulser la politique en faveur de l'emploi trois jours après la publication des derniers chiffres du chômage.

Atlantico : Pour la grande réunion sur l'emploi qui se tient ce lundi 28 avril à la Maison de la Chimie, François Hollande et Manuel Valls ont convoqué les préfets, ainsi que quelques représentants de collectivités locales, pour réaffirmer une volonté d'action. Est-ce une réunion pour l'emploi sans créateurs d'emplois ? Qui auraient-ils dû inviter pour que cette rencontre ait une quelconque utilité ?

Nicolas Goetzmann : La réunion prévue à la Maison de la Chimie me semble plus relever de la communication que de l’action. La réunion des préfets, des sous-préfets, des directions régionales d’entreprises etc…a pour objectif de montrer "face caméra" que le politique peut agir et qu’il existe des relais "sur le terrain". L’objectif est également de communiquer encore sur le pacte de responsabilité à la veille du vote "consultatif" à l’Assemblée, auquel doit faire face Manuel Valls.

Une politique de l’emploi est avant tout une question macroéconomique, et relève de ce fait de l’orientation économique européenne. Pour être véritablement efficace, il s’agit donc de proposer une alternative, au lieu de se plaindre. Pour le moment, la seule proposition a été de "réorienter l’Europe". Les mots, c’est bien, mais il pourrait être utile d’étayer tout cela par quelques mesures concrètes. Une réunion de chefs d’Etats européens, avec des propositions claires, aurait en effet un peu plus de chances d’aboutir à quelque chose de concret que ce qui nous est proposé ici.

Michel Godet : Il y a des endroits en France où le chômage est autour de 6%. Il aurait donc fallu inviter les acteurs de terrain de ces régions – qu'ils soient politiques ou économiques –pour qu'ils fassent partager leur expérience. Il suffit de regarder des villes comme Vitré où le chômage est à 6% avec 42% d'emplois industriels, comme Chartres où la ville se développe et les impôts locaux baissent depuis dix ans, comme Rodez, ou encore le département du Cantal ou de l'Ain, et une partie de l'ouest de la France qui sont parmi les territoires qui obtiennent les meilleurs résultats sur les questions de l'emploi. . Et cela n'a, au passage, rien à voir avec la droite ou la gauche.  A Dijon par exemple, le groupe IDEES est une entreprise d’insertion adhérente au MEDEF dirigée par un militant de gauche qui réinsère des  chômeurs de longue durée dans l’emploi marchand à moindre coût pour la collectivité : on investit 6000 euros et cela rapporte deux fois plus à la collectivité en charges par l’insertion dans les deux années qui suivent.

Denis Payre :En France, les créateurs d'emplois sont avant tout le fait des dirigeants de PME, de TPE, des artisans, des commerçants. Ils connaissent les freins à l'embauche et les difficultés qui les asphyxient quotidiennement : droit du travail inadapté, sur-administration et sur-fiscalité. Le président de la République et le Premier ministre ont semblé montré des signes encourageants depuis le début de l'année pour les entrepreneurs ; des signes qui devaient néanmoins être plus forts. Cette réunion nous prouve malheureusement que les gouvernements restent dans une approche technocratique, étatiste des choses. Pour mettre en oeuvre des solutions efficaces et rapides pour créer de l'emploi il faut évidemment organiser un rendez-vous avec les créateurs d'emplois ! Ce ne sont ni les préfets ni les maires qui pourront donner des orientations concrètes. Sans remettre en cause leurs compétences, les représentants de l'Etat sont, de par leur formation et leur quotidien, incapables de proposer des mesures simples et efficaces. Le président et le Premier ministre se doivent de réagir car cela est une évidence ; les principaux créateurs d'emplois doivent être entendus en priorité sur le thème de la création d'emplois ! Les artisans, les commerçants, les chefs de petites et moyennes entreprises n'ont qu'une obsession :  sauver leur entreprise pour sauver les emplois de leurs salariés et développer leur activité pour embaucher, écoutons-les !

Lorsque le gouvernement invite les "entrepreneurs", c'est le plus souvent le MEDEF qui fait office d'interlocuteur. Sont-ils les mieux placés pour parler des problèmes structurels du chômage dans un pays où les gisements d'emplois seraient plutôt dans les PME ?

Michel Godet : Ce serait bien effectivement de ne pas inviter que le MEDEF, mais faire intervenir aussi des structures comme la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), les artisans ou encore les acteurs et réseaux qui sont proches du monde de l'entreprise et qui ont fait leurs preuves.

Denis Payre : Dans notre pays, il est essentiel que les représentants de différentes entités puissent proposer des pistes pour l'emploi. Le MEDEF joue ainsi un rôle important pour alerter le gouvernement sur certains sujets essentiels pour les entreprises. Cependant, aujourd'hui, 80% des nouveaux emplois sont créés dans les TPE et les PME pour lesquelles des mesures concrètes doivent être prises, par exemple sur le problème des effets de seuil. Ces entreprises subissent également de plein fouet les incertitudes liées au droit du travail. La conséquence de cette situation que n'a pas abordée le président de la République, est une France à deux vitesses, avec d'un côté les Français bénéficiant d'emplois stables grâce à leur CDI et, de l'autre, des populations fragiles, notamment les jeunes, qui multiplient des emplois précaires, des CDD et des stages. 

Nicolas Goetzmann : Au-delà de la question de la représentativité des syndicats dans leur ensemble, il se pose plus une question de diagnostic de crise pour le MEDEF. La croissance zéro qui perdure en France depuis maintenant six ans devrait tout de même interpeller les entreprises et les syndicats sur la politique économique qui est menée. Si des baisses de charges peuvent être utiles dans un contexte plus porteur, il y a un tout de même un problème de fond. Lorsque François Hollande, ou Michel Sapin par exemple, parlent des baisses de charges, ils invoquent le retour de la confiance. C’est à ce moment en général qu’ils bougent les bras d’un geste qui suppose que cela va provoquer un choc. C’est quoi le retour de la confiance ici ? Les entrepreneurs vont voir les charges baisser et se dire "j’ai confiance" ?

Je ne crois pas que le mouvement de bras va aider à quoi que ce soit. Le retour de la confiance, c’est en réalité la modification des anticipations de croissance par les acteurs économiques. Si les anticipations sont à la hausse, les investissements repartent, les embauches aussi. Et ces anticipations de croissance, qui sont liées aux anticipations d’inflation, sont des éléments qui relèvent du pouvoir d’une banque centrale. Le marché réagit aux discours de Mario Draghi, par contre François Hollande n’a jamais fait bouger le marché d’un iota. A partir de là, il serait peut être intéressant que le Medef s’intéresse à ces questions parce qu’il me semble que l’impact serait d’une toute autre ampleur que la baisse de charges qui se prépare.

Cette réunion sur le chômage fera totalement l'impasse sur la question de la politique européenne et de la relance monétaire pour faire baisser le chômage, ou des grands projets stratégiques (et créateurs d'emplois) que l'UE pourrait mener. Un sommet sur l'emploi sans parler Europe a-t-il une utilité ? 

Nicolas Goetzmann : Un tel sommet peut avoir une utilité marginale, parce qu’il s’agit de la mise en place de décisions, d’explications aux agents de terrain mais cela n’est rien d’autre que l’optimisation de quelque chose qui n’aura que peu d’effets sur la réalité.

Depuis que le pouvoir monétaire a été transféré à Francfort, la France a perdu sa capacité à agir sur la "demande". Le niveau d’activité de l’économie européenne est du ressort exclusif de la Banque centrale européenne. Si l’on admet que la crise que l’Europe traverse est une crise de la demande, la seule autorité en mesure d’apporter une solution efficace est donc la BCE. Et au-delà de la BCE, les chefs d’Etats européens ont la capacité de modifier le mandat ou les orientations monétaires de la zone euro, par la révision des traités.

En tout état de cause, un sommet de l’emploi qui néglige cet aspect ne peut avoir que des effets marginaux, justement parce que le pouvoir n’est pas entre les mains des participants.

Michel Godet : Je pense que c'est mieux de ne pas  parler d’Europe. Pourquoi ? Parce que  l’on pourrait ainsi faire croire que les problèmes et les solutions sont au niveau européen alors que les problèmes sont en nous. Comment font les autres pays européens qui n'ont que 5% ou 6% de chômage ? Le vrai problème n'est donc pas une question de grands projets ou de relance keynésienne. Si la dépense publique créait des emplois, il y a bien longtemps que nous aurions le taux de chômage le plus bas d'Europe… L'Europe est utile car elle nous force à la rigueur et à ne plus nous contenter d’être drogué par la morphine des déficits publics.

Denis Payre : Nos dirigeants politiques, bloqués par le clivage gauche-droite font de Bruxelles le bouc émissaire de tous nos maux et ont réussi à imposer en Europe le modèle français actuel, immobilisme et sur-administration. Nous pouvons néanmoins dynamiser l'emploi en France avec des politiques coordonnées au niveau européen. L’euro est un facteur essentiel de la réussite de l'Europe : il permet la prospérité, et garantit la stabilité financière qui favorise les échanges. Pourtant, la crise a mis en lumière l’interdépendance des économies des pays partageant cette monnaie, comme leur hétérogénéité : une monnaie unique sans politique économique coordonnée, cela ne fonctionne pas ! Il faut engager rapidement la convergence fiscale et sociale qui se fera par une baisse des prélèvements pour nous français. Il faut des mécanismes de stabilisation pour les pays en convergence. Nous ne pouvons pas continuer à faire payer la jeunesse grecque, la jeunesse espagnole ou portugaise, pour l’incapacité de leurs gouvernements à mettre en œuvre les réformes indispensables. Il faut enfin que la BCE ait aussi une politique de change. 

La réalisation de grands projets européens a été un des plus grands axes de la politique de développement européen. EADS, Ariane, etc. : ces projets ont permis de mutualiser les efforts des Etats membres dans des domaines stratégiques ! Mais cette dynamique est à l’arrêt. Des projets concurrents sont développés dans chaque Etat membre. Or chaque Etat n’a pas les moyens de développer seul un certain nombre de projets clefs pour notre avenir, notamment en période de rationalisation de la dépense publique. Les Européens doivent mutualiser leurs moyens pour contrer par exemple la NSA et ses moyens considérables ou éviter d'avoir 17 programmes de char d'assaut en Europe quand trois seraient suffisants. Il nous parait essentiel de construire une stratégie européenne d’innovation et d’investissements pour financer de grands projets dans le numérique, les télécommunications, l’énergie, les transports, la défense. Nous proposons de recourir à des "project bonds" (emprunts dédiés, levés sur les marchés financiers pour financer la réalisation de projets prioritaires). Ces investissements à long terme, contrôlés par la Commission, bénéficieraient d’économies d’échelle. De même il faut soutenir le développement et l’interconnexion des réseaux européens de communications, essentiels pour l’innovation et l’emploi en Europe.

Il faudrait aussi un Small Business Act européen pour que les achats publics européens n'aillent pas que vers des grands groupes très établis. Les administrations préfèrent jouer la prudence et même lorsqu'une solution est plus innovante, si elle vient d'une petite entreprise, ils préféreront la solution moins innovante venant d'une grande entreprise. Dans les domaines de la technologie et de l'innovation, cela empêche le décilage de nombreuses sociétés européennes au profit de grandes sociétés étrangères. 

La réunion ne comptera sans doute aucun acteur majeur de l'innovation ou de la R&D (alors que le gouvernement, avec le CICE, prétend qu'il s'agit d'un enjeu majeur). Quel éclairage sur les questions de l'emploi ce type d'acteur pourrait-il apporter ?

Denis Payre : Le financement de l'innovation et de la création d'entreprise reste principalement entre les mains de la BPI donc de l'Etat. La société civile n'est pas encouragée massivement à financer l'innovation et l'entrepreneuriat comme en Angleterre par exemple avec un mécanisme qui pousse à investir plus de 1 million d'euros par personne et par an avec la possibilité de déduire 330.000 euros de ses revenus et sans aucune plus-value en cas de revente. Nous préférons chasser les riches hors de France, qui sont aussi souvent des professionnels de la création d'emplois, par pure méconnaissance et idéologie, à droite comme à gauche. Il manque aussi un vrai statut social de l'entrepreneur. Un entrepreneur qui perd son emploi n'a droit en rien alors qu'il travaille pour l'intérêt général. Notre classe politique est dominée à droite comme à gauche par des dirigeants qui ignorent tout de l'entreprise, nourrissent préjugés et souvent mépris pour l'entreprise et les entrepreneurs. N'allons pas chercher plus loin l'origine de nos problèmes d'emploi. 

Nicolas Goetzmann :Les dépenses de R&D ne se sont pas écroulées durant la crise, et le "Crédit Impôt Recherche" y est sans doute pour quelque chose. Malgré tout, le pourcentage de PIB consacré à ces activités est encore trop faible en France, soit un peu plus de 2% du PIB (contre presque 3% en Allemagne). Il s’agit encore d’un signe révélateur d’entreprises qui sont plus tournées vers une posture défensive qu’offensive, notamment en raison du contexte global. Les pays les plus dynamiques sont ici la Corée, le Japon, ou la Suède qui emploient plus de 3, voir 4 points de PIB à la R&D, soit entre 50% et 100% de plus qu’en France. L’enjeu est ici essentiel car il s’agit d’améliorer le potentiel de croissance à long terme de l’économie Française. La participation d’un acteur de la R&D, ou plus spécifiquement de la robotique peut par exemple permettre de faire prendre conscience des capacités de relocalisation qui sont offertes aujourd’hui. L’installation de chaines de production robotisées permet en effet de rapatrier sur le sol français des unités de production jusque-là délocalisées, tout en réemployant du personnel qualifié en France à cet effet. Sur la question de la robotique la France a un potentiel important justement parce qu’elle est très en retard : 167 000 robots en Allemagne, et moins de 40 000 en France.

Michel Godet : La compétitivité passe par l’innovation. Mais attention l’innovation n’est qu’à 20% technique et comme disent les Suisses : le meilleur moyen d’avoir une industrie florissante  est de ne pas avoir de politique industrielle mais de laisser les entreprises faire leur métier. L’administration est là pour faciliter le business et simplifier l’environnement des entreprises. Il faudrait d’abord s’attaquer au code du travail qui comprend 10 000 articles contre 3000 en 1983 et  toujours 52 en Suisse qui a 4% de chômeurs . Cherchez l’erreur !  Dommage qu’Arnaud Montebourg ignore la Suisse, pourtant proche de son fief.

Ce sommet n'abordera sans doute pas non plus la question du libre-échange (avec les évolutions par exemple des négociations du Traité transatlantique). Est-ce que cela a encore un sens aujourd'hui de parler d'emploi sans débattre du contexte international ?

Nicolas Goetzmann :C’est justement toute la question. L’exemple en la matière ce sont les Etats-Unis. La politique de l’emploi y est avant tout défendue par la Réserve Fédérale. Sa philosophie est de se tourner vers l’intérieur du pays en s’affranchissant autant que possible du contexte international. Ce qui compte c’est la demande intérieure, les chiffres de croissance intérieure, et donc l’emploi local. Donc oui, il est possible de s’affranchir du contexte international. Mais cela suppose une philosophie différente de la part de la zone euro, qui est pour le moment plutôt orientée vers une politique "mercantile", qui repose sur la vente de ses produits à l’export. Elle dépend donc de la capacité des autres pays à acheter ses produits. La zone euro est ainsi à la merci de crises internationales, alors que les Etats-Unis sont beaucoup moins exposés à ce type de risques.

Concernant le Traité transatlantique, ce qui me paraît problématique est que les Européens discutent en position de faiblesse alors que les Etats-Unis auront 3% de croissance cette année, et sont donc en position de force. S’ouvrir à la concurrence avec des concurrents en pleine forme alors que nous sommes fragiles n’est pas forcément la meilleure idée qui soit. Si la croissance est rétablie en Europe, un traité pourra être discuté d’égal à égal.

Michel Godet : Le problème, c'est la France, qui, elle, va mal, alors que le reste du monde va bien. Les Français n'ont pas compris que ce qui peut résoudre le problème proviendra d'eux ( la baisse des dépenses publiques 57% du PIB contre 46% en Allemagne) et d'un retour à une approche positive du travail avec la fin des 35 heures et la remise en cause des RTT : si la France recule , c’est parce que  ce n’est pas en ramant moins qu’on avance plus vite. Ce n'est pas la peine de chercher des boucs émissaires ou des solutions extérieures.

Denis Payre :L'Europe a inventé l'économie sociale de marché qui est d'ailleurs inscrite dans les traités. Nous avons 7% de la population mondiale, nous générons 20% du PIB mondial et avons 50% des dépenses sociales. Nous avons construit des sociétés humanistes où les plus vulnérables ne sont pas laissés au bord de la route. C'est un acquis qu'il faut défendre en particulier dans les négociation du traité transatlantique pour éviter un nivellement par le bas. Il faut aussi revoir sérieusement les règles concernant les travailleurs détachés au sein de l'Europe. Mais pour être crédible pour porter ce discours en Europe, il faut être exigeant et cesser de gaspiller l'argent publique, cesser de promettre des réformes qui ne viennent jamais. Il faut pour cela changer les dirigeants de la classe politique française qui n'ont plus aucune crédibilité en France, mais aussi en dehors de France pour les mêmes raisons.  

Ceux qui se retrouvent ce lundi 28 avril, même s'ils ne sont pas stricto sensu des créateurs d'emplois, sont-ils vraiment pour autant impuissants face à la situation ? Quel peut être leur impact ? Peut-il y avoir malgré tout quelque chose à attendre de cette réunion ?

Michel Godet : Cela ressemble fort à une réunion de préfets comme il y en a régulièrement, notamment pour mettre la pression en termes de placement des jeunes dans les emplois d’avenir (sans avenir) du  secteur public. Ce qui aura d'ailleurs un effet pervers sur l'apprentissage, car les jeunes qui pourraient s'y retrouver seront absorbés par les "emplois d'avenir".  Les préfets ne sont pas des entrepreneurs, ils ne créent pas d'emplois. Ce que l'on demande aux préfets c’est d'être des facilitateurs de processus et de résoudre les blocages administratifs qui empêchent la création d'emplois. Dans les faits, ils sont aux ordres et ils viennent quand on les convoque. Et on leur rappelle que leur sort  peut basculer chaque mercredi lors du Conseil des ministres. Un bon moyen donc de les pousser au rendement pour qu'ils "placent" un maximum de jeunes sur des emplois aidés pour faire baisser les statistiques du chômage à grand renfort de dépenses publiques. Ce qui est contradictoire avec la réduction des déficits.  Ces jeunes sont détournés de l’apprentissage dans le secteur marchand qui perd des effectifs alors que 600000 offres d’emplois ne trouvent pas preneurs.  Là encore la comparaison avec la Suisse ou l’Allemagne est éclairante. 50% des jeunes sont en apprentissage contre moins de 10% chez nous. Voilà une deuxième erreur majeure que les politiques n’osent pas aborder et que les préfets ignorent. 

Denis Payre : Les préfets sont issus des mêmes écoles que la plupart des ministres et hauts fonctionnaires. Ils ne connaissent que le fonctionnement de l'Etat centralisateur aux méthodes de gestion des ressources humaines souvent archaïques et ils ne connaissent pas l'entreprise ni le reste du monde. Face aux problèmes d'entreprise et d'emploi  ils sont désarmés. Quand on additionne l'ensemble des années professionnelles des membres du gouvernement, ils ont passé seulement 1% de leur temps en entreprise…Ils imaginent le plus souvent des solutions très technocratiques à base de traitement social du chômage qui ne marchent pas, qui sont des impasses pour les bénéficiaires et qui sont couteuses pour la société.  Comment pourraient-ils imaginer des méthodes modernes et efficaces pour créer de l'emploi ? Ils pourraient être associés à une réunion avec les spécialistes de l'emploi que sont les chefs d'entreprise pour comprendre leurs attentes. cette pédagogie est nécessaire pour trouver des solutions d'une dynamique positive pour les salariés et les chômeurs.  

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"


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