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François Hollande a peu de marge de manoeuvre
François Hollande a peu de marge de manoeuvre
©Reuters

La garde meurt mais ne se rend pas

Cette fin de quinquennat Hollande que dessine la très probable méga déroute de la gauche

L'échec attendu des socialistes aux élections départementales, ce dimanche 22 mars, pourrait laisser penser que François Hollande sera obligé de changer de politique. Or c'est bien l'inverse qui pourrait se produire : le Président l'a martelé, il ne changera pas de ligne. Les calculs politiciens, par contre, ne seront plus les mêmes.

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico:  Les résultats des élections départementales s'annoncent difficiles pour la gauche dans son ensemble. Dès le premier tour, et du fait de la réforme des modes de scrutin, la gauche pourrait être éliminée de plusieurs centaines de cantons, marquant par là un choc majeur pour la gauche. Immédiatement après les élections, quelles marges de manœuvre resterait-il politiquement au gouvernement ?

Jean Petaux : Faire le gros dos… François Hollande fait partie de ces acteurs politiques à sang froid qui sont capables de résister à peu près à tout. Il a du connaître plus de 30 élections dans sa carrière politique soit qu’il ait été lui-même candidat soit qu’il les ait vécues par procuration, en tant que premier secrétaire du PS pendant dix ans (un record comparable à celui de François Mitterrand). On peut imaginer que même chahuté par des élections départementales qui vont être des « mini-législatives » puisque tous les 2000 nouveaux cantons français sont renouvelés en même temps (contrairement au sort des 4000 précédents cantons qui changeaient par moitié tous les trois ans), même entamé politiquement, François Hollande pourra toujours assurer que sa légitimité politique reste intacte en ayant été élu au suffrage universel par une majorité de Français en mai 2012. Il pourra donc dire qu’il n’est pas impacté par la « Bérézina départementale ». De ce point de vue-là les institutions de la Vème République sont un véritable bouclier.

Est-ce que, pour autant, il est condamné à l’immobilisme permanent ? Pas nécessairement. Même si sa marge de manœuvre risque encore de se réduire (parce que sa majorité politique va nécessairement apparaître plus fragilisée qu’elle ne l’est déjà) il dispose encore des outils régaliens propres au chef de l’Etat. Son droit de dissoudre l’Assemblée nationale est totalement intact (à destination des « frondeurs » qui voudraient pousser plus loin la pression négative sur le gouvernement). Ses statuts de chef des Armées et de représentant de la souveraineté française sur la scène internationale sont aussi pleinement garantis. Et sa capacité à travailler avec Manuel Valls peut l’inciter à s’extraire du jeu politique national, peu favorable, en laissant son Premier ministre occuper une scène où il n’y a que des coups à prendre… Bref : il suffit qu’il préside et qu’il laisse son chef de gouvernement… gouverner.

Si le gouvernement devait essuyer un nouveau 21 avril, ne serait-il pas condamné à l'immobilisme ?

Je comprends que l’on puisse, à bon droit d’ailleurs, chercher à comparer une situation politique donnée à une autre survenue dans un passé plus ou moins récent. Cette démarche a une dimension compréhensive évidente. Face à un événement « choc » en quelque sorte, il y a une forme de logique à « rabattre » ce qui survient sur des événements déjà advenus. L’effet de sidération peut être moindre ainsi et surtout l’analyse des faits passés qui a pu être conduite peut sembler alors pertinente dans un futur proche. Le 21 avril 2002 auquel vous faites allusion est difficilement transposable en mars 2015. Sans même parler des résultats des deux prochains dimanches électoraux.

Quelles sont les raisons qui rendent difficile cette comparaison ? J’en vois trois. La première raison tient à la nature de la consultation de 2002 et à la personnalité éliminée au soir du premier tour : la présidentielle (la « mère des élections ») et le premier ministre en place depuis cinq ans. Un homme d’Etat en compétition avec un autre homme d’Etat, éliminé par un troisième larron : un bateleur  très cultivé et remarquable tacticien, mais qui n’avait pas le début d’une envie de gouverner.   La deuxième raison concerne le moment où l’éviction du candidat socialiste survient : à la fin d’un cycle politique (fin d’un septennat, fin d’une cohabitation, fin prévue aussi d’une législature). La troisième raison porte sur la nature-même du scrutin : une seule circonscription (la France). Aujourd’hui que trouve-t-on ? Une consultation électorale qui demeure secondaire dans l’ordre des élections (les départementales), mi-locales, mi-nationales. Des élections départementales qui ne se situent pas du tout à la fin d’une séquence et d’un cycle, mais qui sont plus des « élections intermédiaires » (au sens américain de  mid-term elections ou de la théorie qui en a été faite, de manière subtile, par Jean-Luc Parodi, pour la France). Des personnalités candidates qui n’ont rien à voir et dont la légitimité électorale n’est pas formellement impactée par tel ou tel résultat. Aucun grand leader politique français ne se présente à ces élections. En 2011, (pour comparer deux « cantonales » entre elles, celle de 2011 et celle de cette année) rappelons-le, François Hollande avait quasiment conditionné sa candidature aux primaires socialistes à sa reconduction à la présidence du département de la Corrèze et à sa victoire dans le canton du Vigeois… Cette fois-ci, hormis Ségolène Neuville , Patrick Kanner et André Vallini (dont ce n’est pas faire injure à chacun des trois que de dire que ce ne sont ni des ministres régaliens ni des personnalités politiques nationales de tout premier rang…) aucun « grand » ministre ne se lance dans la bataille des départementales. A droite, on ne compte ni Sarkozy, ni Juppé, ni même Le Maire ou Wauquiez ou NKM comme candidats.

Alors, incontestablement, la défaite risque d’être cuisante pour le PS. Au soir du 29 mars la carte de France va, forcément, virer du rose au bleu (on peut envisager entre 60 et 65 départements métropolitains sur 95 qui seront dirigés par des coalitions UMP-UDI-MODEM). Cette vague bleue est appelée à secouer sérieusement le navire socialiste et, par voie de conséquence, le gouvernement. En 2004 lorsque 20 régions sur 21 métropolitaines ont été gagnées par la gauche et qu’il ne restait qu’un petit morceau de bleu sur une carte de France  toute rose (l’Alsace), le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin n’a pas été « débarqué » et le gouvernement d’alors a été faiblement remanié. De la même manière je pense qu’il n’y aura pas de « choc gouvernemental » répondant à la défaite électorale de mars 2015. François Hollande l’a dit et répété : « Je ne changerai pas de ligne politique ». La tactique qui sera choisie sera celle de la « tortue » : se rétracter dans la coquille et attendre que « ça » passe…

Si François Hollande choisit de ressouder sa majorité, de former une union de la gauche, quelles personnalités pourrait-il tenter de séduire ?

Il peut toujours avoir envie de former une union de la gauche… mais je vois mal une « union de la gauche » avoir envie de se former avec lui… Plus sérieusement pour constituer une alliance en politique (comme ailleurs) il faut pouvoir trouver des partenaires. Pas forcément des hommes ou des femmes dont on va tomber follement amoureux d’ailleurs… C’est cela qu’on appelle en amour les « mariages arrangés »  ou encore les « mariages de raison » et où, dans d’autres configurations, on trouve les « alliances objectives » et les « coalitions de circonstances ». Autrement dit : l’intérêt du gain prime sur le contenu du projet politique ; la raison l’emporte sur la passion et les sentiments. Mais dans tous les cas, même dans une « rationalité en fonction des buts à atteindre », si aucun partenaire n’accepte de passer une alliance avec vous, vous êtes condamné à vous en sortir seul.

Quelles personnalités de gauche François Hollande pourrait-il séduire ? Jean-Vincent Placé ? Il faudrait pour cela que celui-ci soit une personnalité et qu’il soit de gauche. François de Rugy ? Qui le connait ? Je ne cite ici que deux noms d’élus EELV dont le désir d’entrer au gouvernement est clairement affiché… Si un tel événement se produit (et il n’est pas du tout à exclure …) il sera bien difficile, pour François Hollande, d’éviter la critique de « débauchage individuel ». Aujourd’hui François Hollande ne peut guère envisager « d’étendre son domaine politique ». Trop tard pour tendre la main à François Bayrou qui attend soit son heure soit celle d’Alain Juppé. Trop tard pour ramener vers lui le Front de Gauche avec un Jean-Luc Mélenchon dont la détestation qu’il nourrit à l’égard de François Hollande semble nettement plus importante que celle qu’il voue à Patrick Buisson… Trop tard aussi, au plan national, pour raccrocher les wagons avec Cécile Duflot.  

Par ailleurs, le Président pourrait-il conserver sa ligne "libérale" ? Ou bien cela serait-il interprété comme un aveu d'échec ?

Si François Hollande opère un virage à 180° dans sa ligne politique, s’il se prend pour Iglesias le leader de Podemos, je ne suis pas certain qu’il trouvera les soutiens qui lui permettraient d’opérer un tel changement de cap. Et surtout cela relève de la pure fiction. Le président de la République va poursuivre sa ligne « libérale » (avec beaucoup de guillemets…). Il sait que la France est dans le collimateur des instances européennes. Il lui faut continuer à donner des gages aux autorités bruxelloises en charge de contrôler la véracité des engagements de la France à réduire, par exemple, le déficit de ses comptes publics. Ce n’est pas une affaire de « mise sous tutelle »… C’est la France elle-même qui s’est ainsi liée en s’imposant, à elle et aux autres, des règles plus ou moins absconses… François Hollande et Manuel Valls n’ont qu’une voie à suivre : la poursuivre ! Tout le reste me semble relever de la surenchère politique. Au demeurant d’ailleurs les opposants de droite à François Hollande le savent bien quand ils réclament des réformes qu’ils se sont bien gardés de mettre en œuvre antérieurement (comme la non-suppression des 35 heures par exemple : si elles étaient si néfastes que cela, pourquoi les avoir gardées ?).

Quant aux opposants de gauche à François Hollande : les « frondeurs » par exemple. Une partie d’entre eux va peut-être, une fois pour toutes, quitter le PS et la majorité parlementaire. Certains iront, dans un avenir plus ou moins proche, rejoindre le « parti progressiste » que semble appeler de ses vœux une Cécile Duflot par exemple (une sorte de Parti Socialiste Autonome, prélude au PSU créé en 1957-1958 par des « dissidents » de la SFIO comme Edouard Depreux, Alain Savary ou Michel Rocard…). Mais, majoritairement, les « frondeurs » socialistes n’ont aucune envie de mettre un terme prématuré à leur mandat électif. La défaite prévisible aux départementales risque, paradoxalement, de resserrer les rangs de la majorité socialiste. Plus une majorité est opulente et massive plus elle est chahuteuse et frondeuse. Plus elle est fragile, plus elle est disciplinée. Au soir du 29 mars et dans les jours qui vont suivre, « légitimistes » et « frondeurs » du PS, toutes sensibilités confondues, vont se rendre compte que quelque soit la tendance et la sensibilité qui était la leur ils auront tous été, dans une grande équanimité, sévèrement « tapés » par les électeurs qui n’auront opéré aucune distinction entre les uns et les autres. Les frondeurs feront le constat amer qu’ils ont « payé pour d’autres »… Mais il en va ainsi en politique : selon que vous portez telle ou telle veste politique vous pouvez, quoi que vous fassiez, vous prendre une remarquable « veste électorale ». Pour peu que le désaveu soit tel qu’il emporte tout candidat « mal-étiqueté » à cet instant-là. « Injuste » dites-vous ? Non : « politique » tout simplement. Raison de plus alors, pour François Hollande de continuer à faire de la politique... Et poursuivre celle qu’il a  engagée depuis 15 mois désormais, depuis sa conférence de presse du 14 janvier 2014. « Sans barguigner » comme on dit.

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