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Yves Thréard, qui publie « Une certaine idée de la France » aux éditions du Rocher, a interrogé Eugénie Bastié sur LCP.
Yves Thréard, qui publie « Une certaine idée de la France » aux éditions du Rocher, a interrogé Eugénie Bastié sur LCP.
©Capture d'écran LCP / DR

Bonnes feuilles

Cette place à part de l’Hexagone dans le champ des idées qui rend Eugénie Bastié "assez fière de la France"

Yves Thréard publie « Une certaine idée de la France » aux éditions du Rocher. Pour sonder les coeurs et les intelligences sur « l'idée » que l'on se fait de la France en ce premier quart de XXIe siècle, Yves Thréard a interrogé sur La Chaîne parlementaire (LCP), douze personnalités très différentes. Extrait 2/2.

Eugénie Bastié

Eugénie Bastié

Eugénie Bastié est journaliste au Figaro et essayiste. Elle est l'auteur de deux ouvrages, Adieu mademoiselleLa défaite des femmes (Cerf, 2016) et Le Porc émissaire. Terreur ou contre-révolution (Cerf, 2018).

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Yves  Thréard

Yves Thréard

Directeur adjoint de la rédaction du Figaro, éditorialiste, Yves Thréard participe régulièrement à des émissions sur France 5 (C dans l'air), LCI, LCP et Public Sénat.

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Yves Thréard : « Vive la France », qu’est-ce que cela veut dire pour vous?

Eugénie Bastié : « Vive la France », pour moi, c’est la beauté. J’entends « la France », je pense à une certaine idée de la beauté. Pour moi, la France, c’est d’abord un cadre de vie, des paysages. J’aime la France pour sa beauté. Pour son architecture, pour ses paysages, ses vallons, ses montagnes, ses mers.

YT : La Marseillaise vous fait vibrer?

EB : La Marseillaise, pas tant que cela je dois dire. Je trouve cet hymne un peu trop guerrier, un peu trop viril peut-être. D’ailleurs, la France, pour moi, c’est une femme.

YT : Une femme.

EB : On dit « la » France.

YT : Cela tombe bien, elle est féminine.

EB : Il y a une certaine beauté féminine dans la France, je trouve.

YT : D’accord.

EB : De Gaulle disait : « Il y a un pacte entre la France et la grandeur. » Pour moi, c’est entre la France et la beauté.

YT : « Vive la France », vous savez que c’est une phrase sans doute apocryphe qu’aurait prononcée Marc Bloch, le jour où il a été fusillé, un jour de juin 1944. Existe-t-il un événement qui peut se dérouler et où vous vous dites : « Vive la France, c’est génial »? Cela peut être la finale de la Coupe du Monde en 1998. Après les attentats du mois de janvier 2015, quand tout le monde défile dans la rue. Cela peut être l’appel du général de Gaulle. Il y a un sursaut, quelque chose.

EB : Je dirais plus dans la tragédie que dans la joie. J’aime beaucoup cette idée que Simone Weil développe, cette idée de patriotisme de la compassion. On aime la France quand elle est en danger. Elle s’est rendu compte qu’elle aimait la France quand elle a été meurtrie – pendant la Seconde Guerre mondiale – et c’est vrai que je ne me sens jamais autant française que quand mon pays est blessé. C’est pour cela qu’effectivement, après le 13 novembre 2015, après les attentats de Charlie Hebdo, que j’ai connus à l’échelle de ma génération, ce sont des moments où je me suis sentie française. J’ai été fière de mon pays, de la façon dont il a réagi à ces événements, ce sursaut collectif. Plus peut-être que la Coupe du Monde ou des moments plus joyeux.

YT : Vous êtes nationaliste?

EB : Non, je n’aime pas trop ce mot, nationaliste.

YT : Il avait raison, Mitterrand, en 1995. Il est au Parlement européen, la France est présidente de l’Europe, il est à la tribune et il dit : « Le nationalisme, c’est la guerre. »

EB : Il avait tort de dire cela. C’est faux de dire que le nationalisme, c’est la guerre. L’impérialisme, c’est la guerre. Quand la nation veut sortir de son cadre naturel, historique, a une sorte d’hubris impérialiste et veut conquérir d’autres nations. C’est ce qui s’est passé avec le nazisme. D’une certaine manière, c’est ce qui s’était passé avec Napoléon en France, qui a dépassé ce cadre capétien.

YT : Pourquoi le mot « nationalisme » a-t-il mauvaise presse aujourd’hui?

EB : Parce qu’il y a un traumatisme de la Seconde Guerre mondiale qui a dévalorisé l’idée nationale. Je préfère le mot patrie, je le trouve plus humain, plus charnel, plus concret. La nation, c’est un peu froid. Peut-être parce que je suis de droite, et que la patrie est un mot de droite et la nation un mot de gauche.

YT : Intéressant que vous disiez que la nation est un mot de gauche, alors que, quand on parle de nationalistes, on renvoie à l’extrême droite.

EB : Tout le XIXe siècle, la construction de la nation, c’est l’idée républicaine, c’est la gauche.

YT : Vous approuvez cette notion ?

EB : Oui, bien sûr. Pour moi, la nation commence évidemment avant la République. Elle préexiste à la République.

(…)

YT : Vous êtes fière de votre pays?

EB : En ce moment, oui. Je dois dire que je trouve que la France, face aux enjeux du XXIe siècle, notamment dans le champ des idées, tient une place à part et qu’elle la tient bien. Pour le moment, même si, évidemment, c’est encore fragile et c’est très attaqué. Je suis assez fière de mon pays.

YT : Au début, vous disiez que vous vibriez pour la France à certains moments, est-ce que, parfois, elle peut vous émou[1]voir au point de verser une petite larme?

EB : Je n’ai pas d’exemple précis. Si, je vous disais, ces grands moments d’unité nationale, ces dernières années, quand il y a eu ces attentats, là, j’ai été touchée, oui. Quand mon pays est blessé et qu’il y a cette espèce d’élan d’unité nationale autour des victimes du 13 novembre, même autour de Charlie Hebdo – qui n’est pas du tout ma tasse de thé personnellement –, mais on sentait que l’on appartenait à un commun, à un récit collectif. Ces moments-là m’ont tiré une larme.

YT : Si vous aviez un rêve pour la France, quel serait-il?

EB : Ce serait qu’elle continue à résister justement, qu’elle continue à affirmer sa voix dans la mondialisation, dans une culture mondialisée qui tend à être de plus en plus uniforme, où finalement tout le monde adopte plus ou moins les codes de la mondialisation.

YT : De la standardisation.

EB : Oui. Je pense que la France est à même de résister à la fois justement à cette uniformisation à la fois linguistique, économique, culturelle et aussi à ce politiquement correct, pour dire les choses crûment, qui vient des États-Unis et qui impose une certaine manière de voir, à laquelle la France tient tête. Et mon rêve, c’est qu’elle tienne bon.

YT : Vous êtes une résistante?

EB : Non, c’est un bien grand mot, résistante. Non, mais je défends cet héritage-là et je pense qu’il va être de plus en plus précieux.

YT : N’y a-t-il pas un risque que la jeunesse française, une partie, se fasse happer par cette mondialisation, cette standardisation, de singer justement ce qui peut se passer aux États-Unis?

EB : C’est déjà le cas, oui. Je trouve que c’est terrible, mais j’ai aussi assez confiance en la jeunesse. J’appartiens à la génération de 1991, et je pense que nous avons vécu le retour du tragique dans notre pays. On a eu les attentats, on peut citer la pandémie, la crise migratoire. On croyait que c’était la fin de l’histoire, que tout allait bien se passer, qu’on allait vivre dans l’opulence généralisée, mais ce qu’a vécu ma génération, c’est le retour du tragique.

YT : Ce n’était pas la fin de l’histoire.

EB : Du tout. L’histoire est bien présente.

YT : L’histoire n’est pas toujours tragique?

EB : Oui, on croyait que tout allait être harmonisé sous le règne du marché, du droit et de l’informatique, et on s’est rendu compte que les vieilles pulsions archaïques étaient toujours là, on se bat toujours pour des idées. Évidemment, c’est tragique, c’est sanglant et c’est à la fois triste et, parallèlement, je trouve notre époque formidablement intéressante. Il y a une espèce de combat à mener. On vit une époque passionnante et je pense qu’une partie de la jeunesse – évidemment, il ne faut pas juger ses pairs, etc. – , une partie de ma génération est peut-être un peu plus, pas militante mais plus engagée que ne l’ont été les générations de nos parents, de nos grands-parents, qui étaient peut-être plus passifs. C’était la génération d’après la guerre. Ils ont vécu dans l’opulence, dans la paix.

YT : Trop contemplatifs?

EB : Peut-être trop égoïstes.

YT : Complaisants.

EB : En fait, ils ne se posaient pas la question du monde dans lequel ils vivaient. La France était quelque chose de donné pour eux, d’acquis, alors que nous, nous devons la défendre.

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Extrait du livre d’Yves Thréard,  « Une certaine idée de la France », publié aux éditions du Rocher

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